‹ Éliza de RhodesChapitre 6 sur 11 · ÉL1Z\ DE K110J)ES · texte numérisé non relu

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l-il vaguement Cl avec la rapidité de réclair, ont eu de ces amours mystérieux et inassouvis... Il compara à cette idée ce que lui avait inspiré Laura, et, ne trouvant nulle ressemblance, sa tête s'abaissa, et son regard devint sombre, car maintenant il ressentait cet amour étrange et dominateur, et ce n'était pas pour cette femme qui était la sienne ; il voyait une douleur poignante broyer ce cœur d'épouse, quoiqu'elle n'eût encore que des doutes sur sa misère, il sentait amèrement ses torts envers elle, mais une force terrible Fentraînait. — Il sortit de chez le vieux maître , et marcha lentement le long du fleuve, ne voyant rien de ce qui se passait autour de lui, lorsque des éclats de rire bruyants l'arrachèrent à ses méditations. C'était un groupe de ses camarades qui se rendaient chez Schrumler;il les suivit, éprouvant ce supplice des âmes passionnées, lorsqu'elles sont en proie à quelque lourde oppression.

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et qu'il leur faut supporter les spectacles des joies ordinaires. Quelle affreuse envie on porte à tous les visages souriants et calmes! Quel douloureux rapprochement de son sort et de celui des autres! Oh ! la monotonie froide des époques sans orages paraît alors le suprême bonheur de la terre. Hélas! cette opinion est-elle si erronée?

Ils arrivèrent chez Schrumler. Angéla était là douce et belle comme toujours; seulement on remarquait que sa pâleur augmentait chaque jour , et le bruit commençait à courir, dans le monde artiste de Florence, que la jeune fille avait perdu son repos; seulement on ne savait pas quel était l'objet de son amour.

Lorsque ces conversations avaient lieu devant Silvio, elles le plongeaient en des angoisses cruelles : elles ouvraient devant lui des abîmes de bonheur et de désespoir.

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Il passait dix fois dans une heure de l'espérance d'être aimé à la terreur qu'Angéla n'en aimât un autre. Mais quand il la voyait, toutes ces tourmentes morales se taisaient devant cette beauté qu'il contemplait dans une extase profonde. Le regard et le sourire de la noble enfant le pénétraient d'un bonheur qui n'était pas de cette vie. Ce soir-là on parla, comme d'ordinaire dans cette réunion , de musique , de peinture et de poésie ; puis, la conversation vint sur l'amour , et chacun épiait les paroles de Silvio ; mais il était trop sous l'empire de cette passion pour en parler. Quant à Angéla, elle écouta d'un air dis trait et tellement insoucieux, que l'assemblée en fut déconcertée.

— Je ne prendrai jamais ce pâle fantôme pour une femme, disait un jeune artiste en sortant de chez Schrumler.

Quelle passion peut vivre sous cette enveloppe aérienne?

Silvio se sentit pâlir; mais il ne repondit pas, et bénit l'obscurité de la nuit qui dérobait cette impression aux regards; lorsqu'il entra chez lui, il fut étonné d'apercevoir son vieux maître assis près de Laura.

— Ami, dit le vieillard en lui tendant la main, je suis venu vers toi l'âme saisie d'un remords ; à quoi sert d'avoir voyagé longtemps sur cette terre, si nous restons faibles et mobiles comme des femmes?

Hier j'ai porté par mes paroles le découragement dans ta pensée. C'est un crime, Silvio , surtout lorsque cette action est commise par ceux qui passent pour forts, par ceux qui doivent tendre la main aux jeunes, et les soutenir dans les rudes fatigues de la route. Dis-moi si ce n'est pas une pitié que l'on parle de nous dans le monde, et que nous en soyons à cet excès de lâcheté de ne pas dissimuler aux enfants les folles impressions qui se glissent sous

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nos clicvcux l)lancs? ÎJélas! que nous devons paraître petits à celui qui prévoit toutes les phases de notre vie ^ car aujourd'hui , quoique absolument dans la même situation qu'hier, je me sens fort et confiant. Et toi, Silvio?

Le jeune statuaire était touché de l'amitié de son maître, son visage s'anima d'une sorte de joie douce, il balbutia une réponse assez vague , et retomba bientôt dans sa rêverie.

— Depuis quelque temps je ne te reconnais plus ; toi qui mettais les ateliers en folie, te voilà sombre comme une âme en peine.

Le sculpteur jeta les yeux sur le visage de Laura, et fut effrayé de la contraction nerveuse qu'il y aperçut , et de tout le désespoir empreint sur ses traits. Il vit qu'il y avait désormais un mystère redoutable entre ces deux êtres, et il craignit, malgré les intentions de bonté qui l'avaient

conduit dans ce lieu, de n'y porter que le trouble et le malheur. Il chercha à déplacer la conversation, il parla d'art, et sortit l'âme attristée, se promettant d'étudier la douleur de son élève, et de chercher à y porter remède.

Quand les deux époux furent seuls, il y eut un long silence ; tous deux craignaient de parler, sentant que la première explication pouvait les jeter dans une crise violente... Mais Silvio apercevant des larmes dans les yeux de Laura, et se rappelant, par une de ces intuitions subites si ordinaires aux âmes ardentes, toute la suite du dévouement sans bornes et de l'amour de cette femme, il fut pris d'une grande commisération, et, baisant sa main, il lui dit : — Oh ! pardonne-moi, Laura, de ne plus t'aimer comme je t'aimais !

— Il me le dit ! s'écria- t-elle. — Il y eut d'abord dans son cœur un sentiment de révolte et d'indignaiion, qui céda bientôt

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