LA SAGA BÉUH IO
perça de sa lance son écu l et son corps même et le renversa mort de 2 son cheval, et dit : « Voilà la récompense de ton service ! »
Quand Corsant de Tabarie vit Rodoant mort 3 sur le sol, si bien que ni secours ni soins ne lui pouvaient plus servir, il cria à Elie a haute voix : « Vantard et tils de putain, » dit il, « que Mahomet garde mes yeux ! tu as tué cet homme pour ton malheur ! Avant que le soir vienne, tu le paieras chèrement. » Quand Elie entendit ces mots, il fut fort irrité des menaces et des insultes du païen, et poussa vivement son cheval 4, qui partit en courant aussi vite qu'il le voulait. Quand il fut arrivé près du païen, il traversa de sa lance la blanche brogne et la poitrine du païen, el le renversa mort de ' son cheval, et dit : « A bas, vilain chien ! et ne t'arrête qu'en enfer ! »
Élie a tué Rodoant de Calabrc et Corsaut de Tabarie; et tous deux gisent morts. Quand les trois survivants virent la chute ae leurs compagnons, ils devinrent presque enragés de douleur et s'élancèrent tous aussitôtsur Elie; ils ne Tabattirent pas de son cheval, tant sa défense fut solide, car Dieu le protégeait dans sa miséricorde et sa puissance. Quand il eut brisé sa lance, il frappa avec son épée li, et celui-là ne put jamais plus raconter une histoire qui reçut son premier coup. D'un second coup il fendit en deux l'armure du deuxième païen ; quant au troisième, il le saisit de ses mains et le pendit a un arbre, et il se hâta alors d'aller vers les prisonniers qui attendaient son aide, et c'aurait été un grand bonheur s'il avait pu les délivrer. Mais alors commencèrent a croître les embarras et la misère, car les cinq païens qui étaient restés en arrière, à leur repas, l'aperçurent aus-
1. C B ajoutent :1a brogne et lui-même dans la poitrine, de sorte qu'elle sortit par l'épaule. — 2. C. B à terre. — 3. C B D étendu mort. — 4. C B D ajoutent : contre lui. — b. C D de la selle. — 6. C B D il a brandi [D brandit] son épé<.
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