CHAPITRE VI
périeuse naïveté, au nom de la Bible et de son salut, de remplacer Tidolâtrie anglicane par la discipline de Genève et de compléter elle-même la réforme de TAngleterre. Cette exaltation religieuse, poussée jusqu'au plus étrange délire, qui plus tard put se donner carrière au milieu de la révolution, existait sourdement dans les rangs de ce parti et se faisait parfois jour avec une violence prématurée. En 1591 , un homme du peuple du comté de Northampton vint donner à Londres le bizarre spectacle de sa fureur mystique et de sa mort. Comme la plupart des fanatiques illustres, Hackett avait commencé par étaler une impiété grossière. Sceptique de cabaret, égayant les buveurs sur les cérémonies et les doctrines de T Église, il était tout d'un coup devenu un saint. Illettré jusqu'à ce jour, il pratiqua assidûment TÉcriture, et passa sans trop d'effort de la méditation biblique aux visions, à la certitude de sa mission particulière en ce monde. Les sectaires ne pouvaient lui manquer Wiggînton , Coppinger, Arthington
furent les premiers fidèles ; le nombre s'en accrut bientôt ; les prédications, les jeûnes et les prophéties allèrent croissant. Rien ne fit défaut à la mission de Hackett, ni les stigtnates, ni les entretiens directs avec la divinité, ni même le martyre. Venus à Londres pour convertir la reine ou pour la renverser, les chefs de la secte, pour la plupart théologiens et puritains, s'établirent dans une auberge qui devint le théâtre de leurs visions et de leurs complots. Bientôt , au milieu des larmes et des prières , Hackett fut déclaré le Christ , descendu pour juger et pour renouveler le mojjde. Arthington et Cpppinger sortirent, pleins d'enthousiasme, et criant sur leur chemin que le Christ était arrivé, qu'il fallait faire pénitence, ils parvinrent à Cheapside et haranguèrent la multitude. «Hackett avait le corps glorifié et l'âme du Christ. Descendu sur la terre avec le van de l'Écriture, il devait répandre l'Évangile, en Europe, établir en Angleterre la discipline ecclésiastique et la république (et ils donnaient son adresse) ; pour eux, ils