‹ Élie de Saint Gille; chanson de geste, pub. avec introduction, glossaire et indexChapitre 29 sur 44 · I. b D à. table. — 2. b D avait · texte numérisé non relu

I. b D à. table. — 2. b D avait

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montait un cheval gris-pommelé et portait un vêtement de soie d'or d'un rouge-brun avec une fourrure blanche? Ce matin, comme nous sortions d'une forêt, il a fait preuve de si bonne chevalerie, qu'en peu de temps il a tué neuf chevaliers : un seul s'échappa et ne se risqua pas à l'attendre. Il le poursuivit jusqu'au moment où, près d'un gué, sept cents païens s'opposèrent à lui, et l'auraient fait prisonnier et vaincu, si les vingt chevaliers que vous lui avez envoyés n'étaient venus à son aide, braves et bons combattants, dont pas un ne saurait être blâmé; mais les mauvais païens les entourèrent en si grand nombre qu'aucun des vingt chevaliers ne sortit vivant. Alors ils serrèrent Elie près d'un fossé, et le firent prisonnier, et le lièrent et remmenèrent avec eux. Et vraiment ses amis peuvent déplorer la perte d'un tel homme! » Et quand Julien entendit ces paroles, il s'affligea beaucoup; et la mère et la sœur du jeune homme pleurèrent le triste sort d'Élie. si durement retenu chez les païens. Alors une grande tristesse se répandit dans la salle, et toute la joie qu'ils avaient auparavant se changea en silence triste et désespéré : on ne songea plus à entendre harpes ou vielles ou symphonies ou autres semblables instruments à cordes. Le duc alors appela un homme nommé Thomas; c'était un riche marchand, et toutes les mers lui étaient connues. Julien lui dit : «. Tu vas équiper au plus tôt mon vaisseau le plus grand, tu le fourniras de vivres suffisants et tu prendras avec toi vingt sommes d'or, des autours et tout ce dont tu peux avoir besoin ; tu iras aussi vite que possible et tu ne t'arrêteras pas avant de savoir sûrement en quel pays les païens ont emmené mon fils. Toi, Salatré, tu voyageras avec lui. Soyez tout-à-tait prêts aujourd'hui, et demain partez! » Et on ne raconte plus rien d'eux dans cette histoire. Sire Guillaume et ses compagnons se sont levés de bonne heure et demandent la permission de s'en retourner. Sire Julien les traita avec beaucoup d'honneur ; il leur donna les destriers les plus

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excellents, à chacun d'eux cent escalins et un écuyer pour porter leurs armes et les servir, et ils se séparèrent amicalement.

(XXVII Les ^ païens naviguent sur mer, et abordent après cinq^ suite) jours dans le pays qui se nomme Ungarie. Quand ils eurent jeté l'ancre au pied des rochers de Sobrie, le roi Macabre appela les Francs qui étaient prisonniers et aussi Elie, et ils furent amenés devant le roi. Le roi dit à Jossé, qui avait le commandement d'Alexandrie : « Prends ces gens avec toi, et inflige-leur tel châtiment qu'il te semble bon ; mais ce beau jeune homme, qui est si remarquable et imposant, restera avec moi, et s'il veut adorer Mahon, je lui donnerai en mariage Rosamonde, ma fille. » Alors le roi fit placer Mahon sur un pilier qui tout entier était de ^ pierres précieuses. Il dit à Élie : « Jure le par ta foi. Franc ; as-tu jamais vu un si beau dieu que celui-ci? Il fait tout ce que je veux; il me transporte d'ici en Afrique aussitôt que je le veux, et au nord en Ecosse et de là aux ports d'Almarie ♦. Sache vraiment maintenant : quand tu te seras soumis à lui, je te ferai riche en or et en terres. »« Sire, » dit Élie, « vous plaisantez, ou vous parlez comme un enfant ou comme un fou, quand vous dites avoir pour dieu ce maudit ennemi. Cette chose ne saurait se mouvoir et n'a ni vie ni corps; et si un homme venait qui lui donnât un coup sous l'oreille, il tomberait, comme s'il n'avait jamais eu de vie. Malheur à sa puissance et à ceux qui le servent ! » Malpriant était tout près et entendit ce que disait Élie. Il en devint presque enragé de colère et courut vers Mahon, et lui dit à haute voix : « Dieu tout puissant, ne m'en veuille pas de ces paroles! Ce Franc qui t'a inju-

I, b ajoute au commencement de ce paragraphe : Maintenant faut laisser cela et dire comment; D Maintenant il faut traiter comment. — 2. b D huit. — 3. b D d'or et de. — 4. Mss. de Dalmarie.

