CHAPITRE VI
L'impopularité d'un parti , toujours occupé de cette œuvre sanglante et ne semblant respirer que pour Tassajssinat d'une fenune, ne pouvait que s'accroître. Le mariage, réputé quelque temps inévitable, d'Elisabeth avec le duc d'Anjou fit éclater la défiance universelle qu'excitaient les catholiques et ne servit qu'à donner la mesure de cette impopularité. Une lettre de Philippe Sidney, rendue publique, exprima contre ce mariage les sentiments de la nation, avec assez de fermeté pour obtenir l'approbation générale, avec assez de mesuré pour ne point irriter Elisabeth. Les puritains furent plus hardis et moins heureux. Leur livre , intitulé l^ Abîme où le mariage français entraîne V Angleterre, parut à la reine un appel à la révolte , digne de la répression la plus sévère. Il lui importait peu qu'elle y fût appelée la fille de Dieu. Le duc d'Anjou, flétri du nom de fils de l'Antéchrist; ses conseillers, accusés d'avoir trahi la religion nationale, devaient être à ses yeux recouverts de sa propre inviolabilité et la
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dignité de la courpnne était intéressée & leur défen^e* l« respectable John Stobb, auteur du livre, le libraire William Page, qui l'axait propagé, eurent la main droite coupée par le bourreau sur 1» place de Westmioster. Le véridique historien de ce ràguQ fut témoin de leur supplice, du silence désapprobateur de la foule» plus inquiète du mar nage (satholique que de Toffense reçue et vengée par Elisabeth, de radpiiration pleine de pitié avec laquelle on vit John Stubb mutilé élever son chapeau de la main gauche m criant : Viw la r^ne ^ I Rien ne montre mieu^ que cet événement et ses suites immédiates F état si différent des deux partis ex:trémes, catholique et puritain • au milieu d'une nation relativement indifférente sur les qu^sUonâ
' « Ifemini, qui prmtens aderamt eum Stubbus, deztra c abscissa, sinistra caput nudaret et clara 700e diceret « Vivat regina; multitudo circumfusa omnino obticuit, c giye ex hujus novi et inusitati supplioii horrore, Bive « ex commiseratione in hominem famœ integerrimœ, « siye ex odio nuptiarum quas religioni exiiiosas futuras « prf^sagierunt. » -r- Gamden, p. 346. '
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de doctrine. Rarement Élisal)eth fit une épreuve plus décisive de son autorité ; rarement elle refoula avec plus d'audace, pour un tempa trèscourt il est vrai, le courant de Topinion, Tout, dans cet acte de rigueur , était impopijilaire , et la nouveauté du supplice , et sa cause , et la légalité douteuse d'une sentence appuyée sur un statut de Philippe et de la reine Marie contre les auteurs et propagateurs d'écrits séditieux. D'illustres juriaconsultes, Dalton, Monson, furent emprisonnés et poursuivis pour avoir exprimé le sentiment public sur l'illégalité de cette sentence. Enfin, l'opinion populaire , puissante par son unanimité et sa persistance sur l'esprit clairvoyant d'Elisabeth, finit par l'engager à faire oublier ce dissentiment avec son peuple par des poursuites sévères contre les catholiques, et le sang du jésuite Campian, des prêtres Sherwin , Kirby , Briant et de plusieurs autres, qui déclarèrent adhérer à la bulle d'excommunication de Pie Y, vint se mêler au sang des puritains.
Il n'y eut qu'une chose , chez cette nation , déjà jalouse de la saine application des lois et de la légalité des sentences, observée jusque dans la persécution, qui pût détourner sur les catholiques la pitié ordinairement réservée à leurs adversaires. On s'émut de l'emploi de la torture contre les réticences prolongées des accusés catholiques. Ce fut toujours l'honneur de l'opinion publique en Angleterre de s'alarmer des illégaUtés pour ellesmêmes, sans que l'impopularité des victimes pût faire pass* inaperçue ou tolérée la violation des lois. Encore bien éloignée de cette noble susceptibilité et de cette claire distinction du coupable et de la loi qui, de nos jours, ont fait embrasser plus d'une fois au pays tout entier, contre des magistrats injustes , la défense d'un accusé méprisable par lui-même, mais relevé par la violation des lois en sa personne, l'opinion publique de l'Angleterre avait cependant assez de sens et assez de force pour contraindre Elisabeth à publier une justification de cet emploi illégal de la torture, et,