CHAPITRE I
moment désavantageuse de Henri lY ne permet* tait pas que les propositions de ces médiateurs fussent aussi modérées que leurs discours. On ne parlait de paix que pour la France, et on ne cachait pas Tespérance d's^aiblir ses alliés protestants par une défection jugée nécessaire. La reprise d'Amiens devait seule faire changer ce langage. Ce fut seulement lorsque ce succès eût rétabli quelque équilibre entre les deux adversaires que TEspagne fut représentée, par un agent du car^ dinal Albert, dans ces négociations qui jusqu'alors n'exprimaient qu'indirectement ses dispositions pacifiques. Cet agent, chargé de propositions plus honorables, était heureusement choisi pour les faire écouter. C'était le neveu de François Ricbardot, ami de Granvelle, son successeur à Tévêché d'Arras, lorsque Granvelle fut nommé évêque dé Malines, plus tard député au concile de Trente, homme prudent, prêtre humain, qui avait laissé de bons souvenirs et qui avait osé conseiller au duc d' Albe la clémence dans la justice et la mode-
ration dans le gouvernement. Jean Richardot était conseiller privé des Pays-Bas. Né à Besançon, étudiant remarqué à Padoue , il avait joint aux qualités de son oncle un goût éclairé pour les lettres qui lui mérita les éloges de Paul Manuce et Tamdtié de Juste Lipse. Il fut mis en rapport avec Yilleroy , et levant aussitôt le'plus invincible obstacle opposé jusqu'alors aux négociations, offrit de comprendre dans la paix tous les alliés du roi de France. Quant aux conditions offertes à Henri lY, on alla, dès cet instant, sans doute dans Tespoir de le détacher plus vite de ses alliés, jusqu'aux plus avantageuses qu'il pût attendre de la prolongation de la guerre ou de la conclusion de la paix. On offrit de revenir à la situation qu'avait établie, en 1559, le traité de Gateau-Gambrésis. C'était le dernier mot de l'Espagne et ce devait être aussi le dernier mot de la France.
Cependant s'il était certain que ces conditions inespérées détermineraient Henri IV à traiter, on ne pouvait s'attendre à le voir abandonner brus-