LIVRE- IV
nel , pourquoi ta grâce n'est -elle lombée que sur ma tête ? que n'as-tu aussi disposé leur cœur à l'entendre? ils vivraient encore , et ton nom serait grand parmi eux. Qu'ascs-tu dire, fille de Canaan? s'écrie Issachar; murmures-îu contre le Seigneur? Non, dit-elle, je suis soumise à ses terribles aii'êtsj mais mes entrailles s'émeuvent aux cris de ces infortunçs , et s'il avait voulu les racheter du péché , ils l'eussent adoré sans dou'e. — Prends garde, Rahab , ce n'est pas à nous qu'apparlient de juger l'Éternel j s'il a condamné tous les fils de Canaan à la mort, quiconque les sauverait serait coupable. Eh ! tu vois bien que je ne les sauve pas, s'écria la jeune Cananéenne en pleurant, mais Dieu n'a pas défeîidude les plaindre. Net'étonncpas, Issachar, si je m'attendris plus que toi sur leur sort : le pécheur doit compatir davantage à des fautes qu'il partagea, que le juste qui en fut toujours
' exempt. Viens, viens, ma bien-ainiée , reprit Issachar en la pressant dans ses bras; que mes lèvres recueillent les larmes qui coulent sur tes joues , comme le soleil pompe la rosée qui tremble sur la ileur naissante. Combien le jour
^ me semble plus beau quand je le vois avec toi, ■6 Piahab ! si je touche seulement ta main, .je me sens frémir, car ta peau est douce comme le Juvet de la colombe et parfumée comme le
baume de Ségor; et quand je te presse sur mon cœur, il s'embrase de flammes si ardentes, que /es eanx de la grande mer ne pourraient les éteindre. Ali! que le grand Pharaon vienne, et m'offre tous ses trésors pour ton amour, je lui dirais : Remporte tes trésors , puissant monarque ; tu n'en as point qui valent le cœur de Rahab. Mon bien-aimc , répondit-elle en le repoussant doucement, regarde comme les vengeances de Dieu sont terribles ! craignons de les attirer sur nous, si je recevais tes caresses avant de m't'lre purifiée dans son temple des souiî- ' lures de l'idolâtrie. Éloigne -toi d'auprès de moi , Issachar ; demain je serai ton épouse , mais aujourd'hui je ne suis encore que ta sœur. Mon bien-aimé, ce jour-ci ne doit pas être un jour de bonheur : ah ! qu'il en pût être un de miséricorde! que nos prières réunies puissent obtenir du Très-Haut la grâce d'un seul pécheur! A l'heure de la mort, ce souvenir ne serait- il pas plus consolant à nos âmes défaillantes , que celui des plus douces voluptés?» Issachar, touché des paroles de Rahab , triomphe de ses désirs, et se prosterne avec clic devant l'Éternel. Ils passent la nuit 1 un auprès de l'autre en prières et en invocations; et Dieu, satisfait de voir ce jeune homme et cette jeune fille , à l'anlore do leur vie et unis pai le mcme amour j
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donner de pareils instants à la charité et à la religion , écouta favorablement leurs vœux. « A cause d'eux, dit- il , je sauverai une partie de Canaan; Caphlra et Béroth trouveront grâce devant moi , et les Gabaonitcs seront appelés heureux et sages par toutes les nat'ons de la terre. » Dieu dit, et son esprit descendit sur Gahaou, et Gabaon fui sauvé.
Le lendemain , sur les débris fumants de Jéricho, Josué fait apprêter la fête de l'hymen. Issachar, tenant par la main sa bien -aimée Rahab, vêtue de laine blanche et couronnée de roses, la montre à tout Israël, qui la couvre d'applaudissements et de bénédictions. Elle baisse vers la terre ses modestes regirds; son cœur est plein d humilité et son maintien plein d'innocence. Cependant des miliers de mains s'occupent à élever des colonnes de cèdre, on y suspend des draperies écarlatcs bordées de turquoises; on allume des parfums exquis dans des vases richement sculptés; et au milieu des torrents d'encens qui fument sur cet autel que la piété construit à la haie, Josué dépose l'arche d'alliance et bëftit lunion d'Issachar et de Rahab. L'huile, le miel et le lait coulent à grands flots dans des coupes d'or et d'ivoire. Le peuple boit, se réjouit et loue le Seigneur. Deux chœurs chantent et se répondent : l'un csi
ai4 LA PRISE DE JERICHO,
composé des' guôrriers. d'Israël armés: cJel^iuns piques étincelàutes 2tfi de leurs formidables épées ; l'autre est cçlui diis vierges vêtues dc; fin lin et couronnées dei ^etiç^s des champs. uO Eternel! que ton pouvoii'rpsjL, t^Vribitî,. di^'^J les premiers! tu donnes la victoire à ton pquple, et les infidèles s'évanouissent devant ton nom, comme l'ombre légère se dissipe à l'apprqche du jour. Que ta nii.^éricordc est grande, Seigneur! reprend le chœur des vierges; car tu as tiré Ja fille de Canaan du pécké, et l'as élevée au premier rang parmi nous, afin de montrer aux impies qu'un repentir sincère trouve toujours grâce dçvant toi. O Lieu fort! reprennent à leur tour les guerriers, témoins de ta toutepuissance, la crainte de ton nom sera toujours présente à nos yeux. Témoins de ta bonté, répond le chœur des vierges, ton amour vivra à jamais dans nos cœurs. »
Ces chants religieux qu'accompagnent Forguc mélodieux , la cymbale bruyante et les harpes divines, retentissent dans la vallée d'Harcor , et sont répétés par les échos du mont Éphrem. Ils se prolongent jusqu'au soir; mais quand la nuit vint jeter son manteau d'ébène sur | toute la création, Israël rentra dans le silence, les vierges se retirèrent sous la tente de leurs mères, le sommeil s'approcha de la couche des