‹ Elévations sur les mystèresChapitre 98 sur 229 · RÉFLEXIONS SUR LES PROPHÉTIES · texte numérisé non relu

RÉFLEXIONS SUR LES PROPHÉTIES

Les choses étant en cet état, la venue de Jésus-Christ étant préparée dès l'origine du monde, toute la loi pour ainsi dire en étant enceinte et toute prête à l'enfanter, Dieu laissa le peuple saint quatre à cinq cents ans sans prophètes et sans prophéties • voulant leur donner ce temps pour les méditer et pour soupirer après le Sauveur. A la veille de faire cesser les prophéties, c'est-à-dire dans les temps de Daniel, d'Aggée, de Zacharie et de Malachie, il déclara les secrets divins plus clairement que jamais.

1 Isa., LUI, etseq. — 2 /ôfd., xi, 10. — 3 Galat., ni, 1. — * Zachar.^ XII, 10; Apoc, i, 7.

X° SEMAINE. — V ÉLÉVATION. ili

C'est de quoi font foi principalement les Semaines de Daniel, où les temps de la venue et de la mort du Christ étaient exactement supputés. Aggée avait dit ces mémorables paroles à la gloire du second temple : « Encore un peu de temps : » car qu'était-ce que quatre cents ans et un peu plus, à bomparaison de tant de milliers de siècles où le Sauveur avait été attendu? « Encore donc un peu de temps, et je remuerai le ciel et la terre; et le Désiré de toutes les nations viendra, et je remplirai de gloire cette maison nouvellement rebâtie; » c'est-à-dire le second temple, « dit le Seigneur des armées, le Dieu tout-puissant K L'argent est à moi, et l'or est à moi : « tout est en ma puissance; et si je voulais faire éclater cette maison en richesses môme temporelles, je le ferais : mais je lui prépare un autre éclat par la venue du « Désiré des nations. La gloire de cette seconde maison sera plus grande que celle de la première; et j'établirai la paix dans ce lieu, dit le Seigneur des armées ^. »

S'il faut regarder le temple par un éclat extérieur, la gloire du premier temple, sous Je riche empire de Salomon, de Josaphal, d'Ézéchias et des autres rois, sera sans contestation la plus grande. Loin que le second temple eût le môme éclat, ceux qui le rebâtissaient et qui avaient vu le premier ne pouvaient retenir leurs larmes en voyant combien il lui était inférieur. 11 est vrai que, dans la suite des temps, la gloire du second temple fut grande dans l'Orient : on y vit porter les présents des rois ^ ; et je ne sais si Hérode, qui le rebâtit, n'en égala pas la magnificence à celle de Salomon. Mais après tout et quoi qu'il en soit, ce n'est pas là de quoi « remuer le ciel et la terre : » et un si grand mouvement se doit terminer à quelque chose de plus grand que des richesses terrestres. Voici donc « le grand mouvement du ciel et de la terre : « c'est que « le Désiré des nations," le Christ qui en est l'attente, « paraîtra » sous ce second temple : il « viendra, » dit le saint prophète Aggée; et où viendra-t-il? Un autre prophète l'explique dans le môme temps : « J'envoie mon ange, dit Malachie *, au nom du Seigneur; et il préparera la voie devant ma face : et en ce temps viendra dans son temple le Seigneur que vous cherchez, etl'ange du testament» ou de l'alliance, « que vous désirez. Le voilà qui vient, dit le Sei-

* Âgg., II, 7-9. —2 Ibid., 10. — 3 II Mach., m, 1-3. — "^ Agg., ii, 8.

172 lÎLÉVATIONS SUR LES MYSTÈHES.

gneur *. » Il n'y a plus rien entre deux : il n'y a plus de nouvel ouvrage, ni de nouvelles figures du Christ à venir, ni de nouvelles prophéties. Voici le dernier état du peuple de Dieu, et après cela il n'y a rien à attendre que le Christ qui entrera dans le second tennpie.

Ce n'est donc pas sans raison que le saint vieillard « Siméon ', qui attendait » avec tant de foi la venue du Christ et « la rédemption d'Israël, » fut amené « en esprit, » c'est-à-dire par inspiration, avec Anne la prophétesse, cette sainte veuve, dans le temple où le Seigneur allait entrer. C'est qu'alors s'allait accomplir la gloire du second temple, lorsque Jésus y devait venir pour y « établir la paix, » comme Aggée l'avait prédit.

