‹ Élie de Saint Gille; chanson de geste, pub. avec introduction, glossaire et indexChapitre 28 sur 44 · I. Mss. Ailes. — 2. C Tove; illisible dans B; b Lutus · texte numérisé non relu

I. Mss. Ailes. — 2. C Tove; illisible dans B; b Lutus

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couverts de sueur, avec leurs brognes rompues, leurs écus fendus et leurs lances brisées, ils furent étonnés, et ils ne savaient quelles gens ce pouvait être, ni d'où ils pouvaient venir avec leurs vêtements en lambeaux.

(XXV) Ils marchèrent vers le château, et souhaitaient d'y entrer, quand ils rencontrèrent un homme méchant et fou qui leur dit de s'éloigner et ajouta avec une grande sottise: « Méchants hommes, que voulez-vous ici? Vous cherchez sûrement de grands désagréments, comme vous montrez votre témérité et votre folie, en venant dans notre château équipés et armés comme des ennemis! >v Guillaume dit : « Tu as eu tort de nous recevoir si follement. Bel ami, » dit-il, « nous sommes de France, et messagers du roi Louis, et il nous a envoyés ici pour faire ses messages au duc Julien qui a la garde de ce château. C'est un déshonneur pour tout vaillant homme, envoyé en message, de ne pas porter ses armes ou son armure pour se protéger contre les méchants, car il est pénible de tomber au pouvoir de ceux qu'il ne vous convient pas de servir. » Le gardien de la porte du château reprit : a Par ma foi, vous n'entrerez pas céans, ni par flatteries ni par belles paroles, car tu ne viens pas pour parer un autel ni chanter des messes. Et si tu veux aller plus loin, tu feras comme un malotru et un sot, car je t'ai préparé un si grand coup de ce gros et lourd bâton que voici, que tu en tomberas presque mort, t) Et au même instant il assena à sire Guillaume quatre coups aussi forts qu'il put; mais Guillaume lui opposa son écu, qui se fendit en long depuis la poignée jusqu'en bas. Quand le duc Guillaume vit la folie de cet homme et l'accueil peu bienveillant qu'il lui faisait, il se rappela qu'il était un seigneur et qu'il n'était pas convenable de recevoir un coup d'un serf sans le rendre. Il brandit son épée et frappa ce mauvais homme par en haut au milieu de la tête, et le fendit dans toute sa longueur ; et il tomba

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coupé en deux devant Guillaume qui le lança dans un fossé profond au pied du château. Quand le fils du gardien vit son père tombé et mort, il courut aussitôt, très effrayé, pour annoncer à sire Julien tout ce qui s'était passé entre son père et les nouveaux venus. (XXVI Le fils du portier arriva dans la salle et cria à haute comm^jvoix : « Sire Julien, que fais-tu? Mon père t'a servi plus de quatorze hivers, et jamais pour prix de son service n'a reçu un cheval ou un mulet : aujourd'hui son service est cruellement payé. Je l'ai vu jeter dans un fossé de telle sorte qu'il en a eu l'échiné brisée. Que jamais Dieu ne t'aide, si tu ne punis pas cela! » Quand le duc Julien entendit ces paroles, il fut très courroucé, et jura pas sa barbe blanche : « Il n'est pas d'homme en ce royaume, que, s'il nous a fait ce dommage, je ne fasse pendre aussitôt. » A ce moment tous les comtes à cheval arrivèrent tout armés dans la salle. Sire Guillaume avait un autre nom, celui de ne:{ tort; il parla ainsi : a Que le Dieu qui gouverne tout, qui a créé le ciel et la terre, et est meilleur et plus puissant que tous, vous bénisse et vous aide, sire Julien, vous et votre royaume ! Je ^ vous dirai que je suis Guillaume d'Orange au nez tort; celui-ci est Bertran, mon neveu, qui est presque aussi grand que moi; le troisième est Bernard de Brusban "; le quatrième est Ernaud, mon frère '. Il y a maintenant un mois passé que les païens nous ont faits prisonniers. Aujourd'hui de bonne heure nous avons été délivrés, et depuis nous avons chevauché si longtemps, que nous sommes arrivés ici. J'ai trouvé à la porte du château un homme fou et malveillant ; il m'a porté quatre coups surmonécu; au cinquième je me courrouçai, je lui donnai un léger coup de mon épée, et je le lançai dans un fossé au

I. Z) tt Seigneur, » dit-il, « je ne veux pas maintenant vous cacher qui je suis; beaucoup de gens me nomment Guillaume au nez tort. — 2. Mss. Bruskam. — 3. Mss, le fils de ma seconde sœur.

pied du château. Mais nous sommes prêts à vous engager pour cela notre honneur, et à vous laisser à vous même le jugement de cette affaire plutôt que de vous voir à ce sujet fâché contre nous. » Et quand sire Julien l'entendit, il alla à eux et embrassa sire Guillaume et tous les autres et leur dit : « Par Dieu, à mon avis, vous auriez mieux fait de le pendre ! » Alors il dit à ses gens : « Debout, chevaliers ; prenez leur équipement ; ce sont seigneurs et prince : remercions Dieu qu'ils soient venus ici. »

Les comtes sont chez le prince renommé : vingt bacheliers prirent leurs chevaux et leurs armures; on leur prépara des bains, et ensuite ils s'assirent pour manger ' ; et quand ils furent rassasiés, sire Guillaume dit au duc Julien : a Tu as une belle et vaillante suite; sire Louis, l'empereur, s'étonne que vous ne lui ayez pas encore rendu visite, et il s'en est plaint devant les plus hauts princes et ses vassaux. On lui a aussi dit que tu avais un fils qui a ' l'âge et la force d'endosser l'armure. Dites-moi : est-ce un de ces beaux jeunes gens qui sont ici ? S'il n'est pas ici , envoyez après lui , car nous voulons le voir et l'emmener à Paris avec nous, et il fera belle figure parmi les plus forts et les meilleurs hommes du roi. » Le duc Julien dit en grand chagrin : a Par Dieu, bons seigneurs, vous venez trop tard, car ce matin je l'ai armé chevalier ; mais au moment où il a été équipé, il s'est enfui et m'a abandonné. Je n'ai pas voulu montrer ma puissance en face de sa folie; j'ai fait mieux : j'ai envoyé après lui pour l'aider vingt chevaliers, les plus considérés auprès de moi; mais je ne sais pas maintenant où ils se sont dirigés ni dans quel pays ils ont pris leur résidence. » Quand les comtes entendirent ces mots, ils se regardèrent les uns les autres. Ernaud le barbu dit : « Dites-vous vraiment, sire, que c'était votre fils qui

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