‹ Élisabeth, ou Les exilés de SibérieChapitre 4 sur 19 · ELISABETH. G · texte numérisé non relu

ELISABETH. G

étouffer s<is sanglots ; au fond de son grabat le bon père les entendait et il pleurait sur cette douleur qu'il ne pouvait pas soulagei, car il sentait qu'il ne se relèverait plus, et que tout était fini pour lui sur la terre. Ah ! ce n'est pas quand on a employé soixante ans à travaiUer pour Dieu qu'on peut craindre la mort ! mais comment ne pas regretter un peu la vie, quand il y reste beaucoup de bien à faire ? " Mon Dieu, disait-il à voix basse, je ne murmure point contre votre volonté ; mais, si vous m'aviez permis de conduire cette pauvre orpheline jusqu'au terme de son voyage, il me semble que je serais mort plus tranquille." Elisabeth avait allumé un flambeau de résine, et demeura debout toute la nuit pour soigner son malade. Un peu avant, le jour elle s'approcha pour lui donner à boire ; le missionnaire, prévoyant qu'avant peu il ne serait plus en état de parler, se souleva sur son séant, piit le verre des mains de la jeune fille, et, l'élevant vers le ciel, il dit : " Mon Dieu, je la recommande à celui qui nous a promis qu'un verre d'eau offert en son nom ne serait pas un bienfait perdu." Ces mots révélèrent à Elisabeth toute l'évidence d'un malheur que jusqu'alors elle s'était efforcée de ne pas croire possible ; elle vit que le religieux sentait qu'il allait mourir, elle vit qu'elle allait tout perdre : son cœur se brisa, elle tomba à genoux devant le lit, le front couvert d'une sueur froide et la poitrine suffoquée de sanglots. " Mon Dieu, prenez pitié d'elle ; prenez pitié d'elle, mon Dieu !" répétait le missionnaire en la regardant avec une profonde compassion. A la fin, comme il vit que U violence de sa douleur allait toujours croissant, il lui dit : '* Au nom du ciel et de votre père, calmez- vous, ma fille, et écoutez-moi." Elisabeth tressaillit, étouffa ses cris, essuya ses larmes, et, les yeux fixés sur le religieux, attendit avec respect ce qu'il allait lui dire ; il s'appuya contre la planche qui servait de dossier à son Ht, et, Recueillant Itoutes ses

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