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Les deux fils d'Elizabeth Selon. — Elle envoie l'aîné, William, auprès de MM. Filicchi. — Ses lettres à Filippo et à Antouio. — Arrivée de William à Livourne. — Mort de M. Carroll. — Souvenir de sa vie. — Traits de son caractère. — M. Neale, le nouvel archevêque de Baltimore, demande M. de Gheverus pour coadjuteur. — Humble résistance de M. de Gheverus, son amour pour l'Église de Boston.
— M. Ambroise Maréchal, coadjuteur de l'archevêque de Baltimore.
— Mort de M. Neale. — Secondes élections de la communauté de Saint-Joseph. — La mère Selon est réélue Mère supérieure. — Les .Sœurs de Charité au séminaire du Mont -Sainte -Marie. — Zèle et abnégation de M. Dubois. — Mort de Filippo Filicchi. — Inquiétudes d'Elizabeih pour les jours de sa fille Rebecca.
Nous avons peu parlé, jusqu'à présent, des deux fils d'Elizabeth Seton. Ils achevaient ce premier temps de la jeunesse, qui d'ordinaire n'a point d'histoire, comme n'en ont point les temps heureux. L'aîné, William, allait atteindre sa dix- neuvième année. L'heure avait sonné pour lui d'entrer dans la vie active et de se frayer un chemin à travers la société. C'est l'heure que salue l'espérance, en ce printemps où tout semble sourire. C'est l'heure redoutable , plus que l'heure souriante ! Mais nul n'en peut parler s'il n'a longtemps vécu. Dès l'aube du jour, le 25 novembre de l'an-
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née 1814, AVilliam recat de sa mère le billet que voici :
« Mon enfant bien-aimé, c'est aujourd'hui l'anniversaire de votre naissance. Vous connaissez le cœur de votre mère, il a offert ce malin sa précieuse communion pour vous, pour votre éternité. Soyez béni, mille fois béni ! Passez quelques moments aujourd'hui à l'église, (!n union avec le cœur de votre mère , et pour vous mettre toujours et toujours entre les mains de Dieu. Faites cela, mon bien chéri. »
Le choix d'une carrière pour William inspirait à sa mère les plus vives sollicitudes. La guerre, qui durait toujours, ajoutait à la difficulté de prendre un parti. William eût désiré entrer dans la marine. Mais là, sa mère ne pouvait se le représenter que vivant dans un milieu hostile à sa foi; lui, complètement séparé d'elle, soustrait à toute influence catholique et dépourvu de l'appui des secours religieux. Comme ce qui la préoccupait toujours , avant tout , c'était qu'il se conservât dans l'intégrité de sa croyance , cette carrière qui le séduisait, elle la redoutait. Elle avait fait, pour l'en détourner, des tentatives auprès de lui qui n'avaient pas été heureuses. Confiante toutefois dans son influence, d'autant plus forte auprès de son fils, qu'elle l'avait toujours doucement et sagement exercée , elle avait gagné du temps. C'est beaucoup, s'il se présente une difficulté, d'avoir pour soi le temps et la patience, son alliée. Elizabelh e-n obtint plus encore qu'elle n'en avait espéré.
A la nouvelle des changements heureux survenus
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en Europe, les Sulpiciens de Baltimore avaient pensé que le moment était favorable pour demander à la France quelques nouveaux auxiliaires bien nécessaires à leurs travaux. M. Brute fut chargé du soin de cette recherche. Son départ une fois arrêté, devait avoir lieu dans un bref délai. Il s'empressa d'en avertir Elizabeth. Tandis qu'elle Técoutait, simplement attentive au projet dont il lui faisait part, une pensée rapide traversa son esptit et lui montra sous un jour inattendu l'avenir de sou William. Se recueillant eu elle-même, elle éleva vers Dieu son cœur. Ce qu'elle avait tant redouté, une puissante main l'écartait loin d'elle.
