TRADUCTION FRANÇAISE
ntendez, sages gens, une belle histoire de haute valeur sur la vaillante chevalerie et les exploits célèbres d'un duc renommé, qui était gouverneur et maître, dominateur, gardien et protecteur du pays de Saint-Gilles, au sud-ouest du royaume du roi de France. Ce duc vécut si longtemps que sa barbe fleurit en boucles blanches; il était si heureux que la crainte de Dieu et la faveur du sort gouvernaient toute sa vie par la grâce de Dieu. Dès sa jeunesse et dans un âge tendre, il possédait de bonnes mœurs et des façons courtoises : son cœur était si bon que jamais fille ou veuve, que jamais orphelin sans protection n'avait eu à souffrir de sa violence ou de son injustice dans son honneur, dans ses possessions, dans son héritage ou dans ses biens. Bien au contraire, son âme était toujours portée à honorer Dieu et à faire de bonnes œuvres. Il construisit à grands frais de nombreux ponts de pierre sur les fleuves et sur les routes difficiles, pour la commo-
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dite durabli Im pauvres; il • dota des
hôpltaui impoi lit toujours ouverte
.i . liaient y prendra place; ses aumônes
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faisance étaient considérable]
(II) Of il arriva à une tel > n'\s que ce puis-
sant duc se tenait d ini -, qui était entièrement
construite en marbre de diverses couleur.-», bleu et brun, vert et jaune, rouge, n^ir, blanc et bigfl : cou-
verte de tous les ornements que Part des hommes peut faire; autour de lui étaient ses puissants vassaux et autres princes 3 qu'il avait réunis dans un magnifique banquet, à l'occasion de cette tète. Le duc leur adressa ces paroles amicales : « Écoutez, seigneurs», dit-il, « écoutez mes paroles et donnez-moi un conseil amical et bienveillant : considérez ce qui est le meilleur et le plus utile et le mieux approprié pour l'avenir de mes descendants et héritiers. Voici déjà soixante hivers passés que j'ai revêtu l'armure guerrière du chevalier; je suis aujourd'hui tellement appesanti par l'âge qu'il ne m'est plus possible de porter les armes. Il me sied désormais de rester en repos et, pour mon bonheur dans l'autre monde, démener une vie agréable a Dieu en la consacrant aux saintes prières, à l'église et aux aumônes, afin que ma vieillesse vaille mieux que ma jeunesse. Mais ma femme m'a rendu père de deux enfants : un bon fils que Dieu m'a conservé +, et une belle fille, Orable 3 la courtoise, demandée par le seigneur Guérin de Piereplate 6. Elle est trop jeune encore pour se marier, mais Guérin a juré 7 par le corps de saint Hilaire de l'é-
i. C ajoute : il bâtit de nombreux monastères. — i. B ajoute : avec des monastères et des églises. — 3. La phrase autour... princes est remplacée dans D par : au milieu de cieres et de nobles, d'aussi haut rang qu'on peut trouver au monde. — 4. B D donné. — b. A D Ozible ; B C Osseble. — 6. A Gerin de Forfrettiborg.— 7. B C D jure.
pouser avant qu'elle ait trente ans l et de remmener chez lui à Biaye 2 avec honneur. Or je veux que mon fils vienne devant vous dans cette salle; il est bien fait ; il est sage et de bonnes manières, grand de taille, large d'épaules et fort de tous ses membres ; mais je ne sais pas, et je m'en émerveille, s'il est très vaillant, lui dont le corps est bien bâti pour la prouesse et les actions vaillantes. 11 y a plus de douze mois qu'il pourrait porter les armes et être chevalier : je m'étonne de le voir vivre si tranquillement, comme destrier à l'écurie ou moine au cloître. Il lui vaudrait pourtant beaucoup mieux être à Paris au temps de Pâques et servir le roi Louis, rils de 3 Charlemagne, dont les conseils l'aideraient à conquérir un royaume comme patrimoine et propriété ; car quand j'étais jeune et à l'âge de mon iils, je fis, par ma bravoure et la force de mes armes, tant de conquêtes, que je possède encore trente châteaux, six grandes villes et vingt-cinq autres. Mais, » dit-il, ce je veux devant vous tous déclarer une chose, atin que mon fils sache qu'il devra gagner 4 par les armes un domaine assuré, un héritage et des possessions, comme je l'ai fait : il n'aura pas un denier de tout mon bien ; car 5 c'est ma fille qui restera dans ce domaine que j'ai gagné, et qui, au jour de ma mort, doit être héritière et maîtresse de tout ce que j'ai conquis. »
Quand Elie 6, son fils, entendit ces mots 7, il sentit la rage et le plus vif chagrin : il se leva aussitôt de son siège et sauta par dessus la table sur le sol, et il voulait
i. C quinze hivers; B dix hivers. — 2. A Blevisborg. — 3. C B D du roi. — 4. B gagner un royaume et avoir de toutes sortes; D gagner un royaume, de l'or, un patrimoine, un héritage et une terre. — b. C D car tous deux, ma Mlle et moi, nous resterons.— G. Mss. ici et partout Elis — y. C D les paroles de son père.
