‹ Elizabeth Seton et les commencements de l'église catholique aux États-Unis (volume 2)Chapitre 73 sur 94 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

Depuis que M. Brute était parti pour l'Europe au printemps de l'année 1815, M. Dubois, demeuré seul avec charge d'àmes dans la vallée d'Emmettsburg, se trouvait en présence d'une tâche immense. S'il n'y succombait pas , c'est qu'il avait en lui cette flamme du dévouement qui multiplie à l'infini le temps et les forces. La gaieté et la simplicité du pasteur d'Emmettsburg étaient égales à son oubli de lui-même. Occupé de quiconque avait besoin de lui, le poids du temps il l'ignorait; l'ennui, ce fléau qui dévore l'égoïsme, occupé de soi seul, il n'en avait pas même idée. De ses moments , dont la charité et la piété disposaient , rien n'était détourné pour le repos, les aises ou l'intérêt personnel. On raconte qu'un jour il arriva au parloir de Saint-Joseph avec ses cheveux taillés très-courts, — depuis quelque temps on remarquait qu'ils lui tombaient presque sur les épaules. — « Voyez mes cheveux coupés, dit-il en riant à la mère Seton; j'ai rencontré le barbier dans les bois; il m'a fait asseoir sur une pierre, et il m'a fait son opération. Je n'ai pas le temps à la maison. »

Le voyage de M. Brute ne le retint pas longtemps loin des États-Unis; dès le mois de novembre, il revenait d'Europe. Mais Emmettsburg ne le revoyait pas encore. Tl ne reprit ses fonctions au Mont-Sainte-Marie que trois ans plus tard. Sitôt son retour à Baltimore» les supérieurs lui confiaient la charge de diriger leur collège et séminaire de Sainte-Marie. Il était en correspondance régulière avec EHzabeth Seton. Après avoir vu de près son fils William, pendant la traversée d'Amérique en France , il s'empressa de lui donner, à elle ,

une foule de détails intéressants et satisfaisants pour une mère. De son côté, Antonio Filicchi parlait souvent du jeune homme à Elizabeth. Moins souvent pourtant qu'elle n'aurait voulu, car elle était avide de nouvelles. Quelques mots d'elle nous vont montrer comme elle avait sujet de bénir le jour où Dieu lui avait inspiré d'envoyer son enfant auprès de ses chers Filicchi.

«2 avril 1816.

« Très-cher Antonio,

« Vous savez ce qu'a toujours été pour vous mon pauvre cœur ; mais quand William me parle de votre bonté paternelle et des soins que prend de lui votre si chère Amabilia, comme si elle lui était une vraie mère , je sens qu'il n'y a que Dieu seul qui puisse mesurer ma joie et ma reconnaissance. Les premiers mots que vous m'ayez jamais dits furent de me confier en Dieu, qui nourrit les petits oiseaux et qui revêt les lis. Je pourrais vous montrer encore la place, chez votre Filippo, où vous m'avez dit ces paroles, et où vous m'avez indiqué le seul chemin pour arriver au royaume de l'éternité. 0 bon ange de votre pauvre mauvaise petite sœur, protecteur de son âme et de son corps , vous êtes maintenant le gardien de ce qui m'est plus i'her mille fois que moi - même ! Si vous saviez quel bon et sage et respectueux enfant William a toujours été pour moi, vous ne me gronderiez pas de parler ainsi. A présent que tous deux, votre frère et vous, êtes devenus ses protecteurs, et que lui comprend si bien quelle bénédiction c'est pour lui de se trouver

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