Faire partir son fils pour l'Europe sous la prudente conduite de M. Brute ; le diriger vers Livourne et le confier à îviM. Filicchi, pour que, placé sous leur sauvegarde, formé par leur exemple, instruit par leurs soins , il apprît d'eux à connaître les affaires et à se créer une position plus tard, tel était le plan nouveau qui s'olfrait à sa pensée. L'imprévu déconcerte les caractères timides et irrésolus, le sien n'était pas de cette nature. S'agissait-il de prendre un parti, elle jugeait vite , et se décidait. Les diliicultés naissaient pour elle, non du choix à faire, mais des moyens d'agir.
Dans la circonstance qui se présentait , elle envisageait résolument le but qu'elle souhaitait d'atteindre, mais une grande difficulté se plaçait à la traverse. Deux ans venaient de s'écouler, pendant lesquels elle n'avait pas reçu la moindre nouvelle venant d'Italie. Quand tout se précipitait et se transformait dans le
monde ancien, quand chacun des bruits qui venaient d'au delà l'Océan annonçait l'écroulement de quelque trône ou de quelque empire, qui pouvait assurer qu'un accident, une calastrophe, un revirement de fortune n'avait point atteint les honorables Filicchi aussi rapidement que tant d'autres familles? Le temps de s'informer d'eux manquait. Force était, si l'on voulait leur envoyer ^yilliam , de faire partir celui-ci sans savoir quel accueil pourrait rencontrer son arrivée inopinée. L'angoisse où cette obscurité jeta l'âme d'Elizabeth se retrouve encore , toute vive et toute palpitante , dans deux lettres qu'elle adressa, trois mois après le départ de son fils, l'une à Antonio, l'autre à Filippo Filicchi. Trois mois! la moitié seulement du temps qu'elle devait passer sans savoir s'il était arrivé près de ses amis.
ELIZABETH SETON A FILIPPO FILICCHI
29 juillet 1815.
ce Mon cher Filicchi ,
« Assurément vous ne douterez pas du tendre amour dont votre pauvre petite sœur américaine a été l'objet de la part de notre bon iMaître , puisque vous voyez qu'il a permis que mon inspiration d'agir comme j'ai agi ait été si fort approuvée par notre vénérable archevêque, lui qui nous traite comme des enfants bieaaimés ; et si encouragée , et avec tant d'insistance, par le saint évêque de Boston , de même que par mon
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révérend supérieur ici; et enfin, j'oserai m'oxprimer ainsi, si véritablement mise à exécution par notre Dieu, qui a jeté mon pauvre "William entre vos bras, sans souffrir qu'il prît aucun délai, ni qu'il attendit du temps le moyen de savoir s'il vous convenait de l'accueillir, ou si, au contraire, vous en seriez empêché. Car enfin , bien des raisons pourraient vous empêcher de l'accueillir; et toutes, par cela seul qu'elles viendraient de vous , seraient pour nous justes et sacrées.
« Ce qui s'est passé là me montre bien que je dois demeurer soumise comme le petit enfant à la divine Providence, et accepter de son adorable main mon petit morceau de pain sec et dur, destiné pour ma part. Car, bien que je sente grandir, loin de diminuer^ mon orgueil et ma joie de voir que vous, Filicchi, vous avec Antonio, image de la divine Providence, nous avez si longtemps secourus; cependant j'ai extrêmement soufi"ert de la crainte de m'être prévalue de votre bonté jusqu'à en abuser.
« Il est une confiance que j'ai toujours eue, c'est que*, quoi qu'il arrive , notre Dieu fera tourner, cette fois encore , toute chose pour notre plus grand bien. Si jamais Tintention de mon cœur s'est dirigée uniquement vers lui, c'est ici, où je n'ai été poussée que par le désir de trouver un abri pour cette âme si chère, et de préserver mon William des périls qui eussent été, je le crois, inévitables pour lui , s'il fût demeuré en Amérique.
« Mais peut-être maintenant allez -vous trouver qu'il est nécessaire que William s'en revienne. S'il en
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est ainsi , je n'en bénirai pas moins Dieu toute ma vie de ce que sa bonté aura permis que mon fils ait vu les catholiques et la religion catholique tels qu'ils sont et telle qu'elle est, tandis qu'ici il n'en a vu que l'ombre. De même, je bénirai toujours Dieu de ce que William aura acquis, avec une année de plus, la force de persévérer dans ce qui fait l'unique objet de ma sollicitude. Oh! mon pauvre cœur oppressé! lorsque je pense aux périls que cet enfant peut courir !
