CHAPITRE \XIII tJ
votre M. Whiltield jouit auprès de noire vénérable archevêque. Tous deux sont venus, cet été, faire la tournée du diocèse à travers nos montagnes du Maryland. Ils ont laissé joie et bénédiction au près et au loin.
« Le saint évêque Cheverus est dans une désolation extrême de la mort de M. Matignon , qui avait exercé le saint ministère avec lui pendant vingt- cinq ans en Amérique '. Je vous enverrai les témoignages si parfaits de sa tendresse paternelle que renfermait sa dernière lettre , écrite avant la sainte et bienheureuse mort de M. Matignon. Depuis , la Providence miséricordieuse lui a envoyé un digne auxiliaire ; mais rieu ne saurait faire oublier la perte d'un tel ami.
« Ici nous allons bien. Les succès et les progrès de notre école et de l'école de nos orphelins laissent voir que la main de Dieu est là... La mort, il y a quelque temps, est venue tout contre moi me montrer ses dents en grinçant , et me menaçant de sa visite. Je lui ai montré son Maître , et j'ai remis tout entre les mains de Notre- Seigneur, le plus joyeusement. Que seulement mon Richard se conduise bien, je n'ai pas d'autre souci. William, pendant le temps qu'il a
t M. Matignon mourut le 19 septembre 1818, entre les bras de M. de Cheverus. La véuératiou dont il s'était rendu l'objet parut à ses obsèques d'une manière éclatante. Le cercueil qui le reulermait fut porté processiounellement dans la ville, au milieu des chants de la douleur. Lévéque, M. de Cheverus, suivait le couvoi, la mitre en tète , entouré de tous les catholiques en pleurs. Quelque inusitée que fût celle cérémonie funèbre, les habitants de la ville l'honorèrent par leur respect. « Ou eût dit que ce jour-là tout Boston était catholique. » Voir la Vie du cardinal de Cheverus.
passé ici, a édifié et charmé tous les amis de ses jeunes années, par sa conduite des plus sages et des plus chrétiennes. Kitty, mon unique fille maintenant, est appréciée et chérie de tous pour sa piété et pour sa bonne conduite. Vous voyez donc, cher Antonio , que je puis bien dire, et de tout mon cœur : Que ta volonté soit faite !
« Tendresses et bénédictions de votre dévouée petite sœur.
« Dans la crainte que cette lettre ne soit mise à la poste, j'ai pensé qu'il valait mieux n'y pas joindre la lettre du saint évêque. Voulez-vous dire à votre Amabilia que je lui recommande instamment M™* Harper, dont elle sera enchantée, j'en suis certaine. »
[>a mère Seton dans les deux dernières années de sa vie. — Dépérissement de ses forces. — Sa douceur, sa patience, son aménité pendant toute la durée de sa longue maladie. — Son union avec Dieu. — Son désir du ciel. — Lettres à Antonio Filicchi. — La mère Seton reçoit l'extréme-onction. — Ses dernières recommandations aux Sœurs de la communauté. — Sa douce et précieuse mort. — Noms de celles des Sœurs et des novices qui ont précédé dans la tombe Elizabeth Seton. — Maisons des Sœurs de la Charité de Saint-Joseph existantes de nos jours aux États-Unis. — Union des Sœurs de la Charité de Saint-Joseph avec les Filles de la Charité de France, accomplie en 1 849. — Un mot sur les derniers travaux et sur la fin des amis et des premiers protecteurs de l'œuvre d'Elizabeth Seton. — Visite à la vallée d'Emmettsburg.