En attendant ce temps heureux toute la nature était en attente, tout le peuple vivait en espérance. S'il n'avait plus de prophètes, il vivait en la foi et dans les lumières des prophéties précédentes : ceux qui étaient éclairés d'en haut appelaient celui qui les devait sauver de leurs péchés. Le Christ, à la vérité, leur était souvent montré comme un conquérant qui les devait délivrer des mains de leurs ennemis qui les tenaient en captivité. Mais cette captivité et ces ennemis n'étaient d'un côté qu'une figure d'une captivité spirituelle, et de l'autre une punition de leurs péchés, qui leur attiraient tous ces maux et mettaient ce joug de fer sur leur tête : et enfin les frayeurs de leur conscience leur faisaient sentir que le grand mal dont ils devaient être délivrés était leurs péchés. C'est pourquoi ils reconnaissaient qu'ils avaient besoin « d'un Sauveur w qui les expiât : il leur fallait « un juste et un innocent » qui fût la sainte victime qui effaçât. « 0 ciel, envoyea votre rosée, et que les nues pleuvent le juste; que la terre s'ouvre, et qu'elle germe le Sauveur ^î » Pour être Sauveur, il faut qu'il soit juste, d'une justice qui vienne du ciel, qui soit divine, infinie et celle de Dieu même, afin que nous puissions l'appeler après le prophète : « Le Seigneur notre justice *. « Ce juste qui devait venir du ciel doit aussi sortir de la terre : il faut qu'il joigne en sa personne le ciel et la terre : qu'il soit Dieu et homme tout ensemble : que par une double naissance, il vienne tout ensemble et du ciel « dans les jours de l'éternité, » et « de Bethléem ^ » dans le temps, comme l'avait dit le prophète; et

1 Malach., ni, 1. — s lue, u, 25-27. — ^ Isa., xlv, 8. — * Jerem.^ XXIII, 5, G. — ^ Mich., v, 2.

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c'est ainsi que « dans peu de temps, » dans le dernier période du peuple de Dieu, ce grand Dieu « devait remuer le ciel et la terre *. »

Cependant tout se préparait à son arrivée : le royaume de Juda vivait sous ses lois dans une parfaite liberté : peu à peu il se dégradait; et quand le temps approcha qu'il devait être détruit, il tomba entre les mains des étrangers : un nouveau peuple se prépare au Christ futur; et on va voir toutes les nations venir en foule composer ce nouveau royaume, qui était sous « le Fils de l'homme le royaume des saints du Très-Haut qui ne devait point avoir de fin ^ : » nous touchons au dénouement des mystères ; et le Dieu-Homme va paraître.

Purilions nos cœurs pour le recevoir : songeons au malheur de ceux pour qui il était venu, et qui cependant n'ont pas voulu le connaître. Charnels, ambitieux, avares, quand Jésus est venu à eux, ils l'ont méconnu : ils l'ont mis à mort, parce que ses saintes paroles n'entraient point dans leurs cœurs. Purifionsnous donc, pour le recevoir, de tous les désirs du siècle, en attendant son glorieux avènement : autrement tout est à craindre pour nous : sa venue nous sera funeste, et nous le crucifierons comme les Juifs.

Vl^ ÉLÉVATION.

l'apparition de dieu d'une nouvelle manière, et ce que fatt la venue du christ promis.

De si haut qu'on reprenne l'histoire sacrée, on y trouve que Dieu apparaît en figure humaine aux patriarches et aux prophètes : un des hommes que voit Abraham et qu'il reçoit en sa maison se trouve être le « Seigneur » môme. Dieu môme, << à qui rien n'est difficile, » qui donne un fils à Sara quoique stérile, qui pardonne aux hommes, qui les punit selon les règles de sa bonté et de sa justice, à qui Abraham adresse ses prières comme à Dieu, qui parle lui-môme comme Dieu, qui dispose de toutes choses avec une suprôme autorité ^. Ce Dieu qui apparaît à Abraham est souvent appelé ange, c'est-à-dire « envoyé : * » c'est

t Agf/., II, 7. — 2 Dan., vu, 13, 14, 27. — 3 Gènes. ^ xviii, 2, 3, li, etc. — '* Ibid.^ xxii, 11, 12, 15, IG, etc.

un « envoyé, » pour Tamour de qui Abraham avait voulu immoler ion fils unique, qui en accepte le sacrifice, qui renouvelle toutes les promesses à Abraham : c'est donc un ange, c'est un « envoyé » qui est Dieu. C'est « l'ange du Testament ^ l'ange du grand conseil, » et le Fils de Dieu lui-môme, qui dès lors se plaisait à la forme d'homme qu'il devait prendre personnellement au temps marqué. Le même apparaît à Isaac et à Jacob : Jacob le voit au haut d'une échelle, et il appelle le lieu où il est, « la maison de Dieu et la porte du ciel ^ : » il y dresse un autel à celui qu'il avait vu, et lui rend ses adorations : Jacob combat avec lui comme avec un homme, et se glorifie « d'avoir vu Dieu face à face ^ : » et il reçoit l'ordre de lui dresser un autel : et il l'invoque, et il le loue comme celui « qui l'a regarde dans son affliction * : » combat mystérieux, où Dieu veut bien s'égaler à l'homme, et que l'homme aidé de Dieu l'emporte contre Dieu même, et lui arrache pour ainsi dire sa bénédiction par une espèce de violence ^ : il apparaît de nouveau à Jacob, et se nomme le Dieu tout-puissant, et confirme toutes les promesses qu'il avait faites à Abraham et à Isaac : tout cela en figure de celui qui s'est incarné pournous, qui dès lors nous préparait ce grand mystère, le commençait en quelque façon, en faisait voir comme une espèce d'apprentissage et comme un essai : qui enfin a voulu, en la forme humaine, faire les délices de nos pères; qui par un amour extrême et si l'eu peut l'appeler ainsi, par une tendre passion pour notre nature, a fait aussi de son côté ses délices des enfants des hommes, et a voulu montrer par là qu'il est celui qui, « conçu et engendré dans le sein de Dieu comme sa sagesse éternelle, a mis son plaisir à être avec eux ^. n

