‹ Élisabeth et Henry IV, 1595-1598Chapitre 7 sur 145 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

plus mal commandées, et tout rengageait à comp* ter plutôt sur les négociations que sur la guerre, pour raffermissement définitif de son pouvoir aux Pays-Bas, Tout rengageait aussi à presser ces négociations. La mort de Philippe II pouvait d'un seul coup terminer sa faveur et dissiper ses espérances. Il savait que la volonté d'un père mourant et la nécessité de respecter publiquement sa mémoire suffiraient à peine pour contenir la jalousie du futur roi d'Espagne et son éloignement peu déguisé pour sa ^ur. Enfin la paix avec la France pouvait seule lui assurer , . du côté de l'Espagne, les ressources nécessaires pour se maintenir aux Pays-Bas, et pour soutenir l'effort continuel des Provinces-Unies , qui , malgré la chute d'Anvers et l'incurable docilité de la Belgique, ne désespéraient pas encore d'en chasser les Espagnols et d'élever jusqu'à leur liberté ces populations abattues.

Ce dessein de Philippe II, cette espérance du cardinal Albert devaient être envisagés par le roi

de France et par la reine d'Angleterre plus favorablement qu'on ne serait d'abord tenté de le croire. L'alliance des deux souverains avec les États des Provinces-Unies, l'objet apparent de cette ligue, et même l'intérêt apparent de leur politique semblaient les engager à poursuivre par la guerre l'entier affranchissement des Pays-Bas et l'expulsion des Espagnols. Mais ce n'étaient là que des apparences ; Henri lY et Elisabeth connaissaient mieux leurs intérêts véritables ; des raisons différentes, mais également sérieuses, les détournaient de désirer trop vivement ce succès décisif que leurs armes semblaient chercher. Il n'était pas de l'intérêt de la France d'avoir pour voisine une puissante république qui eât embrassé toute l'étendue de l'ancienne domination espa« gnole, et qui eût réuni les grandes ressources de la Belgique à la naissante prospérité de la Hollande. En revanche, une reconstruction de l'ancienne puissance espagnole aux Pays-Bas n'était plus à craindre, et malgré les transactions proposées san^

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eMse par TEspagne aux États des Provincê»-tJmes, on pouvait dès cette époque être assuré que ni la force des armes, ni l'influence des plus libérales promesses n'étaient à redouter pour Texistence indépendante de cette jeune république, affermie par la mâle sagesse de Guillaume d'Orange, au prix du sang le plus généreux.

Si la politique française s'accommodait mieux du voisinage du cardinal Albert et de Tinfante Isabelle que de celui de Maurice de Nassau et de la Hollande, la prévoyance d'Elisabeth ne la rendait pas plus favorable à l'élévation trop rapide des Provinces-Unies. Elle ne pouvait voir avec plaisir le développement d'une puissance mari^ time dont ses sujets rencontraient déjà trop sou^*- \eti les vaisseaux, dans une mer où l'Angleterre ne pouvait sans péril souffrir un commencemmt d'égalité. Elle avait au contraire, pour favoriser rétablissement durable du cardinal Albert, de fortes raisons, appuyées d'instructifs souvenirs. Elle pouvait craindre d'abord que le voisinage des

Provinces-Unies et de la France ne les empêchât pas d*être alliées sincères, et elle voyait son abaissèment dans cette alliance. Le cardinal devait séparer utilement ses deux rivales ; il devait en outre être l'instrument de l'Angleterre ; et Elisabeth laissera voir qu'elle comptait absolument sur sa docilité volontaire ou nécessaire. Alors s'éveillaient dans l'âme de la reine et de la plupart de ses conseillers des espérances hardies mal dissimulées. Le cardinal Albert devait être un nouveau duc de Bourgogne; une garantie, et au besoin, un instrument de l'affaiblissement de la France. Aussi verrons-nous Elisabeth traiter secrètement avec ce futur duc de Bourgogne, tout en protestant contre les négociation» déclarées dont Henri IV' lui*soumettra loyalement les préliminaires. Et en même temps que, sans les secourir avec efficacité, elle engagera ses deux alliés à con* tinuer la guerre, nous verrons jusqu'à quel point elle ne désespérait pas de les trahir.

Enfin cette paix dont Henri lY avait besoin

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