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rié est fou et ne comprend rien. Je t'engage ici ma foi que je te vengerai, si j'arrive vivant au pays, et aussitôt je le ferai pendre à ce haut rocher. » Quand Elie entendit ces paroles, il se courrouça fort et implora instamment l'aide et la grâce du Dieu qui gouverne tout '. Elie était libre sur le vaisseau du roi : alors il s'aperçut, ce qui lui causa grand émoi, que Malpriant faisait sortir soncheval de dessous le pont et le faisait conduire à terre ; il avait une selle dorée; il était bridé et prêt à être monté. Ce cheval était si bon, comme il a déjà été dit plus haut, que jamais roi n'en avait eu de pareil. Elie dit à voix basse : « Aide-moi, seigneur Jésus-Christ, fils de la vierge Marie ! Il n'y a pas encore six jours passés que ce cheval était en ma possession. Plût à Dieu que je fusse assis sur son dos et armé comme je voudrais M » Alors il bondit en l'air avec une force si merveilleuse que personne ne put le tenir, et il vint jusqu'à terre, et il courut aussitôt vers l'homme qui conduisait le cheval, et lui donna un si violent coup de poing sous l'oreille qu'il lui brisa la nuque. Elie sauta sur le cheval aux yeux de toute l'armée et partit au galop. Quand le roi Macabre vit cela, il se courrouça fort et avec rage cria à Mahon : « Méchant dieu, » dit-il, « que fais-tu? es-tu fou ou dors-tu? Je t'ai promis fidélité : malheur à ta puissance et à ceux qui te servent ! Maintenant le Franc s'en va, qui t'a toujours outragé ! » Il appuya son pied sur un côté de la statue de Mahon et le renversa de son pilier et lui cassa le nez et le bras droit en deux. Les païens le saisirent alors : « Mauvais roi, » dirent-ils, « que fais-tu ? tu es plein de colère, de folie et de brigandage, en frappant et brisant ton dieu! Va maintenant vers lui, et prosterne-toi devant lui, et prie le de te pardonner : sans cela tu mourras ! »

I. D ajoute : car il était en grande frayeur. — 1. D ajoute : car je me ferais hacher en morceaux avant de retomber en leur pouvoir.

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« Je jure par mon chef, » dit le roi Macabre, « que celui-là est fou qui le sert et croit en lui; car son pouvoir est tout à fait miné et ne vaut rien, et ce n'est que tromperie et folie! Il a laissé échapper le Franc qui l'avait insulté et avait tué ses fidèles. Je suis vraiment plein de douleur et de honte de l'avoir fait délier, car il s'est enfui. » (XXVIII) Lorsque le roi eut parlé ainsi, tous reconnurent qu'il disait la vérité, et quittèrent leurs vaisseaux. Le roi appela alors à lui sept cents chevaliers ; et il y avait là Jossé d'Alexandrie et Hector et Gontier ^ : « Vous allez vous rendre au gué de Dalbier et attendre le Franc, qui s'est échappé et nous a joués.

