HOMMAGE TRÈS RESPECTUEUX
ous publions dans les pages qui vont suivre les paroles que nous avons prononcées aux obsèques d'Elie Delaunay, le grand artiste, et l'un des plus autorisés et des plus respectés parmi les professeurs de l'Ecole des Beaux-Arts.
Il est fait allusion, dans ce discours au séjour d'Elie Delaunay à la Villa Médicis. Le portrait du maître, peint par luimême, alors qu'il était pensionnaire de l'Académie de France, n'est pas connu. Nous en donnons ici une reproduction.
Ce portrait n'est pas le seul que Delaunay ait laissé à Rome. Laborieux, obligeant, juste appréciateur du talent de ses camarades, il se montra l'un des plus empressés à suspendre sur les parois du réfectoire de la Villa l'image intime,
promptement brossée, de ses contemporains, de ses amis. Et certes, durant cette période déjà lointaine, de 1 856 à 1860, de quelle activité ne firent pas preuve les peintres de l'Académie !
C'est Théodore Maillot qui entre sans frapper dans l'atelier du paysagiste Eélix Bernard, puis chez M. Vaudremer. Tous deux lui doivent leur portrait.
Giacomotty a surpris Maillot emportant ses toiles encore fraîches. Il le suit et l'oblige à poser. La séance est courte, aussi Giacomotty trouvera-t-il le temps, sans nuire à ses propres travaux, de fixer les traits de Carpeaux, d'Emile Lévy, de l'architecte Paul-Emile Bonnet, de M. Doublemard. Sa tâche remplie, Giacomotty prend un miroir et laisse de lui-même un vivant profil.
Pendant ce temps, le peintre Félix Clément appelle l'un après l'autre auprès de son chevalet le compositeur Charles Colin, le graveur en taille-douce Joseph Soumy, M. Edmond Guillaume, M. Maniglier, et quatre peintures nouvelles vont prendre place dans la jeune galerie des Prix de Rome.
Ulmann essaie son pinceau devant sa psyché. C'est son portrait qu'il exécute. Les camarades l'en félicitent. Il répond aux éloges qu'on lui adresse par les portraits de MM. Guiraud, Falguière, Boitte, Cugnot, Charles - Alphonse Thierry.
Le portrait de de Coninck est-il peint par lui-même ? Ce que je puis dire c'est que de Coninck a été le peintre de M. Henner.
A son tour, M. Henner a voulu fixer les traits de Samuel David le compositeur et de M. Coquart l'architecte.
Ferdinand Gaillard, lauréat .de la gravure en taille-douce, n'offre à aucun de ses amis le secours de son pinceau, mais son portrait sera son œuvre.
Où vont ensemble en se donnant le bras le paysagiste Jules Didier et Tournois, le sculpteur? Ils se rendent auprès de Charles Sellier qui les attend. Sellier veut être aujourd'hui leur portraitiste.
Élie Delaunay ne sera point en reste avec ces bons travailleurs, ces peintres de la jeunesse, des hautes ambitions, du génie qui se fait jour, de l'amitié ancienne et durable. On l'a surpris entrant chez Chapu qui devait être plus tard lui aussi l'interprète heureux de la Jeunesse, Chapu descendu dans la tombe quelques mois à peine avant son camarade de la Villa Médicis ! On a vu Delaunay observer d'un œil pénétrant l'élève de Carafa, Jean Conte, lauréat du Prix de Rome au Conservatoire en 1 85 5 . Puis, c'est un croquis de la tête de M. Alphée Dubois, le graveur en médailles, que Delaunay jette furtivement sur son carnet; c'est une
esquisse peinte d'après M. Daumet A quelques jours de là, les portraits de
Chapu, Conte, Dubois, Daumet étaient achevés. Delaunay, qui ne comptait à la Villa que des amis, aurait pu choisir son peintre. Maillot, Giacomotty, Clément,