aller. i dît-il,
el ne I je ne veux encourir ni
M. mie ni de toi : 1 tu t en allais
maintenant ai mi dirait
bien vile a Pari, et : Regardez le tils du
vieux Julien que son père se par colore de son
domaine, après lavoir injustement accusa ; ce que
je ne voudrais a aucune condition : pour tout l'or qui 3 au pays de Jacob, non, cela ne peut être ! J'aime mieux te donner mon meilleur destrier et toutes mes armes : ma brogne, plus blanche que L'argent, et mon heaume doré, un écu bien éprouvé, peint a Heurs f« une forte lance au pennon broché d'or, et tu chevaucheras en notre présence sur nos plaines vastes et unies. Je ferai planter en terre un pieu de chêne qui te servira de but: on y fixera deux bons écus et une brogne éprouvée. Là tu feras assaut en chevalier : tu courras de toute la vitesse de ton cheval et tu frapperas de toute la force de ta lance. Si tu transperces les deux écus, si tu déromps et démailles la brogne, je te récompenserai selon la prouesse, la chevalerie, le courage et l'adresse que je te verrai déployer : je te donnerai comme suite vingt chevaliers avec tout leur équipement, de l'or et de l'argent assez pour ton entretien, afin que les fous alors ne te traitent pas d'inutile, toi le fils d'une noble race. Mais si, au contraire, je vois dans cet assaut que tu couvres ta race de honte et te montres incapable du métier des armes, alors, par l'apôtre du Seigneur, vers lequel les peuples de tous les pays chrétiens vont en pèlerinage pour implorer sa grâce, je te reprendrai le cheval et tout l'équipement, la blanche brogne et le heaume orné de feuilles, le bon écu et l'étendard doré, et je tondrai tes cheveux en rond par dessus les oreilles; je ferai de toi un moine ou un abbé, et te ferai apprendre à chanter
i. A Chiatresborg. — i. C D qui se trouve en Ara: ..
et à lire, pour que tu deviennes prêtre; et tu chanteras et liras ici dans notre monastère avec les autres moines. » « Sire, « dit Klic, « vous me blâmez beaucoup ! Permettez-moi plutôt de partir! Par Dieu, qui m'a créé par sa grâce, je ne veux prendre avec moi ni votre cheval ni aucun chevalier l : je préfère partir seul et aller à pied. Je croyais être un riche homme et avoir à attendre dans l'avenir beaucoup d'honneur, de puissance et de revenu; mais maintenant, vous m'avez déshérité complètement, de sorte que je n'ai plus le droit de disposer même d'un denier de tout ce que je croyais posséder. Puisque vous vous êtes ainsi détourne de moi, que Jésus-Christ, en échange, m'accorde sa grâce! » Sur ces mots, il sortit ; et quand il fut arrivé au bas des degrés de la salle, son père courut après lui, le saisit par son manteau, et le retint et lui parla : a Vaurien, » dit-il, a je te jure par mon chef que, quoi qu'il arrive 2, tu ne partiras pas ainsi ! Je veux auparavant te donner un 3 équipement et de bons destriers, les meilleures armes de défense qui se puissent trouver et mes plus fidèles chevaliers pour te suivre ; je veux aussi te donner de l'argent en abondance, de façon que partout tu puisses vivre largement; car il est dit et reconnu pour vrai que l'on estime chacun d'après ce qu'on voit de son extérieur. »
III) * Sire, » dit Elie, « puisque vous le voulez, donnezmoi au plus vite un cheval et des armes, et faites dresser dans la plaine le pieu chargé des deux écus et de la brogne. Je veux y courir, et je verrai quel coup je puis porter, que cela doive tourner à mon honneur ou à ma honte, et je te le jure par le saint apôtre de notre Sei. gneur, que les pèlerins vont à pied visiter, je ne dormira i pas plus longtemps sous ton toit, car vous m'avez refusé
i. C D gens de suite. — 2. quoi qu'il arrive manque C B D. — 3 C D un bon .
