‹ Élie de Saint Gille; chanson de geste, pub. avec introduction, glossaire et indexChapitre 18 sur 44 · X. Beitraege.., p. i3i-i · texte numérisé non relu

X. Beitraege.., p. i3i-i

INTRODLCTlOxN XXXIX

parition, par exemple, au v. 2566 de Marchegai (le cheval d'Élie dans VAiol), comme aussi Tempêchement canonique au mariage de Rosemonde et d'Élie. Mais, si la fin de F a été imaginée par un remanieur, est-ce une raison de croire que la saga possède la version primitive? Tel n'est pas mon avis; je pense, au contraire, que ie norvégien, non plus que le français, ne fournit une fin qui ait les caractères d'un poème original. Rien d'individuel, comme Ta remarqué luimême M. Koelbing, dans les épisodes qu'il renferme, rien de nouveau dans la marche de Taction qui devient banale et impersonnelle*, de plus, la présence d'un nouveau prince d'Alexandrie, Roben, est en contradiction flagrante avec tout le reste du poème, où ce titre est donné à Jossé; enfin, la mention du mariage d'un fils de Guillaume d'Orange, Gérard, avec Orable , fille de Julien de Saint-Gilles , ne peut appartenir à la rédaction primitive. Un tel mariage, outre qu'il est contraire à ce que fait prévoir le commencement du roman où Orable ( = Olive) est fiancée à Guérin de Porfrettiborg {zn Piereplate), créerait un nouveau lieu de parenté entre les familles de Saint-Gilles et de Monglane, que n'auraient pas manqué de signaler les auteurs de quelque autre chanson de geste. L'ignorance où nous sommes à ce sujet prouve bien, d'une part, que le fait n'appartient pas à l'histoire littéraire du moyen âge et, de l'autre, qu'il a dû être inventé postérieurement comme toute la fin de la saga. J'ajoute, et c'est là un argument capital, que l'oubli où la saga laisse le marchand Thomas (p. 1 2 5), qui originairement devait

retrouver Elie, est une preuve contre l'authenticité de la fin de la version norvégienne.

Force est donc de reconnaître que ni le texte français ni la saga ne représentent la fin de Poriginal : les deux versions dérivent Tune et l'autre, par une série d'intermédiaires que je n'ai pas à rechercher, d'un même ms. incomplet qui faisait finir la chanson primitive à^Élie là où s'est arrêté le ms. yl de Pédition de M. Koelbing (p. i6i) : « Nous chercherons un « homme fidèle et nous l'enverrons vers mes gens <c pour avoir secours. Et alors viendra ici Julien, le « duc de la ville de Saint-Gilles, et avec lui Guillaume « d'Orange et une foule des meilleurs chevaUers; et « nous conquerrons toute la contrée, et tu seras bap- « tisée et faite chrétienne. « « Volontiers, » dit la « jeune fille, « si tu donnes à tes paroles plus de force « par un serment sur ta foi. » Ils parlaient ainsi, mais « ils n'étaient pas à la fin, car voilà leurs tribulations c qui se renouvellent. » Ici sans doute apparaissait Thomas, qui tirait d'embarras les héros de la chanson.

Telle devait être la fin du ms. incomplet qui a servi de base aux deux rédactions française et norvégienne; les auteurs de ces deux rédactions ont vu qu'il y avait dans ces quelques lignes les éléments d'une fin; ils ont donc séparément composé une fin à VÉlie. Dans chacune des deux fins, on retrouve les trois faits principaux qui ont servi de points de repère aux développements des deux versions : 1° l'envoi d'un messager à Saint-Gilles; 2° l'arrivée sous les murs de Sobrie de Julien et de Guillaume d'Orange; 3° le baptême de Rosemonde. Mais les détails différent du tout au

INTRODUCTION XLI

tout. Le rédacteur du poème français, préoccupé surtout de rattacher VÉli'e à VAiol, n'a pas pris la peine de changer l'assonance de sa dernière laisse, qui compte ainsi 418 vers assonant en é; quant à Fauteur de la version norvégienne, il a fini d'une façon normale en mariant Élie et Rosemonde; ce devait être ainsi que finissait l'original.

Mais ici se pose une question : la fin de la version norvégienne est-elle l'œuvre d'un remanieur français dont le texte aurait été traduit, ou l'œuvre d'un rédacteur Scandinave ? Je ne saurais répondre catégoriquement à cette question. Cependant je suis porté à croire que l'auteur de la fin de la saga est un norvégien, peut- être l'abbé Robert, scribe du roi Hakon % qui, s'étant d'abord arrêté dans le ms. A à la fin du ms. original, a ajouté ensuite une fin. Ce n'est, je le répète, qu'une supposition, suggérée par la banalité des épisodes et des descriptions de cette fin, qu'un remanieur français eût rendue sans doute plus vivante. Quoi qu'il en soit, pour établir les rapports du texte français et de la saga, il ne faut considérer que la partie commune des deux versions, puisque les deux fins, composées séparément par des auteurs différents, ne peuvent servir de termes de comparaison.

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