IX" SEMAINE. — X' ÉLÉVATION
cesse on enveloppait et on transportait ces maisons branlantes ; tigure du christianisme, où tout fidèle est voyageur. Gardonsrious bien de nous arrêter à quoi que ce soit : passons par-dessus : et toujours prêts à partir, toujours aussi prêts à combattre, veillons comme dans un camp : qu'on y soit toujours en sentinelle. Dans les camps vulgaires il y a plusieurs sentinelles disposées, afin que toujours prêts à s'éveiller au premier signal, les soldats dorment un court somme, sans se plonger tout à fait dans le sommeil : il v a plus, dans le campement de la vie chrétienne, chacun doit toujours veiller : chacun, en sentinelle sur Boi-même, doit toujours être sur ses gardes contre un ennemi qui ne clôt point l'œil, et qui toujours rôde autour de nous pour nous dévorer'. » Ne nous fions point au repos qu'il semble quelquefois nous donner : avec lui il n'y a ni paix ni trêve, ni aucune sûreté que dans une veille perpétuelle.
Ainsi donc campait Israël : il supportait ce travail, pour enfin arriver à celte terre « coulante de miel et de lait- » tant de fois promise à leurs pères : c'était pour y introduire ce peuple que Moïse l'avait tiré de l'Egypte, et lui avait fait passer la mer Rouge : m9,is, ô merveille de la divine sagesse, aucun de ceux qui s'étaient mis en marche sous Moïse pour arriver à cette terre n'y entra, excepté deux^. Moïse même ne la salua que de loin, et Dieu lui dit : « Tu l'as vue de tes yeux, et tu n'y entreras pas : et Moïse mourut » à l'instant « par le commandement du Seigneur*. » Afin qu'on entre dans la terre promise, il faut que Moïse expire, et que la loi soit enterrée avec lui dans un « sépulcre inconnu aux hommes, » afin qu'on n'y retourne jamais et que jamais on ne se soumette à ses ordonnances. L'ancien peuple qui a passé la mer Rouge et qui a vécu sous la loi n'entre pas dans la céleste patrie : la loi est trop faible pour y introduire les hommes. Ce n'est point Moïse, c'est Josué, c'est « Jésus » (car ces deux n'en sont qu'un), qui doit entrer dans la terre et y assigner rhéritage au peuple de Dieu^ Qu'avait Josué de si excellent, pour introduire le peuple à cette terre bénie, plutôt que Moïse? Ce n'était que son disciple, son serviteur, son inférieur en toutes manières : il n'a pour lui que le nom de « Jésus, » et c'est en la ligure de <( Jésus » qu'il nous introduit dans la patrie. Entrons
1 I Petr., v,.8. — a Num., xiii, 28. —3 ibid., xiv, 22, 23, 30. - ^ Deuter., xxxiv, i, o. — ^ Ibid., !) : Josué, i, 2, 5, 6, 7 et seq.
donc, puisque nous avons Jésus à notre tôle; entrons à la faveur de son nom dans la bienheureuse terre des vivants : « Je vais, dit-il, vous préparer les voies * : » j'assignerai à chacun le partage qui lui a été destiné : « il y a plusieurs denrieures dans la maison de mon Père^ : » Jésus, « notre avant-coureur, est entré pour nous 3, » et l'entrée nous est ouverte par son sang. « Dépôchons-nous donc d'entrer vians ce repos éternel * : dépéchonsnous; n'ayons rien de lent : « La voie qui nous est ouverte, dit saint Augustin, ne souffre point de gens qui reculent, ne souffre point de gens qui se détournent, ne souffre point de gens qui s'arrêtent; » et si l'on n'avance toujours dans un siroide sentier, sans faire de continuels efforts, on retombe de son propre poids.