‹ Elizabeth Seton et les commencements de l'église catholique aux États-Unis (volume 2)Chapitre 52 sur 94 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

l'accomplissement de ces deux conseils de l'Apôtre : « Priez sans cesse ;y> et « Tout ce que vous ferez, faites le pour l'amour de Jésus- Christ. »

Le dimanche, les Sœurs se rendaient à la montagne pour y assister aux offices. Elles suivaient , tout en récitant le rosaire, les hauteurs qui conduisent de Saint- Joseph à l'église; leur altitude recueillie faisait l'édificalion de tous ceux qui se trouvaient sur leur passage. C'étaient elles qui avaient le soin de parer l'autel, de blanchir et d'entretenir le linge et les ornements du sanctuaire. Elles contribuaient aussi à la solennité des offices, en ciiantant des psaumes ou des cantiques, que d'ordinaire l'une d'entre elles accompagnait sur l'orgue.

Souvent, après l'office de la matinée, les Sœurs avec les enfants dont elles prenaient soin, au lieu de descendre à la maison Saint-Joseph, s'acheminaient vers un endroit de la montagne remarquable par sa solitude et par sa beauté. Le Grotto, c'est le nom qu'on a donné à cette retraite , est une sorte d'abri formé par d'énormes rochers ; un nid d'aigle , penché sur le bord d'un profond ravin. Les eaux d'un ruisseau, aussi pures que le cristal, sortent de terre non loin de là. On les entend se précipiter à grand fracas jusqu'au bas de la montagne. Elles se frayent un chemin sous le feuillage des bois , et disparaissent dans la vallée parmi les fleurs embaumées qui croissent le long de leurs bords humides. De pieuses mains ont planté la croix sur ces sommets; elles ont placé tout auprès, entre les fentes d'un rocher, l'image de la sainte Vierge, invoquée comme secows des chrétiens '.

» Auxilium chrislianorum.

ili ELIZÂBETH SETON

Quand, après avoir fait de longs circuits dans la montagne, on arrive vers les hauteurs que le Grotto domine encore, on est saisi de la scène majestueuse qu'on a sous les yeux. Si souvent qu'on ait pu la voir, elle impose et parait nouvelle. Les Sœurs admiraient dans un muet étonnement; les enfants, avec une expansion bruyante. Mais bientôt, lassées par la longueur de la course , affamées par le grand air, on se disposait à faire honneur au modeste repas qu'on avait apporté avec soi. Sœurs et enfants se rangeaient autour de la mère Selon, qui, joignant les mains et levant les yeux au ciel , invitait celles qui l'entouraient à invoquer avant toutes choses la bénédiction de Dieu. Le cantique des trois enfants dans la fournaise, cette prière du Livre saint qui appelle la création entière à bénir et à glorifier son Créateur, était l'invocation qu'elle récitait d'ordinaire avant qu'on ne commençât la repas. Aucune de ses compagnes n'oublia jamais la profonde impression que produisaient à son insu l'air recueilli de son visage, l'accent de sa voix , la ferveur de son âme , quand , eu présence de cette nature grandiose et silencieuse , elle empruntait les paroles inspirées de l'Écriture sainte pour s'adresser à Dieu dans le langage le plus digne de rendre gloire à la souveraine Majesté.

Bénissez le Seigneur, disait- elle. Bénissez -le, vous tous, ouvrages du Seigneur. Dites sa louange et glorifiez-le dans tous les siècles.

Bénissez le Seigneur, vous anges du Seigneur. Cieux, bénissez le Seigneur.

Bénissez le Seigneur, vous nuages, suspendus dans

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les airs. Bénissez le Seigneur, vous qui êtes ses puissances.

Bénissez le Seigneur, soleil et lune.

Bénissez le Seigneur, vous étoiles du ciel.

Bénissez le Seigneur, vous pluies et vous rosées. Vents impétueux , bénissez le Seigneur.

