CHAPITRE XVI
écriés : Voijez combien il l'aimait ! Il n'ont pas dit : Comme il le plaint ! Combien la mort lui semble affreuse ! » — Notre -Seigneur ne veut pas qu'on parle de la mort avec cette épouvante, quand il est là. Ses larmes sont toutes d'attendrissement sur la perte que son affection vient de faire, toutes de tendresse sur lami qui lui était cher. Pleurez, pleurez ! laissez saigner ce cœur blessé, Elizabeth. Laissez qu'on dise autour de vous : « Elle pleure l'amie qu'elle a perdue : voyez combien elle l'aimait ! »
Les restes précieux d'Henriette, accompagnés de toutes ses compagnes, furent transportés à l'entrée de la forêt, à une place qu'elle avait indiquée elle-même. C'était quelques mois auparavant , par une belle journée de Tété. Tout dans la nature était sourire et fête; la mère Selon avait invité les Sœurs à faire ensemble une promenade du côté de la vallée d'Emmettsburg. Comme elles s'en revenaient vers la montagne, elles étaient demeurées assez longtemps à visiter les travaux de leur future habitation.
« Rien ne manquera dans notre vallée, avait dit Elizabeth : pour le temps de notre mortalité voilà bien tout ce qu'il nous faut. . . Mais où reposerons-nous après? ajouta-t-elle. Nous n'avons pas encore choisi le lieu de notre repos. « — On s'était mis alors à la recherche d'une place dont on ferait un cimetière pour les Sœurs de Saint-Joseph. Les avis se partageaient. Henriette, peu attentive en apparence à ce qui se disait autour d'elle, s'était arrêtée sous l'ombre d'un grand chêne dont le branchage s'étendait jusqu'à terre, aussi vieux que le sol qui le nourrissait. Elle tenait une petite
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pomme dans sa main , qu'elle s'amusait à faire sauter comme uue balle en l'air. Tout en jouant et en riant, elle la lança contre l'arbre : « Voilà ma plane , » s'écriat- elle à haute voix; paroles prophétiques dont on se souvint après sa mort. Quatre mois à peine s'étaient écoulés, que ses compagnes la reconduisaient sous son chêne, étendue dans son cercueil. Elle repose maintenant à la place qu'elle avait choisie; elle, la première arrivée parmi celles qui sont venues dormir du sommeil de la paix dans la vallée de Saint- Joseph.
Cet hiver que l'on traversait quand Henriette mourut était d'une rigueur inaccoutumée. Les Sœurs en souffrirent beaucoup lorsqu'elles changèrent de demeure pour la seconde fois et se transportèrent dans la vallée. Elles y arrivèrent le 20 février. Leur maison, construite en bois \ à deux étages, était agréablement exposée du côté du midi. Au milieu, était le corps de logis principal, occupé par les dortoirs et les salles pour les classes. A l'une des extrémités, du côté du levant, il y avait une petite cuisine; du côté opposé, à l'exposition du couchant, on av£iit élevé un bâtiment qui contenait la sacristie , la chapelle , et une pièce assez grande, destinée aux étrangers qui viendraient du dehors pour assister à la messe de l'autre côté de la clôture. Le chœur faisait face à l'autel. Les religieuses s'y plaçaient pour assister aux offices. On pouvait à volonté, au moyen d'une porte à brisure, faire communiquer ce chœur avec l'autel.
1 A log-building.