CHAPITRE IV
six semaines et rançonnée de quatre-vingt-dix mille écus. On revint par la Virginie, après avoir dévasté les côtes de la Floride ; l'entreprise rapporta environ soixante mille livres et deux cent quarante canons. Essex , Raleigh , Forbisher renouvelèrent avec plus ou moins de bonheur ces expéditions lointaines. La capture des galions espagnols, faisant lentement leur voyage annuel, obligés par Timperfection de la navigation de relâcher fréquemment et de suivre toujours le même chemin , offrait moins de dangers et plus d'avantages que le pillage d'une colonie. Essex, en 1597, manqua de quelques heures seulement cette flotte qui apportait le tribut de l'Amérique au roi d'Espagne et dut rendre compte au conseil de son insuccès *• Les associations privées faisaient plus de tort encore à l'Espagne que les armements
* La reine dit à de Maisse : « Que néantmoins si elle eût sceu qu'il y eût eu de sa faulte, elle lui auroit fait trancher la teste , mais qu'elle avoit très-bien vériffié qu'il n'y en avoit point eu. >^ Jotimo/, 290.
de la reine. En 1592, ^^.leîgh, enfermé à la Tour 'de Londres, pour avoir mécontenté Elisabeth par une intrigue amoureuse, gagna pour sa part dans une expédition qu'il avait organisée et qu'il devait commander, quatre-vingt mille livres, qui adoucirent le ressentiment de la reine et rachetèrent sa liberté. La grande fortune de Francis Drake lui était venue de ses entreprises humblement commencées et successivement accrues. Ce fut avec raison que la reine, l'anoblissant, mit dans ses armes un vaisseau avec cette belle devise : Sic parvis magna ^ Si Elisabeth dépouillait parfois ses serviteurs de leur part de butin , sa part légale dans ces entreprises n'était pas toujours respectée. Aii retour d'une expédition très-heureuse dont le bénéfice avoué s'élevait à cent cinquante mille livres, Tenquôte la plus avide, con-
1 Drake , devenu riche et voulant être noble , s'était attribué les armes de sir Bernard Drake , qui soufUeta l'usurpateur. La reine donna aussitôt des armes à Drake et lui conserva celles de sir Bernard , traînant au-dessous des siennes.