« Ne croyez pas que je ressente cette angoisse uniquement parce qu'il s'agit de 77ies pauvres enfants qui m'appartiennent. Dieu sait que du jour où vous m'avez appelée, Filicchi, et avec moi tant d'autres chères âmes à cette Église, qui est sa vraie Église, le monde n'a plus été qu'un néant à mes yeux. Le monde! je le donnerais à l'instant pour aider une seule âme à entrer en possession d'un bonheur seml)lal>le au bonheur qui m'a été donné. Oui, pour aider une seule âme ! et à plus forte raison les âmes pour lesquelles Dieu m'a permis, m'a commandé, de lutter.
« Cette angoisse que je ressens, vous la comppendriez, si seulement vous pouviez vous faire une idée de ce que nous avons sontîert au moment du départ de William. Dans la situation exceptionnelle où nous sommes, ces enfants et moi, séparés, absolument séparés, de toute relation avec notre famille, nous nous sommes rapprochés si étroitement les uns des autres , que véritablement, se quitter maintenant, c'est s'arracher l'âme de l'âme. "Vous en jugerez lorsque vous pourrez pénétrer le fond de sorx caractère. A Texte-
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rieur, il est froid, réservé; mais bien différent en réalité. Cher, cher enfant! Si seulement il pouvait S(^ rendre maître d'un peu de mauvais orgueil, je crois que tout le reste serait sauvé.
« Saluez pour moi votre chère Signora Maria ; et si mon pauvre garçon reste auprès de vous, recommandez-le à sa bonté. S'il vous quitte , remerciez-la des bontés sans nombre qu'elle lui a déjà prodiguées, j'en suis certaine.
« Votre toute dévouée ,
u E.-A. SETON. »
« P. -S. Cette lettre que voici, des petites sœurs de William, lisez -la, et voyez leurs cœurs innocents. Elles l'ont cachetée; mais lui vous la donnera. »
ELIZABETII SETON A ANTONIO FILICCHI
29 juillet 1815.
« Mon si cher Antonio ,
« Ce n'est pas à un cœur comme le vôtre qu'il est besoin de raconter ce qui s'est passé dans mon cœar au moment où il a fallu décider que le pauvre William s'en irait vers vous, sans attendre de connaître vos intentions à cet égard. Ce que j'ai éprouvé, vous le voyez d'un coup d'œil. Mais ce que je ne puis voir, moi, c'est ce qui va advenir de lui. Ce que je ne puis voir, c'est où en est votre situation en ce mal-
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heureux temps où nous vivons, où tout est incertitude.
« Antonio, mon frère, vous l'ami de mon âme, vous l'instrument si cher de son salut; et dans son salut, de celui d'un tel nombre d'autres âmes que vous ne pouvez vous le figurer, soyez maintenant condescendant jusqu'à l'excès envers mon faible, faible esprit; il est brisé par tant de dures épreuves qui vous sont connues, et par une foule d'autres chagrins que vous ne pourrez jamais savoir , tant que ce vaste Océan nous séparera. Soyez mon vrai frère, dites-moi, dans toute la sincérité de votre cœur, en me grondant si vous êtes fâché, mais avec douceur: dites-moi bien, quel moyen vous croyez qu'il y ait maintenant à prendre pour arranger les choses si j'ai mal fait.
« Quelque inquiétant que ce puisse être de voir William aux prises avec les désavantages et les dangers qu'il rencontrerait en un pays comme le nôtre , si détestable pour un jeune homme, cependant si notre Dieu veut l'y ramener, il aura pitié de lui, et lui donnera la force qui lui est nécessaire. Tout est entre ses mains et dans les vôtres. Tout sera bien, tout nous paraîtra pour le mieux, de ce que vous aurez fait, vous nos amis les plus chers ! nos plus vrais , nos meilleurs amis !
« Je n'ai pas eu connaissance du départ du vaisseau par lequel notre archevêque vous a écrit. Sans quoi, j'aurais été trop heureuse de s.iisir cette première occasion qui se présentait pour vous écrire et vous témoigner mon unique désir, qui est que nous n'ayons pas abusé de votre bonté, ni agi en dehors de l'ordre