II AVERTISSEMENT
éprouvé en Italie, plein d'expérience et de sagesse, modéré en toute chose, n'ayant à vrai dire d'autre passion que l'amour de son pays et le dévouement à un souverain dont il comprenait le grand rôle et dont il goûtait le caractère. Ce négociateur a écrit un journal détaillé de son ambassade, et ce journal, joint à ses dépêches, est conservé aux archives des affaires étrangères ^. G^est ce manuscrit qui a été la première occasion de cette étude.
I Ambassade de Monsieur HurauU de Maisse en Angleterre, vers la royne Elisabeth è$ années 1597 et 1596, touchant la paix qui depuis fut conclue à Vervins, avec un journal de tout ce qu'il a faity depuis le 24 novembre 1597 qu'il partit de Rouen , jusques au 19 janvier 1598, gu'i7 en retourna et arriva à Dieppe. — Le manuscrit forme un volume in-4* de 353 feuillets ou de 706 pages. — Qu il me soit permis de remercier ici de leur parfaite obligeance M. le Directeur des archives du ministère des affaires étrangères et les personnes attachées à ce département.
DE CETTE SECONDE ÉDITION. m
Mais le travail dont cette lecture intéressante nous avait donné Tidée ne pouvait rester enfermé dans des bornes si étroites. Nous avons été bientôt conduit d'une part à faire connaître les engagements que Tamba^sadeur de Henri lY allait dénouer en Angleterre ; d*autre part, à étudier et à peindre TAngleterre elle-même, telle qu'elle était lorsqu'elle s'offrît aux yeux de cet intelligent et fidèle observateur. Appuyé sur des témoignages contemporains, tout autant que sur son propre témoignage, nous débarquons avec Hurault de Haisse à Londres, nous l'accompagnons à la cour d'Elisabeth, nous assistons à ses entretiens avec elle et avec les personnages qui l'entourent, nous voyons revivre les intérêts et les passions qui se faisaient alors la guerre , et nous cherchons à ranimer cette poussière depuis longtemps refroidie, comme notre propre poussière sera remuée un
ZT AVERTISSEMENT
jour par la tranquille curiosité de nos descendants.
Lorsqu*on'agite pourtant ces débris du passé, rintérêt s*y glisse en même temps que la vie ; et nous-même , en relisant attentivement ces pages pour cette édition nouvelle, nous avons considéré de plus près que la première fois, et en prenant plus de part à leurs actions, les divers person* nages qui traversent cette histoire. II en est un surtout qui a excité en nous une sympathie plus vive, une admiration plus profonde, que nous avons certainement mieux compris et plus aimé. G^est cet homme spirituel et bon que la fortune de la France a donné pour maître, ou plutôt pour arbitre, à nos pères, après les plus violentes discordes , qui a été porté au souverain pouvoir par les plus durs travaux et par les victoires les plus légitimes, et qui s*est uniquement servi de ce
DE CETTE SECONDE ÉDITION. t
pouvoir, conquis à ciel ouvert sur la guerre civile et sur rétranger, pour fermer les plaies de notre pays et pour préparer sa grandeur. Goura* geux avec gaieté, hardi avec sagesse, il montrait au monde dans leur meilleur jour nos qualités nationales ; Tesprit français pétillait sur sa lèvre aimable 'et moqueuse, la chaleur sincère et communicative de notre sang brillait dans son vif et clair regard. Et comme il aimait la France I non pas en vaines paroles et pour le besoin di\ discours, non pas pour Tenivrer de flatteries en la déchaînant sur le monde, mais en homme de notre sol et de notre sang, plus avide de notre prospérité que de sa gloire, et, bien que capable sans noirceur des plus grands desseins, bien qu'habile et heureux dans la guerre, adorateur loyal de la paix.
Gomment contempler ce séduisant grand
Yi ATERTISSEMENT
homme sans porter nos regards derrière lui et devant lui y sans songer & ses prédécesseurs et à ses successeurs , à cette menreilleuse destinée de la France, formée, protégée, agrandie par une suite d'âmes courageuses ou de clairvoyants génies? En voyant cette longue et glorieuse histoire de notre pays séparée de nous comme par un abîme, en sentant aujourd'hui combien nous-méme nous l'avions peu comprise dans notre jeunesse , comment il y a peu d'années elle nous était presque indifférente et presque étrangère, nous n'avons pu nous défendre de quelques réflexions mélancoliques sur cette rupture si profonde, si complète, consommée & deux reprises depuis 1789, entre le passé et le présent de la France. Pourquoi faut-il, nous disions-nous, que le drapeau d'Arqués et de Fontenoy, et celui de Jemmapes et de Yalmy semblent condamnés
DE C£TT£ SECONDE ÉDITION, m
à se faire éternellement la guérie? Heureux le peuple dont Texistence n'est point séparée eu deux parties comme d'un coup fatal et irrévo* cable, qui peut sans arrière-pensée honorer ses aïeux, qui n'a point deux histoires et pour ainsi dire deux pairies I Heureuse Athènes qui opposait & Philippe et à Alexandre cette même Pallas devant laquelle avaient fui Darius et Xerxès! Le drapeau de 89 est notre drapeau ; nous sommes nés dans ses plis et nous espérons qu'il flottera toujours sur nos têtes ; mais voir le drapeau de Jeanne d'Arc, de Henri IV, de Louis XIV sans avoir le cœur percé de douleur est au-dessus de nos forces, et lorsque nous le rencontrons dans Fhistoire, nous sommes tenté de nous demander, comme l'eût fait un contemporain d' Fschyle ou de Sophocle, si ce n'est point quelque dieu jaloux de notre repos et de notre grandeur qui a deux fois
Tiii AVERTISSEMENT.
empêché la liberté française de naître et de croître sous ce noble étendard.
PRÉVOST- PAR ADOL.
ET