(XXVII u Si Mahomet le fait revenir, il aura bien agi dans son infin) térêt, et si le bon Mahomet se conduit si bien, je lui donnerai quatre cent mille marcs d'or pur ; et je referai sa tête et ses épaules, ses mains et ses doigts et ses mollets, ses chevilles et la plante de ses pieds, plus grands de moitié qu'ils n'ont jamais été; je le ferai refaire tout neuf et de fin travail. »

(XXIX) Maintenant les païens sont tous sortis de leurs vaisseaux, et le roi est allé chez lui dans son bon château de Sobrie. Toute sa famille vint au-devant de lui, sa femme et son fils et la brillante Rosamonde, sa fille ; et elle dit aussitôt à son père : « Vous m'avez promis, à votre retour de France, de ramener pour moi " de France un pauvre prisonnier, pour m'apprendre la langue w^elche. » a Par ma foi, belle fille, » dit Macabre, « j'en avais un comme tu le veux, auprès de moi ; jamais, depuis que Mahon a créé le monde, il n'en est venu de tel en ce royaume. Il a vaincu Malpriant, ton fiancé, et a fait tomber cet orgueil et cette fierté qu'il croyait pouvoir avoir pour l'amour de toi, si bien que, quel que soit le nombre des hommes en campagne , si ce Franc est

I. Mss, Hercol et Gui ver; c/. p. i3i. — 2. Ici se termine la lacune d'A.

dans l'armée ennemie , Malpriant n'ose même pas entrer en conversation avec lui! » Quand la jeune fille entendit son père louer de la sorte le brave héros, tout son cœur soudainement se prit d'amour pour lui, de sorte qu'elle ne put rien répondre ni demander la permission de sortir, mais elle alla se prosterner devant ses dieux et les pria de tout cœur de garder ce noble héros de honte et de mort.

Il faut parler d'Élie qui chevauchait le long du rivage, et implora la bonté divine et dit : « Seigneur Dieu, roi doux et puissant, conduis-moi en tel lieu et en telle herberge que je puisse m'y restaurer, car depuis longtemps je souffre du manque de vivres. Voici cinq jours passés que je n'ai mangé, et ma vigueur et mes forces s'épuisent.» Il descendit alors la colline, et, arrivé dans la plaine, il vit dans un bois, assis à l'ombre d'un grand arbre, trois larrons, et ils avaient là beaucoup d'argent qu'ils avaient pris et volé, ainsi qu'un grand coffre rempli d'or fin de maint pays. Ils s'étaient donné là rendez-vous et tenaient conseil, et ils avaient apporté leur repas somptueusement préparé : deux paons et un cygne avec une bonne sauce au poivre,et un grand pot rempli de vin et de bière mêlés et deux grands pains de froment. Quand Élie vit qu'ils se disposaient à manger, et que le repas était prêt et qu'ils s'offraient entre eux le pain, le vin et la viande, il fut pris d'un si pressant désir de manger qu'il ne put, sous aucune condition, se retenir plus longtemps. Il descendit douce-' ment de son cheval, et sans demander ni eau ni serviette, il s'attabla aussitôt auprès d'eux sur l'herbe, et les trois larrons ne pouvaient pas couper aussi vite qu'il mangeait lui seul ; et le chef des larrons lui dit : « Tu es bien osé, avide glouton, de t'asseoir à notre repas et de ne pas nous en demander la permission ! Jamais il n'y eut main d'homme qui ait si bien appris à vider les écuelles; mais tu le paieras cher avant de nous quitter. Ce cheval que tu as amené ici, tu nous le don-

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neras; et si tu te plains en quoi que ce soit, tu recevras de nous tels coups de poing, de bâton et de pied que tu ne pourras trouver de médecin pour te guérir. »« Ami, » dit Élie, « tu as tort de t'exprimer de la sorte : en parlant ainsi, tu ne calcules pas ce qu'ont coûté ces viandes et cette boisson que nous avons consommées. Nous voulons maintenant en savoir le prix : dis-nous la vérité là-dessus, et je te paierai entièrement et sans faute ce que j'ai pris. » « Par mon chef, )> dit le larron, « tu en sauras le prixl Cent marcs d'argent pur ont été payés pour cela ; mais paie-moi dix marcs d'argent pur, et je te tiens quitte. » « Par ma foi. » dit • Élie, « je n'ai jamais vu chose pareille. Si tout est aussi cher dans ce pays, c'est bien mieux dans le pays oii je suis né. Prenez, » dit-il, « ces cinq escalins d'argent pur et sans défaut, et ce vêtement de soie à fourrure blanche, qui m'a coûté cinq marcs d'or quand je l'achetai. » «Par mon chef, » dit* le larron, « tu vas parler autrement. Nous voulons avoir ce cheval que tu as amené ici ^ ; j'ai estimé que sa bride vaut vingt livres d'argent. Tu seras dépouillé et nous quitteras à pied, ayant à la main un bâton, comme un homme des bois. » (XXXj * Malheur à toi, méchant vagabond, » dit Élie, « Dieu te fasse honte ! Je pensais, quand je vous voyais préparer votre nourriture, que vous étiez des vassaux ou des chevaliers, des bourgeois ou des marchands, sachant bien accueillir un prudhomme; mais maintenant vous * dites que vous voulez avoir mon cheval pour votre nourriture et votre boisson, et vous voulez me trahir comme Judas trahit Notre Seigneur à table I mais je jure par Dieu même et par le cher apôtre qu'implorent les pèlerins ^ que si l'un de vous est assez audacieux pour oser m'approcher, je le traiterai de telle façon qu'il ^