Bénissez le Seigneur, feux, ardeurs de la saison bn fiante. Bénissez le Seigneur, froids des hivers, souffles des tempêtes.

Bénissez le Seigneur, vous lumière et vous téjièbres. Bénissez le Seigneur y vous éclairs, et vous, nuées, qui portez les orages en votre sein.

Terre, bénis le Seigneur. Bénis-le , terre entière. Dis sa louange, glorifie-le dans tous les siècles.

Bénissez le Seigneur, vous, sources des fontaines. Bénissez le Seigneur, vous mers, et vous fleuves.

Bénissez le Seigneur, vous animaux divers, familiers ou sauvages. Et vous tous, enfants des hommes, bénissez le Seigneur.

Qu'Israël bénisse le Seigneur. Qu'il dise sa louange. Qu'il le glorifie dans tous les siècles.

Bénissez le Seigneur, vous prêtres du Seigneur. Bénissez le Seigneur, vous serviteurs du Seigneur.

Bénissez le Seigneur, esp7'its, âmes des justes. Bénissez le Seigneur, vous, ses saints, humbles de ccèur.

. Dites sa louange et glorifiez- le dans tous les siècles.

Ces matinées du dimanche , passées à l'église de la

il6 ELIZABETH SETON

montagne ou dans la sauvage retraite du Grotto, étaient pour la communauté de douces fêtes, les seules fêtes qui lui vinssent du deliors. Pendant le reste de la semaine , la mortification et la sainte pauvreté, sa compagne, régnaient en souveraines dans la maison. Pour subvenir régulièrement aux besoins de la communauté, et pour avoir le moyen d'entretenir les enfants pauvres, on comptait bien avoir à l'avenir l'excédant des rétributions que donneraient des pensionnaires envoyées par des familles riches. C'était là ce qu'Elizabeth avait trouvé à Baltimore. Mais, installées comme on l'était provisoirement, on ne pouvait songer à recevoir de longtemps des pensioijnaires payantes.

La donation de M. Cooper avait été employée selon sa destination. Une partie avait servi à acheter la maison Fleming, la petite ferme et les terrains alentour. Le reste était réparti d'avance pour payer les nouvelles constructions avec leur ameublement le plus indispensable. La main-d'œuvre pour les travaux revenait fort cher; heureusement les matériaux ne coûtaient presque rien. Comme on voulait tout simplement bâtir une log-house, on n'avait à employer ni briques ni pierres, mais des arbres seulement, qu'on trouvait sur place.

Dfpuis que la civilisation s'y est fait jour, le territoire des États-Unis est couvert de ces maisons construites en bois, qui sont les vraies demeures des colons dans leurs nouveaux établissements. Elles conviennent si bien, et coûtent si peu, à ces rudes ouvriers qui les construisent de leurs mains accoutumées à la hache et au marteau, que jamais on n'imaginera de les façonner d'une manière nouvelle. Telles on les con-

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struisait il y a cent ans, telles on les construit aujourd'hui, et telles on les construira dans cent ans encore. Elles sont saines, chaudes et commodes, souvent ornées à l'intérieur avec recherche. L'extérieur en est grossier : il est fait avec des troncs d'arbres placés les uns près des autres. De la mousse ou de la terre pétrie avec de l'eau en garnissent tous les joints, et défendent ceux qui les habitent contre les injures de l'air. Il en est qui sont construites avec des planches épaisses. Celles-ci, d'un aspect moins rustique, sont de jolies maisons de bois , où l'on se ménage des appartements souvent plus agréables, et certainement plus propres, que ceux qu'on trouvait autrefois dans la plupart de nos petites villes K

Le défrichement des terrains qui environnent le village d'Emmettsburg remontait à une date fort récente, à l'époque où Elizabeth Seton arriva dans la montagne. M. Emmett, qui avait donné son nom à cette contrée, vivait encore, et résidait là. Ce premier arrivé était un Irlandais , un cousin , si nous ne nous trompons, du jeune martyr de l'Indépendance irlandaise, venu aux États - Unis en même temps qu'un autre Emmett, frère de l'infortuné Robert Emmett, Thomas- Addis, l'un des héros de la tentative de 1798 ^. Lorsque M. Emmett, celui d'Emmettsburg, était venu s'établir au milieu de sa vallée à demi déserte , il y avait trouvé

' Voir Voyages de M. le marquis de Chastellux dans l'Amérique septentrionale , dans les années 1780, 1781 et 1782.

