‹ Elizabeth Seton et les commencements de l'église catholique aux États-Unis (volume 2)Chapitre 54 sur 94 · laiZ.VUEïH SETON · texte numérisé non relu

laiZ.VUEïH SETON

MM. de Cheverus et Matignon Font approuvé grandement. Les deux lettres que je vous ai écrites sont parties par des occasions différentes : il est donc à espérer que l'une des deux vous est déjà parvenue. Je veux seulement encore, mon très-cher Antonio, vous demander, et demander à votre Filippo, pardon un millier de fois, si votre incomparable amitié et indulgence pour votre sœur l'ont portée à aller trop loin dans l'appel qu'elle leur a fait. Songez que je n'aurais pas voulu vous demander de donner davantage , car votre générosité a déjà été trop grande, — et Notre-Seigneur, pour l'amour de qui , et à qui , vous avez donné en la personne de la veuve et des orphelins, peut seul vous récompenser ! — Mais ce que je vous ai proposé , c'est qu'après avoir consulté les personnes compétentes , il vous plût d'investir quelqu'un d'une propriété à vous; tout en aidant à nous établir, nous qui avons été appelées au service de Dieu dans l'état religieux ; et avec nous, beaucoup d'autres personnes dont la vocation n'est pas douteuse. Cela , je vous l'ai proposé sans crainte, puisque Dieu paraissait vouloir que cette porte nous fût ouverte par votre généreuse bonté. Ma seule crainte , c'est que peut-être je ne vous ai pas sulïïsamment bien expliqué ma pensée, )>

Le rapide accroissement de la communauté d'Emmettsburg était un sujet de joie pour l'Église des Etats-Unis. Parmi ceux qui la saluaient de leurs prières et de leurs vœux , nul n'y prenait plus d'intérêt que M. du Bourg. En voyant grandir le nombre des Sœurs, sa, pensée se reportait souvent vers ce jour où Dieu

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l'avait conduit pour la première fois près d'Elizabeth Seton, et lui avait inspiré le désir de remettre entre les mains de l'iiumble et pieuse veuve l'établissement d'une œuvre si belle. La société des Sœurs de Saint- Joseph eut M. du Bourg pour ami aussi longtemps qu'il vécut; mais, au bout de quelques mois, les liens qui le rattachaient à elle comme supérieur, et en quelque sorte comme tuteur, se trouvèrent dissous. L'année 1809 ne s'était pas écoulée, qu'il était nommé administrateur du diocèse de la Nouvelle-Orléans, dont il devint évêque en 1815. Son successeur comme supérieur de la communauté fut M. David, l'un des professeurs du séminaire de Sainte-Marie à Baltimore.

M. David, prêtre français, né près de Nantes, appartenait à la Compagnie de Saint-Sulpice. Il occupait avant la révolution la chaire de philosophie et de théologie au séminaire d'Angers. Envoyé par M. Emery aux États-Unis, en 1791, il avait exercé pendant plus de douze ans le saint ministère dans les missions du Maryland. M. Carroll l'avait demandé en 1804 comme professeur au collège de Georgetown, d'où ses supérieurs de Baltimore l'avaient rappelé pour suppléer plusieurs d'entre eux disparus ou absents.

Le nouveau supérieur de la maison de Saint-Joseph unissait à une grande piété la science, le zèle et une rare éloquence ; il était la modestie même , comme le sont les hommes d'un haut mérite. Les Sœurs le perdirent dès l'année 1811. A cette époque, il alla partager les travaux de son ami, M. Flaget, l'évêquemissionnaire. Les merveilles que l'Église d'Amérique vit s'accomplir au diocèse de Bardstown pendant les

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quarante années que dura l'épiscopat de M. Flaget, ont été dues pour une grande part au dévouement de M. David. Autant par humilité , que pour demeurer fidèle aux œuvres commencées dans un immense diocèse où tout était de création nouvelle, il refusa ])lusieurs évèchés qui lui furent offerts. Quand il mourut, dans un âge très-avancé, en 1841, il était simple coadjuteur de son saint ami. Si nous avons devancé , de beaucoup , le cours des années , pour parler de cet homme apostolique, c'est qu'après l'apparition qu'il fit à Emmettsburg, nous n'aurons plus occasion de le revoira

Le troisième supérieur qu'eut la communauté après M. du Bourg et après M. David, fut, pendant un temps, M. Carroll lui-même; puis M. Dubois, le pasteur de la congrégation catholique d'Emmettsburg , et le fondateur du séminaire du Mont-Sainte- Marie, dont il était aussi le supérieur.

1 Voir G. Moreau, Les Prêlres français émigrés aux États-Unis. — Voir la Vie de M. Etnery, neuvième supérieur du séminaire et de la Compagnie de Saitit-Sulpice. — Voir Mgr Flaget , sa vie, son esprit^ et ses vertus.

Nouvelles épreuves. — Maladie du jeune William Selon. — Maladie et mort d'Henriette. — Douleur de Cecilia et de la mère Seton. — Le chêne du cimetière de Saint- Joseph. — Les sœurs se transportent dans leur nouvelle maison. — Inauguration de leur chapelle. — Cecilia assiste à la sainte messe pour la dernière fois. — Son amour de Dieu, sa patience dans sa maladie, sa pieuse mort. — Consolations accordées à la mère Seton au milieu de ses épreuves. — Quatrevingt-dix personnes réunies sous le toit de Saint-Joseph.