I. A parla. — 2. A parla. — 3. C B D ajoutent : lu le perdras honteusement. — 4. C B D maintenant je vois que. — 5. C B D et par le saint apôtre Pierre. — 6. C B D qu'il ne réussira jamais.

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n'en aura jamais aucune joie ; et ' je donne un faux denier pour vous trois ! Il vous faudra plus grande force avant de me mettre en fuite ou de m'efïrayer.

« Malheur à toi, mauvais homme, i) dit Élie; » Dieu vous confonde I Je vois en vérité que vous êtes des larrons et de méchantes gens =*. Oùavez-vous pris cet or qui est là ? Si vous ne me dites sur-le-champ à qui il appartient, je vous pendrai ici même! » Et il ^ frappa'^ de son pied la nuque du chef des brigands; et le coup fut si lourd, que jamais plus il ne put répondre, car l'os de son cou fut rompu en deux ; puis il saisit de ses mains le bras du second larron, et l'attira à lui, de sorte qu'il lui brisa le. bras à l'épaule, et le cœur lui sortit du corps avec les entrailles ^ (XXXI) Le troisième était "^ Galopin; il était petit de taille; il approcha, se jeta ' à genoux, et demanda grâce pour lui et dit : « Excellent seigneur, fais toi honneur à toimême; et ne me tue pas. Reçois ici ma foi que jamais je n'ai voulu rien faire de mal contre toi. Si tu veux que je reste avec toi, ce sera une grande amitié de ta part : tu n'iras jamais nulle part que je n'y aille volontiers avec toi ; si tu as besoin d'argent, je t'en donnerai tant qu^il ne t'en manquera jamais : je connais caché dans le bois ^ de l'or en telle quantité qu'il dépasse en valeur quatorze bourgs et vingt-deux châteaux. Je suis resté quatorze hivers 9 le compagnon de ces hommes; et souvent on m'a tendu des embûches dans ce bois, nuit et jour; souvent j'ai été pris et jeté en prison et enchaîné cruellement. Mais je connais tant de ruses et d'artihces, que là où j'ai été le plus soigneusement gardé, je me suis

I. C 5 D et je ne vous donne aucun denier [D pour votre repas].— 2 et de méchantes gens est remplacé dans CDD par : ou bien.— 3. C B ajoutent : courut [B aussitôt] vers le chef. — 4. C B lui frappa. — 5. Ici commence le fragment H. — 6. C B D s'apelait. — j. C B D tomba. — 8. C B dans ce bois près de nous ; D ici dans le bois. — 9. Ici commence le fragment F.