2 Au commencement de ce siècle, le nom de Robert Emmett était aussi populaire en Amérique qu'en Irlande même. On l'y révère encore aujourd'hui comme le nom d'un martvr.

le concours de ces voisins qu'on rencontre partout en Amérique. L'habitude de s'entre -secourir fait qu'en ce pays, si désert qu'il paraisse en certains endroits, un homme n'est jamais seul, n'est jamais un être isolé.

Lorsqu'on s'éloigne du littoral que baigne l'océan Atlantique , quelques montagnes qu'on gravisse , quelques forêts qu'on traverse , quelques chemins détournés qu'on puisse suivre, on ne fait jamais plus de trois à quatre milles sans rencontrer un de ces nouveaux établissements , — new setthments, — qui sont les conquêtes du travail sur une nature vierge encore. C'est là que le concours des voisins vient en aide au colon qui veut s'établir. Le plaisir d'aider le nouveau venu, une pièce de cidre bue en commun et gaiement, ou bien un gallon de rhum, sont la seule récompense dont les secours soient payés. Mais peu à peu la civilisation fait des progrès: on calcule le prix du temps, on sait la valeur du travail. Le moyen de bâtir, même une log-house, avec des mains désintéressées comme au temps de l'état sauvage ! Or il s'agissait pour Elizabeth de faire bâtir une vaste habitation avec salles pour les classes, dortoirs pour les religieuses, les enfants pauvres, les pensionnaires; une infirmerie, une chapelle, des dépendances, etc.. Et en attendant le moment où l'on trouverait, dans cette maison même, les ressources indispensables à l'existence de celles qui l'habiteraient, il fallait découvrir le moyen de faire vivre tous les jours seize personnes et les enfants, en ne dépensant que ce qu'on avait à soi, c'est-à-dire à peu près rien.

L'énergie de la mère Selon, la bonne volonté de

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toutes ses compagnes, firent qu'on accepta la souffrance de ce moment diilicile , et qu'on vint à bout de le traverser. Onavaitvécubien maigrement jusqu'alors; maison trouva moyen de se réduire. Les petites ruses économiques de la misère sont infinies ; « nécessité Tingénieuso » en fit découvrir plusieurs. A défaut de vin et de thé, dont le prix eût été ruineux, le café était au moins indis pensable. On inventa un café d'une nouvelle espèce, composé avec un mélange de jus de carotte et de mélasse. On n'usa plus que d'un pain noir, fait avec de la farine de seigle très -grossière. On supprima tout achat de viande fraîche, sauf pour les cas de maladie; et l'on s'approvisionna de salaisons, lard, etc. On cessa d'accommoder les soupes de pain et de légumes avec du beurre ou du lait; celles dont on se contenta désormais, furent faites avec cet aigre liquide qu'on appelle le lait de beurre. D'autre part, les sœurs furent invitées à user les vieux vêtements qu'elles pouvaient avoir, de couleur ou autres , afin de ménager leur habit religieux. Le bois ne coûtait presque rien, cependant le plus possible on économisa le feu.