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Lamentablement, et appelant le duc : a Sire, > dit-elle, I . pour L'amour de Dieu ! Nous is pas
d'autre fill ni d"autre héritier que celui-ci, qui possc les qualités d'un homme vaillant. Vous ne savez ; quel malheur ou quel danger peut arriver à vousmême, et vous mettre en discorde avec d'autres pui sants barons qui se disent vos pairs : s'il arrive quelque chose de tel, notre lils pourra faire la guerre à nos ennemis; ce sera notre protection, notre défense, notre bouclier dans nos malheurs à venir. Il faut considérer ce qui est utile, aussi bien ce qui parait le moins important que ce qui semble l'être davantage. » Le duc répondit : « Que dis-tu, folle? Un jeune homme ne doit pas trop longtemps vivre tranquille; car tout homme vaillant 3 doit accroitre son activité et sa gloire, aller dans les pays étrangers, faire connaissance avec les gens inconnus, montrer sa bravoure, apprendre les lois et les droits, les vrais dits et les justes sentences; il faut qu'il s'inspire de bons exemples, et montre à la lois menace et amour : à ses ennemis monace et à ses amis humilité, bon cœur, courtoisie et respect 4 ; c'est ainsi que les hommes vaillants acquièrent leur renom, de façon qu'un homme vaillant et de bravoure excellente, pour son honneur, son bonheur et sa gloire devient le chef et le protecteur de tous ceux de sa race. Par saint Pierre,
ï. C la noble femme du duc. — 2. C B D faites grâce à notre rils. — 3. CED bon héros. — 4. B D obligeance courtoise et \D manque] honneur.
LA SAGA I) LLÏL- Q<J
l'apôtre de Rome, je veux sur le champ le faire chevalier. r> Aussitôt le duc appela Salatré, son écuyer, et lui dit : « Apporte-moi mes • meilleures armes et mon meilleur équipement : je veux, sur l'heure , armer mon hls chevalier ; et, à l'instant, dans la plaine, près de Darbes, notre château-fort, fais dresser le poteau d'attaque, et fais y attacher les écus et la brogne. Je veux, devant ces princes, ces chevaliers et tous les habitants de la ville, hommes et femmes, éprouver la vaillance de mon fils et voir s'il sait exécuter une action héroïque et s'il est vraiment brave.» Quand le duc eut dit cela, plus de cent chevaliers partirent, tous revêtus de bonnes robes de velours; et ils dressèrent le poteau avec les deux écus et une brogne blanche. Elie, dans la salle où il était, se couvrit d'une quadruple brogne et d'un heaume doré. Le vieux duc vint le trouver et le ceignit d'une bonne épée, et lui donna la colée avec une si grande force qu'il l'en rit chanceler et qu'il tomba presque à terre. Tout l'entourage du duc se mit a rire de ce que le coup était si fort; Elie le trouva mauvais, il n'en voulut rien dire, mais il parla bas entre ses dents : « Tu es méchant et félon, vieux ! Par la foi que je dois offrir à Dieu 2, si tu n'étais pas mon père, tu paierais cher ce coup-là. »
11 est connu de tous 3, et chacun a entendu dire que lorsqu'un chevalier prend les armes pour la première fois, les jeunes gens se montrent hardis et se réjouissent de voir comment il se comportera. Ainsi firent tous ceux qui étaient venus là en ce jour. Quand Elie monta à cheval, tout le peuple accourut autour de lui pour le voir, comme si aucun d'eux ne l'avait jamais vu jusquelà. Tous ceux qui le virent prièrent Dieu de défendre son
i . C B D mon meilleur équipement. — 2. D ajoute : Je rendrais ce coup traître sur la nuque à tout autre qui me l'eût donné, et. — 3. B D toutes gens.