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échappé. Aussi je ne veux plus voler, car c'est un vilain métier que celui de larron, car le larron est vite pendu quand il est pris en volant. »

(XXXI 1) Élie vit Galopin à genoux devant lui, demandant grâce ' : a Excellent seigneur, ne me tuez pas, car je suis de bonne famille et d'un riche pays ; je suis le fils du comte Tieri ^ du Sud. Quand ma mère m^eut mis au monde, trois ' fées pendant la nuit me prirent de la chambre où j'étais couché, et l'une d'elles voulait disposer de moi et me prendre avec elle ; mais cela déplut aux deux autres, et elles se dirent mutuellement que je ne croîtrais pas ni ^ ne deviendrais grand, mais que je courrais * si fort que

Dieu ne créerait jamais créature vivante qui puisse aller aussi vite. » Comme ils parlaient ainsi, vint en courant un malveillant païen, Jossé d'Alexandrie, avec deux autres païens, ses compagnons et amis, Hector et Gontier ^. Quand Élie les aperçut, il pensa qu'un grand ^ danger le menaçait, car il était sans armes "; mais néanmoins il attendit le choc. Jossé arriva là et lui perça l'épaule; mais Elie se détournant devant la lance, elle se rompit. Comme un autre païen se préparait à ^ le frapper». Galopin bondit en avant et brandit à deux mains une grosse massue de bois de pommier '«et il frappa aussitôt le païen au milieu entre les yeux, si bien que la cervelle avec le sang resta attachée à la massue et qu'il tomba mort à terre. Quand Élie Paperçut ", il fut saisi d'étonnement de voir que ce larron était assez résistant et hardi pour attaquer un païen '* armé. Mais quand Jossé eut brandi

i. C B D ajoutent : il [D le voleur] continua. — 2. Mss. Terri. — 3. B quatre. — 4. C B F ajoutent : que jamais n'existerait destrier qui puisse m'atteindre ; D : qu'aucun cheval ne me rattraperait à pied. — b. A Hertori et Guntr. — 6. grand manque dans A. — y. C B D ajoutent : contre eux. ^ 8. C B F à brandir son épée. — g. La phrase depuis Comme est remplacée dans D par : L'autre brandit son épée. — 10. Z) ajoute : qui était près de lui. -— II. C B D vit cela. — 12. C D chevalier; B prince.

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son épée, et fait une seconde blessure à Elle, Elie le saisit par le bras et lui enleva violemment son épée ; et quand celui-ci eut perdu son épée, il prit la fuite. Alors arriva Hector le troisième ', et Elie le frappa aussitôt avec l'épée et le lança mort à terre. Là dessus il prit son cheval et dit à Galopin : « Dieu me garde dans sa grâce et me délivre de cette maudite troupe de païens, comme il est vrai que je ne t'abandonnerai jamais quand ^ même je devrais m'exposer à la mort ! Prends maintenant ce cheval, car tu l'as bien mérité! » Alors Galopin dit : « Seigneur chevalier, noble ami, que ferai-je de ce cheval? je ne puis ni le pousser ^ ni le tourner ; si je montais sur son dos, je tomberais tout aussitôt en bas. Prenez plutôt celui qui est le meilleur de ces chevaux ; et moi, je prendrai cet écu doré aux attaches vertes qui est là à terre ; et je conduirai par la bride ce destrier arabe, et s'il ne me '' suit pas aussi vite que je veux, je le tuerai aussitôt avec ma massue pour que nos ennemis ne s^en servent pas. »

(XXXIII) Quand Élie eut entendu ce que disait le larron, qu'il allait si vite à pied qu'il ne voulait pas de cheval, il le laissa faire comme il voulait. Mais ^ ils perdirent la route qu'ils devaient suivre, car il s'éleva une telle obscurité qu'ils ne purent reconnaître aucun chemin, et ils allèrent errant dans le voisinage de Sobrie, la ville importante; et ce fut vraiment pitié qu'ils fussent arrivés là, car avant que le soir ne vienne, il pourra bien leur échoir souci et danger, douleurs et tribulations. A la porte du château, devant eux, se tenait Jossé qui, le même jour, avait poursuivi Elle et l'avait blessé ; et aussitôt qu'il les vit, il s'élança et disparut, et courut aussi vite qu'il put à la

i. C B F ajoutent .-leur compagnon ; D : le compagnon de Jossé. — 2. C B D s\ comme il est vrai ma vie est en danger.— 3. C B D monter. — 4.5 veut me suivre. — 5. C B Là-dessus ils prirent leur chemin et ils; D Là-dessus ils se résolurent au départ et comme ils avaient marché un peu de temps, ils.