Au milieu de ces privations, la fervente communauté, tranquille, confiante en Dieu, redoublait d'ardeur et demeurait saintement joyeuse. C'était à qui, par une pieuse émulation , semblait le moins s'occuper des choses dont on manquait. On s'accoutumait à oublier ses aises et son bien-être. On apprenait à se passer de feu, à se trouver assez couverte avec un vêtement bien mince, à porter joyeusement des habits usés et raccommodés cent fois. « Tous les cœurs, dit la mère Seton , s'appliquaient à la mortification avec une bonne

volonté si grande, que l'on trouvait que le café au jus de carotte, la soupe au lait de beurre, et le lard salé, étaient encore un manger trop délicat. »

Cependant la saison d'hiver approchait , la mauvaise saison, qui multiplie les empêchements, paralyse Faction, et ajoute ses mélancolies particulières à tout ce qui chagrine et inquiète. Les amis de la communauté s'alarmaient pour elle. Dès le commencement de novembre , M. Carroll écrivait à la mère Selon : « Je ne puis songer de sang-froid à votre situation et à celle de vos chères sœurs pour cet hiver ; car j'apprends de M, du Bourg que votre maison ne peut vous recevoir avant le premier de l'an ; et certes ce n'est pas là le moment où l'on puisse faire un déménagement. J'espère cependant, j'ai confiance que, contrairement à ce qu'il y aurait lieu de craindre , vous conserverez toutes du moins la vie sauve dans votre maison si peu convenable et ouverte à tous les vents. »

La difficulté de vivre devint telle à Saint- Joseph, que ce pendant plusieurs semaines, dit une des Sœurs, il nous arriva souvent d'en être réduites à ne savoir pas d'où nous viendrait la nourriture du lendemain. » Le dimanche d'avant iSoël, elles se trouvèrent fort heureuses d'avoir pour leur dîner des harengs secs, et quelques c'uillerées de mélasse qu'on leur donna à étendre sur leur pain de seigle. La mère Selon , loin de s'épouvanter de cette détresse, glorifiait Dieu et se réjouissait d'être trouvée digne d'avoir part, elle, ses enfants et ses compagnes , à la croix du Sauveur. « 0 mes sœurs, aimons-le! aimons-le! s'écriait-elle, demeurons toujours prêtes à faire sa divine volonté.

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Il est notre Père. Oh! quand nous serons dans notre éternité, nous comprendrons quel trésor était pour nous la souffrance. r>

Cecilia, la dernière venue, comme novice , parmi les Sœurs, montrait, dans un état de langueur toujours croissant , ce que peut l'énergie de la volonté avec la foi la plus vive. Aucune de ses compagnes n'embrassait cette vie mortifiée avec autant d'ardeur. Henriette , la nouvelle convertie, marchait sur ses traces. Loin d'être rebutée parles privations qu'elle endurait, jamais elle ne s'était trouvée si heureuse. Elle avait obtenu de ses parents qu'elle prolongerait jusqu'au printemps son séjour à Saint-Joseph. La vraie Église de Jésus- Christ l'avait reçue dans son sein, prête à lui ouvrir bientôt le trésor de toutes ses grâces dans le sacrement de l'Eucharistie. De grands sentiments d'amour et d'abandon à Dieu relevaient au-dessus d'elle-même, tandis qu'elle aspirait au jour qui la verrait admise à la table de son Seigneur. « Jour trop heureux , s'écriaitelle, qui me mettra en possession de mon Dieu, et qui me fera véritablement sienne.! J'accepterai désormais la couronne d'épines, je la chérirai avec plus de tendresse que si elle était entrelacée des roses les plus belles. Si j'en fais maintenant l'usage que je dois, elle se changera plus tard en une couronne de gloire qui ne se flétrira jamais. «

Cette généreuse Henriette s'était complètement donnée à Dieu. Pour mieux répondre à son appel, elle n'hésitait plus, elle se préparait à briser les plus doux liens, à sacrifier une affection qu'elle avait regardée jusqu'alors comme un gage de bonheur pour sa vie

entière. « C'est mon Dieu, disait-elle, c'est sa main, qui m'a conduite ici. A cette heure , les luttes de la faible nature sont finies. Les plus tendres fibres de mon pauvre cœur sont déjà coupées, la blessure est cicatrisée. // fera le reste. Si je vois rompre le lien sacré, le lien si fort qui me tient encore attachée , et qui causera , s'il vient à être brisé , la plus vive de toutes mes souffrances , ce sera Dieu qui l'aura voulu , et ce sera pour mon bonheur éternel. Jamais plus je ne formerai un engagement de cette nature. Je m'efforcerai d'oublier; et je prendrai pour unique ami Celui qui ne nous abandonne jamais. A Jésus je donnerai mon cœur. Je lui demanderai de l'unir à son cœur saignant et blessé. J'ensevelirai dans cet abri, comme dans un tombeau , mes chagrins les plus secrets. »