corps de nrs prièrei lui
aident li peu que le tnéu que \
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sanc i Dieu n'a pitiéde lui.il a
ad le poteau tut i a bien assujetti et que tout
le peuple de la ville lut rangé alentour, il ycut plus de cent chevaliers, notables et hommes principaux de la ville de Saint-Gilles, qui, par amour pour hlie. voulurent s'armer et faire caracoler leurs chevaux dans la prairie des jeux et des plaisanteries. Mais le duc Julien qui était le plus en avant de la troupe s'écria à haute voix : " Dieu vous garde, bons seigneurs! sortez du chemin et tenezvous tranquilles, tandis que ce jeune homme joute et éprouve sa valeur. Ainsi nous pourrons voir ce qu'il se montrera dans une grande entreprise, car les petites choses préjugent les grandes. » Les seigneurs de la suite de Julien allèrent tout de suite en un lieu et là prirent position comme le duc l'avait dit. Le jeune homme commença à entrer en colère, il mit sa lance en arrêt et poussa de l'éperon son cheval, aussi vite qu'il pouvait courir sous lui; et, quand il eut cessé d'éperonner le cheval, il releva sa lance et ht flotter son étendard au vent. Il prit alors un peu de repos: puis, poussant le cheval l, il s'élança contre le poteau et transperça de la lance les deux écus et la double brogne avec une telle force que le poteau se brisa en deux et tomba tout entier par terre. Quand le duc Julien vit le grand coup qu'avait frappé son fils Elie, il rit et appela Elie à haute voix 2 : « Mon fils, » dit-il, « tu es un brave ! Tu resteras auprès de moi, et tu serviras mes entreprises à l'avenir. »
Sire 3 Julien était très joyeux, et sa joie était grande de son fils. Quand il vit le poteau brisé et gisant à terre, il
i. B D ajoutent : avec les ep.rons.— i. B D ajoutent : et dit. 3. C D Le duc.
appela à lui le jeune homme en souriant et lui dit tendrement : « Chevalier, b dit- il, « tu es un héros vaillant, fort et courageux! Je sais maintenant, car je l'ai vu réellement, que tu es solide et fort contre tes ennemis. Maintenant tu resteras avec moi, tu posséderas ma terre et mon domaine, car il ne te convient pas de m'abandonner dans mes vieux jours, et de servir des gens étrangers. » a Sire, » dit le jeune homme, a votre langage m'étonne : vous avez juré et fait serment que je ne dormirais pas dans votre demeure, d'ici à nombre d'hivers. Par le saint apôtre que vont trouver les pèlerins, si on me donnait tout l'or de Saint-Martin, je ne resterais pas à ton service, tant je l'ai fortement juré ! » Quand sire Julien entendit ces mots, il s'élança sur lui, et dit: «Mauvais fils de putain, tu es mon vassal ; de rien j'ai fait de toi un homme. Je vais te faire saisir et jeter en prison ; là tu y resteras quatorze hivers, puisque tu préfères à mon service celui de gens inconnus. Tu cherches toi-même tes malheurs ; jamais tu ne reviendras dans le pays ou dans le domaine, pour y gagner même un denier avec honneur. Il en sera ainsi, car mon cœur me le dit. Va maintenant où tu voudras ! »
Élie partit irrité et affligé. Quand le vieillard le vit s'en aller, il soupira de tout son cœur et pria le Dieu tout puissant de l'aider et de le protéger. Il appela alors Aimer \ et Tierri 2 et le comte Agamer, et leur parla ainsi d'un air pensif : « Hommes, » dit-il, « suivez-le, et, je vous en prie par amour, soyez ses défenseurs, car il est encore jeune et enfant. Mais s'il devient raisonnable, il accomplira de grands exploits, s'il a le courage qu'il faut qu'il ait et qu'il semble devoir posséder. Emmenez avec vous Gillimer 'Me Corin, Agamer de Lesam et le brave Auberi 4. Si vous marchez tous ensemble, celui-là s'attirera de la honte, qui voudra faire mal à l'un
i. A Aemer. — i, A Terri. — 3. A Gif mer. — 4. A Aeltri.
