CHAPITRE XXI .Sfi
avait rien promis. Le bon archevêque se résigna pourtant. Il renonça à lui, et demanda à Rome, comme coadjuteur, M. Maréchal, un des professeurs du séminaire de Sainte-Marie. Dès que M. de Cheverus eut connaissance de ce nouveau choix, il écrivit à Rome une seconde lettre. « Je souffrais, disait-il, et mon cœur était sans cesse agité par la crainte que l'obéissance que je dois à Sa Sainteté, et qu'elle trouvera toujours en moi, ne me forçât d'abandonner mon troupeau bien-aimé^ Mais à la crainte et à l'anxiété ont succédé la paix et le bonheur, depuis que j'ai appris la nomination de M. Maréchal à la coadjutorerio de Baltimore. Maintenant je prie, je supplie , je -Conjure avec instance, que jamais on ne me transfère à un autre siège ; qu'il me soit permis de consacrer tous mes soins à mon bien petit, mais bien cher troupeau; de sacrifier pour lui tout ce que j'ai, et de me sacrifier moi-même... Je me réjouis de voir M. Maréchal remplir les fonctions épiscopales , là où lui et ses confrères, les prêtres de Saint-Sulpice , ont été les maîtres et les modèles du clergé, et se sont concilié la vénération universelle. «
M. Ambroise Maréchal, qui devait être bientôt le second successeur de M. Carroll sur le siège métropolitain de Baltimore, appartenait à la Compagnie de Saint-Sulpice, qui le regardait comme un de ses sujets les plus méritants et les plus distingués . Il était né à In gré, près d'Orléans, en 1768. Destiné au barreau par ses pa-
1 Continuus cordi meo dolor erat, ne dilectum gregem relinquere me cogeret obedientia quam debeo, semperque pidestare inteudo^ Sanotitati Sus...
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rents, il dirigeait ses études vers cette carrière, lorsque la vocation au sacerdoce s'éveilla en lui. La révolution menaçait déjà la religion et la société. Elle n'ébranla pas la résolution d'Ambroise Maréchal. Il venait d'être ordonné prêtre, lorsque M. Emery le désigna pour cette colonie de Baltimore, oii l'on devait à la fois former des ouvriers évangéliques pour les États-Unis , et préparer un asile à la Compagnie en cas de sa dispersion qu'on prévoyait. M. Maréchal s'embarqua au Havre, en 1791, pour l'Amérique. Il n'avait pu gagner ce port qu'en se cachant sous un déguisement. On a assuré qu'il avait dit sa première mes^ à Baltimore : ceci n'est pas rigoureusement exact. Si nouveau qu'il fût dans le sacerdoce, il avait célébré les saints mystères en France avant son départ. Les fonctions qu'il reçut à son arrivée au séminaire de Sainte-Marie , furent celles de professeur dans la chaire de mathématiques, puis dans la chaire de théologie. Sa science était profonde, et son éloquence très -remarquable. Il partageait son temps entre les études et l'enseignement théologique , lorsque la dignité épiscopale vint une première fois s'offrir à lui. Il lui fut alors permis de la décliner. C'était en 1814. La mort de M. Egan avait rendu vacant le siège de Philadelphie, et M. Maréchal avait été désigné pour lui succéder.
Maintenant, demandé par M. Neale, il se vit dans la nécessité de céder. Ses supérieurs lui en donnèrent le conseil , en l'assurant d'ailleurs qu'il ne cesserait pas d'appartenir à Saint-Sulpice. Lorsque ses bulles lui arrivèrent , M. Neale venait de mourir. Cet évé-
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nement était prévu dans les bulles, en sorte que le coadjuteur nommé se trouva immédiatement archevêque deBrdtimore et primat des États-Unis. Son sacre eut lieu le 14 décembre 1817. Il le reçut des mains de M. de Cheverus.
Quelques mois avant la mort de M. CarroU , les Sœurs de Charité de Saint-Joseph avaient tenu leurs élections pour la seconde fois. Elizabeth Seton avait été réélue Mère supérieure. C'était dans l'été de 1815. A ce moment , son cœur, très-ému de sa récente séparation d'avec son fils "William , se remplissait encore d'inquiétude pour les jours de sa petite Rebecca. Cette élection, ce choix, que la communauté entière, religieuses , novices , élèves , enfants , saluait avec bonheur, attrista celle qui en était l'objet. Déjà, nous l'avons vu, depuis la mort d'Anna, Elizabeth, ébranlée dans sa santé , abattue et découragée au fond du cœur, n'aspirait plus que vers le repos , la solitude , et, s'il est permis de le dire en parlant d'une vie si cachée, vers une obscurité plus profonde. Mais éloignant d'elle toute hésitation , son humble obéissance à la volonté de Dieu lui fît accepter le fardeau qui lui était offert. Ne rien demander, ne rien refuser, était une des saintes règles de sa conduite.
La seconde mission des Sœurs de Charité en dehors de la maison mère eut lieu peu de temps après les élections. Trois des Sœurs furent envoyées au séminaire du Mont-Sainte-Marie , « animées , dit la mère Seton, du désir d'apporter quelque soulagement aux pénibles soins de leur cher supérieur, et de se dévouer au service de son intéressante maison, en échange de
tant de peines qu'il avait prises pour la maison de Saint-Joseph. » L'arrivée des Sœurs fut, en effet, un grand soulagement pour le digne M. Dubois. Ce furent elles qui désormais eurent le soin de l'infirmerie , de la lingerie et de la plupart des détails de l'administration intérieure. Le bel ordre qu'elles firent régner dans toutes les branches des services qui leur furent confiés, contribua beaucoup à la prospérité du Mont- Sainte -Marie et au bien-être de tous ceux qui s'y trouvaient.
Cette maison du Mont-Sainte-Marie , on pouvait vraiment l'appeler la maison de M. Dubois. Lorsqu'il la quitta après y avoir vécu dix-sept années , il l'avait construite trois fois. La première fois en bois ; la seconde fois, en pierre, du fruit de ses épargnes; et après, comme elle avait été brûlée « par un de ces accidents qu'il n'est pas donné à la prudence humaine de prévoir\ » il dut la rebâtir encore. Ces sacrifices persévérants expliquent le dénûment dans lequel il se trouva le jour où il fut appelé au siège épiscopal de New-York^ L'Église dont il prenait possession n'avait rien à lui offrir que des dettes. Tout lui manquait à lui II dut son anneau et sa croix pastorale à la générosité de Charles CarroU de Carrollton , un des derniers héros survivants de l'Indépendance américaine , et, comme l'appelle M. Dubois, «un de ces anciens patriarches qui sont dévoués de tout leur coeur à notre sainte religion, et qui ne profitent de leur opulence que pour faire du bien. »
< Lettre fie M. Dubois, 16 mars 1830. Voir Annales de l'Associalioa de la Propagation de la Foi, n» XX M. Missions de New- York. 2 A la fin de l'année 1826.