Elle disait encore : « Il faut que j'apprenne à soumettre ce corps de péché aux châtiments qu'il mérite, et à demander cette grâce sanctifiante qui changera toute peine soufferte ici -bas en une gloire éternelle. C'est à Dieu que je veux offrir toutes mes souffrances, tous mes chagrins , tous mes ennuis ; le priant de les unir aux afflictions, aux délaissements, aux angoisses que mon adorable Rédempteur a endurées pour me sauver. J'irai me mettre en esprit au pied de sa croix; je le supplierai de permettre qu'une goutte du précieux sang qu'il y a répandu rejaillisse jusqu'à moi pour éclairer, soutenir, fortifier mon âme en cette vie ; et assurer après, mon salut éternel. Il connaît toute ma faiblesse et les misères de mon cœur ; mais il a déclaré lui-même que, comme un père a compassion de ses enfants, il aura compassion de 7ious. Quand la tris-

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tesse viendra m'assaillir, je reposerai ma tête sur le sein de l'innocent Jésus, avec la ferme assurance qu'il guérira toutes mes blessures, chacune en son temps. Ce soupir d'un cœur affligé, ce gémissement qu'aucune oreille humaine n'a pu entendre, est écouté du Dieu du ciel ; cette larme silencieuse qui tombe inaperçue, et qu'on dédaigne, est recueillie par lui. »

Elle reçut le sacrement de confirmation vers la fin du mois de novembre, des mains de M. Carroll, qui était venu visiter lui-même cette communauté, à laquelle il portait un si vif intérêt. Quand l'onction des combattants du Christ eut touché son front, elle sentit que l'Esprit-Saint lui avait accordé le don de force , et l'avait armée pour la lutte. L'attaque allait redoubler, et de toutes parts.

En vain ses parents et ses amis firent-ils pleuvoir sur elle lettres sur lettres, dans lesquelles ils lui adressaient tantôt de tendres reproches , tantôt de violentes admonestations, tantôt encore de longues controverses remplies de raisonnements captieux; elle s'y montra absolument insensible. Les yeux fixés sur la récompense d'en haut, elle poursuivait sa course, et s efforçait d'avancer de plus en plus dans la carrière, par la pratique de la mortification, l'application aux œuvres de miséricorde, la fréquente réception des sacrements. Dès le matin, une des premières à la chapelle, empressée tout le reste du jour à demander sa part dans les pieuses occupations de la maison ; le visage rayonnant de la sainte joie de son âme, plus encore que de l'éclat de sa merveilleuse beauté , elle faisait l'édification des Sœurs, qui se plaisaient d'avance à la regarder comme

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une d'entre elles. Personne ne prévoyait alors que cel être si aimable et si aimé allait bientôt disparaître. Elle était là. Sa bien-venue à tous souriait. On oubliait, rien qu'à la voir, cette fragilité qu'a toute vie mortelle. Le monde croyait la garder longtemps; mais elle était déjà un fruit mùr pour le ciel.

AJSTONIO FILICCHI A ELIZABETH SETON

Cette lettre fut remise à la mère Seton vers le 15 décembre 1809; Antonio l'avait écrite treize mois auparavant, le 30 novembre 1808.