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salle du roi; et quand il vit le roi, il lui dit : « Par Mahon, sire roi , grande honte et grand dommage t'ont été causés en ce jour, car Hector', ton meilleur ami, a été tué, et Gontier et le roi Malgant, que tu as fait couronner. Quand le roi entendit ces paroles , il fut merveilleusement courroucé et chagrin : et il jura alors, par Mahon et par toutes ses autres idoles, que dans tous les châteaux et villes, aussi loin que s'étend son royaume, il ferait déclarer et juger Élie hors la loi et banni partout où on le saisirait. Le méchant Jossé répliqua : « Sire roi, » dit-il, « tu parles de grande folie. Par mon chef, tu n'as pas besoin de prendre tant de peine pour le chercher, car il est maintenant tout près, et vous pourrez vous rencontrer avec lui dehors devant la ville, si vous désirez le trouver. »

(XXXIV) Élie est arrivé sous les murs de Sobrie, et quand il vit les tours et les châteaux de la ville, il dit à Galopin, qui était devenu son serviteur en toute bonne foi : « Dis-moi, ami, ce pays t'est'-il connu ? Sais-tu quel est le seigneur de ce pays? »« Oui, » dit celui-ci, « je le connais très bien . Ce "" sont les tours et les châteaux de Sobrie; dans cette ville est le roi Macabre et ^ son fils et * sa fille ; dans tout le monde on ne trouve aussi belle femme qu'elle. J'étais, il y a peu de temps, dans cette forteresse en compagnie de ces hommes que tu as tués; et nous dérobâmes ici dans ce château beaucoup d'argent. Si le roi me prenait, tout l'or de Pavie ne l'empêcherait pas de me pendre aujourd'hui même. » « Tu m'as trahi, » dit Elie, « car par ta fourberie tu m'as conduit ici au pouvoir de mes ennemis. y> « Non, sire, » dit-il, « par le noble seigneur qui naquit de la très sainte vierge Marie ! mais l'obscurité était grande, et le chemin ne m'est pas entièrement connu ! » Comme ils parlaient de cela et

I . Mss. Ertun. — 2. C B F D C'est Sobrie. — 3,CBD ajoutent : Chaïphas. — 4. C BD ajoutent : Rosamonde.

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d'autre chose, de maudits païens arrivèrent en bondissant, que Dieu leur puisse donner honte, affront et dommage ! et ils tuèrent, sous Élie, le bon cheval qui valait plus de sept cents livres ' d'or. Mais il les écarta de son épée et frappa de tous côtés. Galopin saisit une lance et l'aida autant qu'il put , de sorte qu'en peu de temps ils tuèrent quinze ^ païens et les survivants s'enfuirent. Élie et son compagnon cherchèrent devant eux et continuèrent leur chemin au pied des murs de la ville, et ils arrivèrent dans un jardin qui était sous la ville ; jamais nul homme n'en a vu un si beau et si bon. Mais les païens qui s'étaient échappés se hâtèrent vers le palais du roi et racontèrent au roi leur mésaventure. Quand Rosamonde entendit cela, elle se réjouit dans son cœur et dit : « O Mahon, mon seigneur suprême, permets-moi de vivre assez longtemps pour que je puisse avoir ^ ce vaillant chevalier en ma garde : je mettrai en sa puissance ma vie et mon corps tout ensemble. »

Toute cette nuit, Élie la passa dans le jardin herbu au pied des tours; il était livré au chagrin et aux soucis, courroucé et affligé, et il tomba souvent en défaillance, déplorant ses malheurs, et il dit * : « O sire Julien, mon père, j'ai commis une grande folie, quand je te quittai sans ton congé et la rancune au cœur, car maintenant ma vie ne vaut rien ^ Il est certain aujourd'hui que jamais plus tu ne me verras en bon état et bonne santé. Galopin, » dit-il, « va maintenant ton chemin ; ce jour nous séparera en grande affliction : car je n'ai plus de force ^. »« Non, sire, » dit le larron, « je ne m'éloignerai pas même pendant ce jour, si vous ne m'accompagnez. Je me ferai

i. B D marcs. — 2. £) dix. — 3. C B D ajoutent : une nuit. —

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