LIVRE m. X
va tomber; mais les satellites du tyran, qui at- Uîigneut en ce moment le sommet du rocher, et qui tremblent de perdre leur dernière proie , crient en fureur : « Rahab , Raiiab , souvienstoi de ion père. » A ce nom, la vertueuse Cananéenne frémit de son oubli , s'arrête , voit son sort, et n'hésite pas. Tombant à genoux sur la pointe du rocher, les mains élevées vers le ciel , elle offre sa vie à TÊternel , jette un triste regard sur son amant qui se débat contre le fleuve , lui crie un dernier adieu, et tombe inanimée entre les mains des farouches soldats, qui la chargent de chaînes en la menaçant. Cependant Issachar, en la voyant disparaître sans pouvoir seulement tenter de la défendre, îe sent percé d'une si violente douleur, qu'il pâlit, perd ses forces, et devient le jouet du fleuve impétueux. Mais le Tout-Puissant veille sur lui, et commande aux flots de le porter sur la rive orientale, où Iloram l'attendait, et où, à force de soins, il parvient à le rendre à la vie.
L'in fortuné Issachar arrive le lendemain au camp d'Israël, la chevelure en désordre, et l'œil «Hiucelani d'une sombre fureur. A la vue de ses frères , il déchire ses vêtements , il se jette le visage contre terre , et couvre sa tète de poudre , il conte ses aventures et le sort de Rahab. Ce funeste récit excite l'indi^îation de toutes les tri-
bus; elles poussent des crîs de vengeance, et demandent à Josiié de les mener au secours de la libératrice d'Israël. Le saint général les écoute , les arrête, et leur répond : « Si Dieu veut que Rahab périsse , vos armes ne la sauveront pas ; et, pour la délivrer, il n'a pas besoiu de votre aide. Attendez donc pour combattre que l'Ëterncl ait parlé , et qu'il ne soit pas dit qu'Israël se soit armé pour une femme. J'irai donc seul , s'écrie impétueusement Issachar; car Je le jure par le Dieu vivant,, je ne la laisserai pas périr sans secours. » A ces mots, il se lève; une parîie de Juda se range auprès de lui , impatiente de venger son injure. L'austère Horam lui-même, touche du sort de Rahab, s'avance à la tête d'Éphraïm. Josué, qui voit les enfants d'Israël prêts il se révolter contre lui , se prosterne devant eux dans la poussière, et s'écrie ; « O Dieu! prends pitié de ton peuple , car il va l'abandonner et mériter ta colère. » Alors oj^ entendit un grand bruit; l'Éternel tonna du haut des :ieux, la terre . s'émut et trembla, des nuées s'amoncelèrent auprès du tabernacle , semblables à un pavillon de ténèbi es ; et, de leur sein , une voix éclatante comme l'orage , fît entendre ces mots : « Ap- , proche-toi , Josué, st écoute ces paroles de l'È- • ternel', ton Dieu : Comme j'ai été avec Moïse, je serai aussi avec toi ; que ces hommes-ci s'ai- .