« Ma bonne et bien-aimée sœur ,

« Vos deux lettres, l'une datée de Baltimore, le 8 juillet; l'autre, du 20 août*, sont là devant moi. Je suis extrêmement heureux de vous savoir loin de New- York, au milieu de vrais chrétiens , entourée de vos enfants , sous la sainte direction et le digne patronage de ceux dont vous me parlez. Pour fonder cet établissement , qui vous est conseillé, et qu'approuvent si fort mes chers Cheverus et Matignon , vous voudrez bien tirer sur nos amis J. Murray et fils , de New-York, pour une somme de mille dollars , que vous inscrirez sur le compte, en l'autre monde, de votre frère Filippo et de votre frère Antonio. S'il est besoin de davantage , vous êtes invitée par commandement formel à me le mander tout franchement et positivement. Vos prières ont tellement fait prospérer nos affaires ici -bas, que,

< U 8 juillet et le 20 août 1808.

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malgré et tous les embargos, tous les troubles politiques tit commerciaux (|ui ont causé et causeront encore tant de ruines complètes, nous possédons de plus grandes ressources qu'auparavant , grâce à Dieu ; et avec cela , la même inaltérable affection pour vous.

tt Mou Amabilia et tous mes enfants, Giannina, Esternina*, Patrizio, Giorgino et Nicolino, sont en parfaite santé. Soyez certaine qu'aucun des Filicchi n'a oublié, ni n'oubliera jamais madame Marie-Elizabeth- Anna Seton. Priez seulement pour nous; et en particulier, pour la santé du bon Filippo , qui semble s'être bien altérée depuis que je suis revenu d'Amérique. Il est maintenant à Pise, avec la Signora Maria. Comme le climat y est plus doux qu'ici , il se propose d'y passer l'hiver. Il a reçu votre lettre, il y répondra. L'abbé Plunkett va très-bien; mais le docteur Tuccoli n'est plus, depuis le mois d'avril. Lao - Barigazzi est mort aussi, au mois d'août. Il faut que nous nous suivions tous les uns les autres. Heureux ceux qui par leur foi tt leurs bonnes œuvres se sont acquis des titres pour envisager cette dernière heure comme le commencement d'une nouvelle vie !

« J'ai passé l'été dernier à croire d'une semaine à l'autre que j'allais vous envoyer une longue lettre par l'évêque de New- York , nouvellement élu , M^" Concanen; un savant dominicain irlandais, l'aspect le plus

» Mariées plus tard : l'ainée, à M. Borghini, de Livourne; la seconde, à M. Oiovanniai de Florence.

2 Diminutif de Stanislas'. — M. Barigazzi était un cousin- de Mm» Amabilia Filicchi du côté paternel, grand ami de Filippo et d'Antonio.

vénérable, les manières les plus douces. iMais le bâtiment sur lequel il comptait prendre passage a été retenu, il n'a pu se mettre en mer ; en sorte qu'il a été obligé de s'en revenir à Rome, en attendant que la volonté de Dieu lui fournisse quelque autre occasion au printemps prochain , afin qu'il puisse vaquer à sa charge et paître son troupeau. Il emportera avec lui les bulles requises pour la consécration de notre Cheverus comme évêque de Boston; celle de M. Egan, évêque de Philadelphie; de M. Flaget, évêque de Bardstown, etdeM. Carroll, archevêque de Baltimore.»

ELIZABETH A ANTONIO FILICCHI

15 décembre 1809.

« Mon très-cher Antonio ,

« Treize mois passés sans que j'aie reçu une seule ligne de Livourne! quand, il y a quelques jours, votre lettre du 30 novembre 1808 m'est arrivée avec la lettre qu'elle contenait pour notre cher révérend évêque Carroll. Elle m'a donné la joie inexprimable, la consolation immense, de savoir que notre cher, précieux Filippo est encore en ce monde ; et que vousmême, si cher, êtes en bonne santé; et aussi, tous les vôtres. Cependant la maladie de votre frère, d'après ce que je vois, est très-alarmante. Je tremble d'apprendre qu'un si parfait, si rare modèle de vertu a été retiré de ce monde, qui pourtant en a si grand besoin. J'ai recommandé sa chère âme, en quel lieu qu'elle

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