Le second triennat de la mère Seton expirait au mois de juillet de l'année 1818. Les Sœurs tinrent leurs élections selon que leurs statuts l'exigeaient, et confirmèrent d'une voix unanime leur vénérée fondatrice dans l'office de mère supérieure. On se souvient que sa seconde réélection avait été prévue longtemps à l'avance, et autorisée par une exception spéciale faite aux règlements de la Compagnie. Au moment
OÙ ses supérieurs décidèrent qu'elle conserverait sa charge, elle se sentait déjà si malade et si affaiblie, qu'écrivant à une des Sœurs et lui parlant de son élection, elle l'appelait « l'élection de la morte». Sa souffrance était une langueur, un appauvrissement de toutes ses forces. Rien de très- douloureux, rien de violent ni de menaçant dans un bref délai, a Je m'en vais par une pente si douce, si imperceptible, vers la chère éternité, disait -elle, que déjà, sans qu'il y ait en moi aucune altération marquée , la décadence générale de la pauvre nature qui succombe a raccourci tellement la perspective devant mes yeux, que je ne puis plus rien voir au delà du moment présent. »
Tandis que l'état languissant où on la voyait désolait tous les cœurs autour d'elle, l'espérance qu'elle nourrissait d'échapper bientôt aux liens de sa mortalité lui causait une sainte joie. L'œuvre de piété et de charité qui avait tant occupé sa vie se trouvait désormais consolidée ; sa tâche maternelle était accomplie près de la seule fille et des deux fils que Dieu lui conservait. Ses autres enfants l'attendaient au ciel ; c'était là que se transportaient toutes ses pensées. Dans une lettre adressée à l'une de ses anciennes élèves, à l'anniversaire du jour où elle fêtait autrefois la naissance de la petite bien -aimée qu'elle avait perdue : « C'est aujourd'hui, dit-elle, le jour de naissance de Rebecca : elle aurait seize ans. Mais elle ne compte plus les années. Oh! la pensée d'aller la voir, elle et notre Annina!... Oh! la pensée d'aller voir Dieu ! »
CHAPITUK WIV 031
La grâce de faire une bonne mort , voilà ce qu'elle avait uniquement en vue. Elle sollicitait, pour obtenir que Dieu lui accordât ce l)onheur, les prières des pauvres que la maison secourait, les prières de ses filles spirituelles, de ses élèves, de toutes les personnes dont l'afFection et la piété lui étaient connues. Elle priait elle-même. Sa vie n'était plus qu'une oraison continuelle. Comme ces vierges saintes de TÉvangile qui ont préparé l'huile pour' leurs lampes, et qui veillent en attendant que l'Époux paraisse, elle tenait entre ses mains une lumière ardente.
« Je fais ce que je puis, disait-elle, pour me tenir dans l'étroit sentier qui conduit à Dieu seul. Le petit apprentissage quotidien de demeurer doucement et paisiblement en sa présence , tandis que je m'efforce de diriger le peu que je puis faire, selon sa volonté , et de le louer et de l'aimer au milieu de l'obscurité aussi bien que sous les rayons du soleil, voilà tout mon soin, toute mon étude. Le méchant vient de temps en temps m'offrir la bataille ; mais notre cher Seigneur est là derrière la muraille ; et il tient le misérable à distance. »
Par une belle journée dé l'été, ses" forcés lé lui pét'mettant , elle s'était acheminée vers la montagne. « Seule, cette après-midi, assise sur un rocher, en présence d'une des plus belles scènes de la nature, j'adorais Dieu , je lui rendais gloire de sa magnificence et de sa bonté. Mes yeux appesantis ne pouvaient, il est vrai, se plaire qu'à demi à ce qu'ils voyaient; mais l'âme s'écriait : « 0 Dieu , ô Dieu , donnez-vous vousniême : qu'est-ce que tout le reste? Une voix d'amour,
une voix silencieuse me répondait : « Je suis à toi — » Ah! tendre Seigneur, faites-moi demeurer telle que je suis maintenant, pour le temps que vous me laisserez à vivre ; car c'est là le vrai contentement , ne rien espérer, ne rien désirer, ne rien attendre , ne rien craindre 1... La mort, l'éternité... Oh! combien paraissent petits tous les objets que poursuivent ces êtres affairés , empressés , aveugles et déçus ! combien ils paraissent petits, quand on les envisage au pied de la croix , sous ces deux points de vue ! »
Bien que faible toujours, elle se trouva mieux dans le courant de l'année 18i9. Elle en profita pour s'occuper d'une chose qui lui tenait depuis longtemps fort à cœur, la construction d'une chapelle plus grande et plus convenable que celle qui avait dû suffire dans les commencements. La trésorière de la maison avait acquitté toutes les anciennes dettes, et se trouvait avec une avance de seize cents dollars , — un peu plus de huit mille francs. — L'emplacement de la future chapelle fut choisi. On se procura une partie des matériaux nécessaires , et on les fit amener sur place. Au iaoment où l'on allait entreprendre les constructions , une circonstance imprévue les retarda. Un peu plus tard, quand on les commença, la mère Seton n'existait plus.