CHAPITRE VI
étaient deux prophètes, l'un de justice, l'autre de miséricorde, auxiliaires désignés pour ce grand ouvrage ; ils rafiirmaient sur le salut de leur âme. Hackett était le monarque suprême, les rois d'Europe ses vassaux et ses serviteurs ; il fallait qu'Elisabeth abdiquât. Quant à l'archevêque et au chancelier, ennemis de la vraie religion, ils étaient voués au diable. » Les plus humains de leurs auditeurs les pressèrent de sjpnfuir; ils revinrent à l'hôtellerie de Hackett et y furent aussitôt arrêtés tous ensemble. Amenés devant les conseillers de la reine , ils refusèrent de se découvrir , et firent profession de ce mépris des puissances de la terre qui devait bientôt cesser de sembler seulement ridicule. Traîné sur la claie et supplicié, Hackett prouva sa sincérité, adressant à Dieu la sommation de tenir sa promesse, de le sauver et de convertir ses bourreaux par un miracle ; la corde au cou, il menaçait l'Étemel inactif de sa vengeance.
Ce serait faire trop d' honneur à la nature humaine que de croire raisonnables les hommes de ce temps
que n^atteignait point le fanatisme. Tandis que les subtilités thêologiques agitaient les esprits religieux, la superstition dominait les intelligences incrédules. La question de savoir si les textes cités dans les sermons pouvaient Tétre dans la langue originale ou devaient être traduits en langue vul gaire se débattait \ivement à la cour et dans le public, à côté de cette interminable question de la légitimité du théâtre , qui devait occuper si longtemps la casuistique chrétienne. Les conseillers, que la mission de Hackett faisait sourire, perdaient leur scepticisme devant la sorcellerie ; ils la réprimaient sans cesser de la craindre. La foi de Leicester et de Burghiey dans la transmutation des métaux les avait engagés dans les plus ruineuses entreprises, et la prudente Elisabeth elle-même eut à regretter les avances qu'avait eu Tàrt de lui arracher un certain Dee, possesseur d'une méthode infaillible pour découvrir les trésors cachés. En 1589, Jacques Stuart épousa, parle conseil d* Elisabeth, la fille du roi de Danemark. Embarquée