La grande épreuve de la communauté de Saint- Joseph, à la fin de cette première année, ne fut pas seulement la pauvreté avec les privations qui lui font cortège. La maladie vint à son tour frapper à la porte de la maison, et une fois qu'elle y eut pénétré , elle y établit son siège pendant plusieurs mois. Comme si ce n'eut pas été assez de tant de malades qu'on avait autour de soi , le directeur du collège de Sainte-Marie annonça à la mère Seton qu'il croyait de son devoir de faire transporter chez elle son fils aîné, William, atteint d'une fièvre nerveuse qui demandait tous les soins de la vigilance maternelle. Si l'on se fut rendu compte à Baltimore de la situation où se trouvait

alors la maison d'Emmettsburg , assurément on n'y aurait pas envoyé un malade de plus. Tout y faisait défaut, ressources, médicaments, médecins. Le pauvre enfant y était arrivé bien malade; son état ne fit qu'y empirer. Bientôt on le vit si mal, qu'on demanda pour lui les derniers sacrements, et qu'on le disposa à bien mourir. On attendait son dernier soupir d'un moment à l'autre. Les Sœurs s'occupaient des funèbres apprêts qui suivent la mort. Sa tante Henriette aidait à préparer son linceul ; mais contrairement à toutes les prévisions humaines , il plut à Dieu de rendre la santé à l'enfant, tandis que le linceul qu'on lui avait destiné enveloppa les restes mortels de celle qui en avait cousu les plis.

Pendant qu'elle veillait tour à tour auprès de son neveu, le jeune William, et de sa sœur Cecilia, elle aussi, malade désespérée, Henriette fut saisie d'un mal violent qui eut bientôt le caractère d'une fièvre cérébrale de la plus mauvaise nature. Le danger survint, d'une rapidité effrayante. A peine eut-on connu dans la maison la nouvelle de sa maladie, qu'elle se trouvait déjà « toute vive et toute entière entre les bras de la mort ».

L'admiration que sa rare vertu avait fait naître autour d'elle s'accrut encore, alors qu'on vit l'anéantissement de son être , qui ne servait qu'à faire éclater le triomphe de sa foi. La fièvre desséchait ses lèvres brûlantes, le battement de ses tempes indiquait la violence des douleurs qu'elle avait à la tête ; tandis qu'absorbée, dès le premier moment, par l'excès même de ses souffrances, elle était demeurée sans parole, les

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yeux fermés , et paraissant ne rien sentir. (l'était déjà l'immobilité , c'était le silence etfrayant , qui succède à la vie disparue. Mais il suffisait qu'on lui parlât de Dieu, du ciel, de la sainte Vierge, et sa connaissance éteinte se ranimait. Au seul nom de Jésus, au nom de Marie, on la voyait qui faisait effort pour relever ses paupières abaissées; elle essayait de soulever sa main , de la porter à son front et de faire le signe de la croix. Dans un moment de trêve à ses douleurs, elle recouvra la pleine possession de son esprit. Ce fut pour demander à recevoir la sainte communion. Peu de temps après, le délire s'empara d'elle. On entendait difïicilement les mots entrecoupés , les paroles incohérentes, qu'elle murmurait; mais on comprenait toujours que même les divagations de sa pensée la ramenaient à son Dieu et au souvenir de son heureuse conversion. Le dernier signe de connaissance qu'elle donna fut un effort pour s'unir à une hymne de la bénédiction du saint Sacrement , que les Sœurs récitaient auprès de son lit. Sa précieuse mort arriva le 22 décembre , sans lutte , sans agonie. Son dernier sommeil succéda à un sommeil d'engourdissement qui s'était emparé d'elle depuis plusieurs heures.

Qui dira la douleur de Cecilia? Qui dira une autre douleur plus déchirante encore que la sienne? Elle, la malade Cecilia, n'appartenait presque plus à la terre. Quelques larmes, quelques souffrances d'un jour, puis à son tour elle allait partir, prête à rejoindre sa sœur. Adieux de ce côté-ci du tombeau, réunion éternelle ; départ devancé de quelques instants,

joies de la possession, acquises pour jamais; fleurs de la terre flélries, mais fleurs du ciel écloses ! L'espérance qui consolait Cecilia rendait plus amère la douleur d'Elizahelh. Moins forte (|u'ellc n'élait d'ordinaire, en présence des nouveaux sacrifices que Dieu lui demandait, on la vit répandre d'ahoudautes larmes après que Ht-nrielle l'eut quittée pour le ciel. On s'en étonna peul-ètre autour délie. Mais pourquoi se serait-elle refusé cette douceur ?

Qui de nous n'a médité sur les larmes chrétiennes? Qui de nous n'a perdu des êtres chéris, et ne s'est demandé quel exemple Jésus, notre maître et notre modèle, nous avait laissé daus une semblable douleur? Nous savons que Jésus ne nous a pas défendu les lai mes, puisqu'il en averse lui-même. Serait-ce trop de nous persuader que nou-seulemeut il les permet, mais qu'il daigne les approuver? Vous êtes, ô notre cher Seigneur, la sainteté même, et lorsque \ous pcrmêliez, n'est ce pas que vous approuvez?

Non, les divines préférences de Jésus ne sont pas pour les fronts impassibles et les yeux secs. Tout est enseignement dans sa vie. Ce n'est pas en vain qu'il a pleuré, et qu'il a voulu qu'on le vit pleurer. S'il a pleuré, c'est pour autoriser nos larmes. S'il a voulu qu'on le vit pleurer, c'est pour montier quelles marques apparentes d'iionneur et de regret nous devons donner à ceux qu'il nous a permis d'aimer. Quel hommage pour l'ami de Notre- Seigneur dans le cri des témoins attendris qui attendent à l'entrée du sépulcre de Bétlianie : Voyait combien il l'aimait!

C'est là le sens des larmes chrétiennes : ils se sont

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