Parcourons ici en esprit tous les endroits où le Dieu « trois fois saint » paraît avec une face et avec des pieds "', où la gloire du Dieu d'Israël s'élève au-dessus du chariot ', et se rend sensible, « où l'ancien des jours » apparaît avec « sa tête et ses cheveux blancs comme neige ^ : » et croyons que toutes ces apparitions ou du Fils de Dieu, ou du Père même, étaient aux hommes un gage certain que Dieu ne regardait pas la nature humaine

1 Malach., m, 1. — 2 Gènes., xxvi, xxvni, 12, 13, 16-18.— 3 Ibid.f )xxn, 24, etc. — '^ Ibid., xxxv, 1, 3. — ^ Ibid., xxxv, 11, 12. — ^ Prov.,' vm, 22, 2:5, 31. — 7 Is'i., VI, 1-3. — « Ezech.^i, 1 et seq. — 9 Ua?i., vil, 1, 9, M

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comme étrangère à la sienne depuis qu'il avait été résolu que le Fils de Dieu, égal à son Père, se ferait homme comme nous.

Toutes ces apparitioiis préparaient et commençaient l'incarnation du Fils de Dieu : l'incarnation n'est autre chose « qu'une apparition de Dieu * » au milieu des hommes, plus réelle et plus authentique que toutes les autres : pour accomplir ce qu'avait vu le saint prophète Barucii, que « Dieu môme, après avoir enseigné la sagesse à Jacob et à ses enfants, avait été vu sur la terre et avait conversé parmi les hommes ^ : » qu'en cet état on lui dirait, comme faisait Isaïe : « C'est en vous seul que Dieu est, et il n'est en aucun homme comme en vous : Dieu n'est point sans vous : vous êtes vraiment un Dieu caché, le Dieu d'Israël, le Sauveur * : Le voilà, nous disait Malachie, ce Seigneur que vous attendiez *, » cet ange qui a apparu à Abraham et aux patriarches : « Le voilà qui vient en personne et qui apparaît dans son temple. » Et remarquez qu'un autre ange le précède « et lui prépare la voie : » mais cet ange n'est point appelé le maître, le dominateur, « ni relui qui vient dans le temple » comme dans un lieu qui est à lui : c'est Jean-Baptiste, le saint précurseur de Jésus-Christ, c'est, comme l'appelle le môme prophète, un autre iUie, qui vient préparer les hommes à recevoir Jésus-Christ, ". de peur qu'à son arrivée le genre humain ne soit frappé d'anathème ^. »

C'est par ces mots que finit le prophète Malachie : la prophétie finit avec lui, et en voilà le dernier mot : ainsi le dernier des prophètes termine sa prophétie en nous désignant le premier prophète qui devait paraître après lui, et lui remet pour ainsi parler la prophétie et la parole.

Entrons ici dans l'esprit des Israélites spirituels, des Juifs cachés qui désiraient le Sauveur, et se consolaient dans cette attente de tous les maux de cette vie. 0 Jésus, vous êtes celui qui deviez venir : ô Jésus, vous êtes venu : ô Jésus, vous devez' encore venir au dernier jour pour recueillir vos élus dans votre repos éternel : ô Jésus, vous allez et venez sans cesse : Vous venez dans nos cœurs ; et vous y faites sentir votre présence par je ne sais quoi de doux, de tendre et de souverain. Que l'esprit et l'épouse disent : « Venez : que celui qui a soif vienne : »

1 I Timoth., III, 16. — 2 Baruch., m, 37, 38. .— 3 ha., xlv, 14, 15. — Malach.y m, 1. —^Ibid., iv, 5. G.

17C ÉLÉVATIONS SUR LES MYSTÈRh^.

car Jésus vient en nous, quand aussi nous venons à lui : « Oui, dit Jésus, je viendrai bientôt. Ah 1 venez, venez. Seigneur » Jésus * : venez, le désiré des nations : venez, notre amour et notre espérance, notre force et notre refuge, notre consolation dans le voyage, notre gloire et notre repos éternel dans la patrie.

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