‹ Élie de Saint Gille; chanson de geste, pub. avec introduction, glossaire et indexChapitre 17 sur 44 · LXV. — Les deux rédactions concordent · texte numérisé non relu

LXV. — Les deux rédactions concordent

LXVI. — Les noms des païens qui attaquent Élie diffèrent dans les deux versions. Jonacle, cependant, de F (v. 2 3o6) peut être assimilé à Jonatré, ou plutôt Jonatre de S (p. i58). Cf. plus haut Triade, v. 364, et Tiatre de S, p. 108, note i. — Dans F (p. i58), Élie poursuit les païens et en tue encore un ; ceci manque dans F.

LXVn. — Les deux rédactions concordent.

LXVIIL — Dans F, Élie tue Caïfas (v. 2348-2353); dans S (p. 159-160), il le blesse seulement. C'est un artifice du rédacteur qui veut plus tard faire reparaître ce personnage à la fin du poème (p. 166) pour le faire tuer, alors seulement, par Élie.

LXIX. — Au commencement de cette laisse, les deux rédactions sont assez dissemblables. — Dans F, Élie est poursuivi par les païens, tandis que Rosemonde prie pour lui : Élie se réfugie alors dans la tour de Rosemonde. Dans S, l'attaque des païens n'est pas mentionnée : on ne sait donc comment s'expliquer pourquoi plus tard (p. 161) Élie propose à la jeune fille de s'enfermer dans une tour. — Dans F, Rosemonde prend l'engagement envers Dieu de se faire chrétienne ; dans S, elle propose à Élie de l'épouser : il refuse, car elle est païenne.

A partir du v. 2418 de F (voy. S, p. t6i), les deux textes se séparent complètement et n'ont plus rien de commun.

Je suis donc forcé de m'arrêter ici dans l'examen comparatif des rédactions française et norvégienne. Il est facile de voir par tout ce qui précède combien

INTRODUCTION XXXVÏI

les deux textes sont défectueux ; ils offrent tous deux de nombreuses lacunes, et il n'est guère possible d'obtenir la physionomie générale du poème qu'en la composant de divers traits empruntés successivement à Tune ou à l'autre des deux versions. On peut cependant remarquer que le ms. français est le plus souvent en faute, et présente un texte notablement inférieur à celui du norvégien. Les lacunes qu'on y constate sont dues à la négligence ou à la légèreté du scribe, qui souvent laisse de côté les vers les plus nécessaires au développement et à la marche du poème, sans se douter de son erreur; dans la version Scandinave, au contraire, à part quelques exceptions que j'ai relevées plus haut, c'est avec une intention bien marquée que le rédacteur a omis certains passages; il ne répète jamais, par exemple, les laisses similaires qui n'ajoutent rien à l'action du roman; de même aussi il supprime presque toujours les allusions littéraires qu'il ne comprenait pas ou que n'auraient pas comprises ceux auxquels il s'adressait ; bien plus, on sent que ce rédacteur s'intéresse réellement aux personnages de son poème, qu'il les suit dans leurs aventures, et quand l'un deux, comme le marchand Thomas (p. J25), ne se montre qu'incidemment pour disparaître aussitôt, le scribe a bien soin de noter le fait et d'appeler l'attention à ce sujet. En un mot, les fautes de S sont gén éralement celles d'un homme lettré et intelligent; celles de F proviennent toutes de rétourderie et de la négligence d'un scribe ignorant. Cette différence entre les deux versions apparaît aussi bien tranchée dans la manière dont les deux ré-

dacteurs ont traité la fin du poème. On a vu plus haut qu'à partir d'un certain point, les deux textes sont absolument différents : dans F, Elie, réfugié avec Rosemonde dans une tour, envoie un messager à Julien, qui vient avec toute la geste de Monglane au secours de son fils; Elie, forcé de renoncer à Rosemonde, se marie avec Avisse, sœur du roi Louis, et Galopin épouse Rosemonde. Dans S, le dénouement est plus logique : Galopin, envoyé en ambassade par Elie, ramène Julien et tous ses parents ; de nombreux combats ont lieu, et Elie finit par épouser sa bienaimée Rosemonde, tandis que sa sœur Orable épouse Gérard, fils de Guillaume d'Orange. Comment donc expliquer cette divergence, et quelle était la rédaction originale ? M. Koelbing, après avoir un instant admis que le scribe norvégien pouvait bien ne pas avoir connu la fin du texte français et avait peut-être luimême fabriqué une fin, préfère cependant ^ une seconde hypothèse toute contraire, et conclut en disant que c'est le remanieur français qui a changé la fin et s'est écarté de l'original représenté par la saga.

Il est bien évident que la fin, telle qu'elle est donnée par le texte français, n'existait pas dans Toriginal ; on y voit, en effet, reparaître un personnage, Corsaut de Tabarie (v. 2428), qui avait déjà été tué au v. 841 ; de plus, l'intention où est le remanieur de relier, comme on l'a vu plus haut (p. xx), VÉlie de Saint-Gille au poème à'Aiol amène diverses circonstances certainement étrangères à la rédaction primitive : l'ap-

Page 1