‹ ʹElie DelaunayChapitre 4 sur 5 · SAINT VINCENT DE PAUL · texte numérisé non relu

SAINT VINCENT DE PAUL

artistes, la saine critique, l'élite des délicats saluaient en lui le peintre d'histoire, le décorateur puissant et sage, le commentateur imprévu plein de bonhomie et de finesse des Fables de La Fontaine, le portraitiste de fière allure de MM. Gounod et Meilhac, l'auteur de cinquante autres portraits de grand style dont les modèles ont voulu garder l'anonyme, et que lui-même eûtfacilement omis de signer tant la pensée de se faire un titre de gloire de ses ouvrages lui était sincèrement étrangère.

Tôt ou tard, Messieurs, les humbles sont les vrais conquérants. — Les natures entières, rebelles à l'ascendant des personnalités impérieuses, s'inclinent d'elles-mêmes, inconsciemment, devant les humbles. Je viens de dire qu'Elie Delaunay nous a été ravi par une mort soudaine. Il est vrai; mais depuis de longs mois cependant sa santé avait fléchi, et chaque fois que les membres du Conseil supérieur d'enseignement ou les professeur» s'assemblaient à l'Ecole, c'était avec un empressement attendri que tous s'interrogeaient sur l'état de leur ami. Cette sollicitude unanime en dit plus que de longs discours à l'éloge du maître apprécié, de l'homme excellent qui honore si grandement l'art français.

Membre de l'Institut, officier de la Légion d'honneur, Delaunay fut l'objet d'une attention flatteuse au cours du dernier Salon. Le portrait du cardinal Bernadou valut à son auteur d'être porté pour la médaille d'honneur. Un groupe d'artistes, ses confrères, soutinrent sa candidature. 11 fut extrêmement sensible à cet hommage qui lui venait du seul public en mesure de le bien juger. Mais comme il entrait dans la destinée de Delaunay d'échapper au bruit, aux acclamations du dehors les plus méritées, le succès qu'il venait de remporter conserva le caractère d'une fête intime. La Section de Peinture ne décerna pas de médaille d'honneur.

Vous me pardonnerez, Messieurs, d'avoir rappelé ce trait si voisin par sa date de la mort de Delaunay.

Au nom de l'École des Beaux-Arts où vos riches aptitudes se sont développées, où vous êtes revenu professer avec l'autorité que donne

la conscience dans le travail ; au nom de M. Paul Dubois, membre de l'Institut, Directeur de l'École, mais par-dessus tout votre ami, à qui la distance n'a pas permis de porter la parole en ce moment pénible, au nom des Professeurs, au nom des Élèves, acceptez, ô Maître, le salut douloureux d'un admirateur inconnu, mais non le moins pénétré, de votre haut talent et de votre cœur.

Adieu, Delaunay !

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