le sang, des comj d'armi i <.t dea canari k
pendant Élic chevaucha seul son chemin, : qu'a midi, triste et courroucé, et il parla ainsi : « I tout puissant, » dit-il, « regarde comme seul,
pauvre et sans argent, j'aban lonne mon pays et ma famille! Toi, Seigneur, qui ne mentis jam re et seigneur Je toutes créatures, aie pitié de mon infortune, car je n'ai même pas un écuyer pour me se t maintenant il me faut supporter peines et travaux, jusqu'à ce que ta grâce me console, comme tu en as décidé pour moi avant ma naissance! > Quand il eut parlé air regarda devant lui sur le chemin, et aperçut, couché à l'ombre d'un arbre qui était au bord de la route, un homme dont le corps était pei : il avait au Visage une blessure si terrible, qu'on pouvait voir sa cervelle à travers ses sourcils '. Il était étendu sur le vii et demandait grâce à Dieu, et se frappait la poitrine, car il craignait la mort. Lorsqu'hlie l'eut aperçu, il s'approcha de lui et lui dit amicalement : * Qui es-tu, chevalier? Dieu te prenne en grâce ! dis-moi, qui est celui qui t'a ainsi blessé et honni? Je te vengerai certainement, de sorte qu'il n'en peut être doute. » Quand le chevalier l'entendit, il répondit en quelques moi a Ami, sire chevalier, es-tu prêtre ou clerc, que je puisse me confesser et dire mes péchés? Les gens qui m'ont ainsi traité sont tels, que s'ils venaient maintenant, ils t'auraient bientôt renversé et honni -. Mais tu m'as adjuré par le Dieu qui m'a créé, et je veux donc que tu le saches: je suis le fils d'Amauri +, le valeureux et courageux comte; je suis né à Poitiers 3: sire Julien, le duc du pays de Saint-Gilles, est mon proche parent; et maintenant mon
i. C B sa. brogne; D sa ventaille.— 2. D Ajoute: Comment feraisje pour te le raconter? — 3. C bientôt tué et mis à honte.— 4. A Almaren.— 5. A Petersborg.
père est de sa suite et préside à ses plaids. Moi, j'étais en France, au service du roi Louis », quand il fut couronné à l'abbaye de Saint-Denis : il y eut alors grand tournoi de chevaliers montés sur de bons chevaux arabes. Comme nous étions là en joie et en réjouissance, arriva un messager, et il annonça la nouvelle que les païens, avec une armée puissante, étaient arrivés dans le pays. Aussitôt nous fîmes grande hâte, et n'attendîmes aucun secours, mais nous traversâmes sur-le-champ, avec l'armée que nous avions, l'Anjou et le Berri 2, et rencontrâmes les païens auprès de la Bretagne; et cette première affaire fut une grande victoire pour nous. La seconde fois, nous leur tuâmes bien mille hommes 3; la troisième fois, commeils étaient déjà vaincus, presquetous tués, blessés et prisonniers, survint un renfort de quinze mille païens, et ils nous poursuivirent jusqu'à Angers, firent prisonniers Guillaume et Bertran, son parent, Bernard et Ernaud ' le beau. Ils ont conquis toutes les villes du rivage, et ni jour ni nuit ne cessent d'avancer. Ils comptent prendre et gagner Montpellier 5 et la ville de Saint-Gilles. Le roi m\i parlé et m'a prié de porter ces nouvelles à sire Julien0, son parent. Mais quand j'eus pris congé du roi, les païens aussitôt m'aperçurent, me barrèrent le chemin et me percèrent de quatre blessures, trois au corps et une au visage. Et maintenant je te donne le conseil de te garder 7, car pour moi, ils m'ont tué. » Quand Élie l'entendit, il rit de ses paroles et dit : « C'est un chagrin, pour moi, chevalier, que tu sois mon proche parent; mais, par l'apôtre a que vont implorer les pèlerins, je veux, pour l'amour de toi, te venger de ces païens; avant ce soir, je pense, je veux de
t. C B D j'étais sous les ordres et au service du roi Louis. — 2. A Angueo et Berti. - 3 B D chevaliers. — 4. A Acrnald. —
5. A Pelliers; C Nunpellics; Il Munt'ellies; D Monfellusborg. —
6. C D ajoutent : le duc— 7. C B D ta vie.— 8. A C mon apôtre.