LIVRE I
au Lord du Jourdain, taudis que nous offrirons des sacrifices au Seigneur, et que tout Israël, soumis à un jeune austère , s'abstiendra pendant trois jours des embrassements de ses compagnes, je vais envoyer deux vaillants hommes à Jéricho, pour nous rendre compte dos forces de la ville et de la disposition des habitants, m..^ Josué se tut, et tout le peuple applaudissant avec acclamation aux paroles de son chef, brûle d'aller vaincre sous lui, et tJmoigne sa gratitude au Seigneur par des holoci^oles sans nombre./ Cependant ions les premiers de chaque Iribu s'assemblent en tumulte pour savoir cur qui tombera le choix du général; les faibles fuient, effrayés de la périlleuse entreprise ; les forts s'approchent, empressés de l'obtenir. Josué nomme Horam et Issachar, 5Ï s'applaudit d'un choix qu'il doit moins à sa sagesse qu'à une inspiration divine : Horam, d'un âge mûr, est né dans la tribu d'Éphraïm ; ainsi que Josué, il fut jadis compté parmi les amis de "^-loîse, et était digne de l'être ; ïssacbar, à l'aurore de la vie , voit remonter ses aïeux jusqu'à Juda ; ses traits sont majestueux , sa noire chevelure flotte sur ses épaules en boucles nombreuses, semblables aux I)0uqucl5 de la jacinthe. Instruit des honneurs promis à sa postérité, il c^pcrc s'en rendre plus digne aux yeux du Seigneur, en se dévouant.
i;2 LA PRISE DE JÉRICHO, LIVRE I. '
pour le bien de ses frèï'es. Déjà, dans les combats il s'est acquis une haute réputation de vaillance, et plus d'une fois sa beauté a fait soupirer les jeunes vierges d'Israël; mais, indifférent à leurs charmes , il n'a point vu encore celle qu'il désire nommer son épouse , et il s'en étonne ; car Moïse lui a promis qu'avant l'année révolue il engagerait sa foi. Cependant il part : sa tendre mère désespérée le prcvssc entre ses bras, et no peut se résoudre à quitter ce premier fruit de ses amours; tandis que son père, dont l'âge a blanchi les cheveux, se rappelle la résolution d'Abraham, et soumis, ainsi que le saint patriarche , à la volonté du Très-Haut , se prosterne la tête couverte de cendres, et suit de l'œil son fils bien-aimé, sans que la douleur puisse lui arracher une larme.