LIVRE IV. ao
foule aux pieds ces richesses, il les dédaigne, ou plutôt il ne les voit pas : sa bien-aimée seule occupe sa pensée. 11 appelle Rahab , et Rahab ne répond pas. Dans sa douleur, il se frappe \a poitrine, et se jette la face contre terre, en versant des pleurs que l'amour et la rage lui arrachent également. Tout à coup, Issachar croit distinguer des gémissements étouffés; il court de c« coté, et arrive jusqu'au fond du temple, où l'idole doBaal, caché dans un sanctuaire fermé, se dérobe à tous les yeux. Pardelà cette enceinte , l'Israélite a reconnu la voix de Rahab; le désespoir lui prête des forces y il brise les portos, renverse tous les obstacles," et aperçoit sa bien-aimée aux pieds de l'idole , les cheveux cpars, le sein découvert, six prêtres de Baal , armés de glaives, sont prêts à lui arracher la vie.
A cette vue, Issachar jette un cri terrible qui repentit dans tout le temple, et porte le trouble et l'effroi daDS l'âme des sacrificateurs. Ils s'arrêtent iiitcrdits; mais bientôt, confus de s'être laissés elTrayer par un seul homme, il^ veulent achever leur sacrifice : c'est en vain qu'ils le tentent, le couteau mollit contre le sein de Rahab, vi leurs bras se raidissent comme enchaînés par uwiî puissance supérieure. Ce prodige achève de les abattre , i/s défaillent et tombent sans ' i8.
aïo LA PRISE DE JÉRICHO,
force. Issachar lève son fer pour les immoler, mais la douce Rahab le relient et lui dit : « O mon Lien-aimé ! si l'Éternel a ordonné que ces hommes soient mis à mort, laisse remplir ce funeste soin à tes frères , mais loi , ne souille point tes mains généreuses du sang d'un ennemi vaincu; sois clément après la victoire, comme lerrihîe pendant le combat. Viens, Issachar, eloignons-nous du carnage ; qu'il ne soit pas dit (|u'j répoux de Rahab ait un cœur endurci aux cris des misérables. » Quoiqu'Issachar sache l)icn que Dieu a ordonné aux Israélites d'exteruaner îons les infidèles , et que les épargner soit /ui désobéir, néanmoins il cède au vœu de sa bien-aimée et jette son glaive loin de lui. « Que ion parier est gracieux! fdle de Canaan, lui dit-il, tes lèvres distillent le miel. Viens avec moi, sortons de Jéricho, montons sur la colline nous asseoir sous la vigne en fleur ; là tu jne donneras tes amours. » Il dit; et tandis que
es Hébreux poursuivent et écrasent les malheureux habitants de Jéricho, Rahab, appuyée sur son bien-aimé, fuit cette scène de sang et de désolation. Cependant elle aperçoit de loin les torrents de fuméq qui s'élèveiU de l'eliVoyable incendie de Jéricho , et pleure sur ses frères.
« Hélas! dit-elle, je fus couriable comme eux,qu3 ne se sont-iis rjpcnlis comme moi? Êter-