‹ Élie de Saint Gille: chanson de gesteChapitre 30 sur 55 · INTRODUCTION XXXVII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XXXVII

les deux textes sont défectueux ; ils offrent tous deux de nombreuses lacunes, et il n^est guère possible d'obteqir la physionomie générale du poème qu^en la composant de divers traits empruntés successivement à Tune ou à Tautre des deux versions. On peut cependant remarquer que le ms. français est le plus souvent en faute, et présente un texte notablement inférieur à celui, du norvégien. Les lacunes qu^on y constate sont dues à la négligence ou à la légèreté du scribe, qui souvent laisse de côté les vers les plus nécessaires au développement et à la marche du poème, sans se douter de son erreur; dans la version Scandinave, au contraire, à part quelques exceptions que j'ai relevées plus haut, c'est avec une intention bien marquée que le rédacteur a omis certains passages; il ne répète jamais, par exemple, les laisses similaires qui n'ajoutent rien à Faction du roman; de même aussi il supprime presque toujours les allusions littéraires qu'il ne comprenait pas ou que n'auraient pas comprises ceux auxquels il s'adressait ; bien plus, on sent que ce rédacteur s'intéresse réellement aux personnages de son poème, qu'il les suit dans leurs aventures, et quand l'un deux, comme le marchand Thomas (p. J25), ne se montre qu'incidemment pour disparaître aussitôt, le scribe a bien soin de noter Je fait et d'appeler l'attention à ce sujet. En un mot, les fautes de S sont gén éralement celles d'un homme lettré et intelligent ; celles de F proviennent toutes de l'étourderie et de la négligence d'un scribe ignorant. Cette différence entre les deux versions apparaît aussi bien tranchée dans la manière dont les deux ré-

XXXVin EUE DE SAINT ÛILLE

dacteurs ont traité la fin du poème. On a vu plus haut qu^à partir d'un certain point, les deux textes sont absolument différents : dans F, Elie, réfugié avec Rosemonde dans une tour, envoie un messager à Julien, qui vient avec toute la geste de Monglane au secours de son fils ; Élie, forcé de renoncer à Rosemonde, se marie avec Avisse, sœur du roi Louis, et Galopin épouse Rosemonde. Dans S, le dénouement est plus logique : Galopin, envoyé en ambassade par Elle, ramène Julien et tous ses parents ; de nombreux combats ont lieu, et Élie finit par épouser sa bienaimée Rosemonde, tandis que sa sœur Orable épouse Gérard, fils de Guillaume d'Orange. Comment donc expliquer cette divergence, et quelle était la rédaction originale ? M. Koelbing, après avoir un instant admis que le scribe norvégien pouvait bien ne pas avoir connu la fin du texte français et avait peut-être luimême fabriqué une fin, préfère cependant ^ une seconde hypothèse toute contraire, et conclut en disant que c'est le remanieur français qui a changé la fin et s'est écarté de l'original représenté par la saga.

Il est bien évident que la fin, telle qu'elle est donnée par le texte français, n'existait pas dans Toriginal ; on y voit, en effet, reparaître un personnage, Corsaut de Tabarie (v. 2428), qui avait déjà été tué au v. 341 ; de plus, l'intention où est le remanieur de relier, comme on Ta vu plus haut (p. xx), VÉlie de Saint-Gille au poème à^Aiol atmène diverses circonstances certainement étrangères à la rédaction primitive : l'ap-

f. Beitraege,,^ p. i3t-i33.

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