CHAPITRE XXIV fi3S
ELIZABETH SETON A ANTONIO FILICCHI
49 juin 1819.
« Mon Antonio , à jamais cher,
« xMes remercîm^nts les plus reconnaissants pour votre lettre au sujet de Richard. Vos paroles sont un vrai baume au cœur d'une mère. Je ne vous dis pas ceci pour vous forcer de m'écrire encore dans mon barbare anglais, comme vous l'appelez; mais seulement pour dire à votre cœur un seul mot , entre les raille tendresses que votre pauvre petite sœur voudrait lui dire pour le remercier de ces bontés sans fin qui ne diminuent pas à mesure que marche le temps, mais qui , au contraire , vont augmentant , augmentant toujours, véritable trésor pour l'éternité, je l'espère !
« Ce matin , à mon heureuse communion du jour de saint Pierre et saint Paul, tant de réflexions et d'effusions ont rempli mon cœur^ que le seul moyen qu'il a trouvé d'exprimer sa gratitude et son amour pour la glorieuse foi à laquelle vous m'avez amenée, — il y a quinze ans maintenant, en 1804, — a été de demander à Notre-Seigneur, non-seulement de récompenser pleinement mon Antonio de ses soins et de ses peines pour moi , mais encore de m'accorder, — ah ! avec quelle ferveur je lui ai fait cette demande, — de m'accorder de souffrir à votre place tout châtiment que vous auriez pu encourir pour quelque péché que ce soit en votre vie ; afin que je puisse au moins vous rendre
quelque chose de celte dette immense que je vous dois, et sous tant de formes.
« J'ai écrit ce que vous désiriez à uotre saint évêque de Boston. Il m'a parlé souvent de vous dans ses lettres, avec autant d'affection et d'estime que vous me parlez de lui. Sa précieuse santé est chancelante. Je crains que la perte de M. Matignon ne le réduise à l'extrémité. Il est écrasé de charges et de soucis, saint et bienaimé Père !
« Mes tendres souvenirs et' mes sentiments lès plus reconnaissants à votre Araabilia et à vos douces filles. Elle est une vraie mère, et elles sont de vraies sœurs pour mon Richard , à ce qu'il m'écrit.
« Toujours et à jamais votre sœur en Notre-Seigneur.
« William est embarqué sur son Macedonian. Nous n'avons pas de nouvelles de lui. »
Un soin dont elle pouvait s'occuper presque sans interruption était de visiter les élèves au moment des classes, et d'aller auprès des malades de la communauté pour les consoler. Sa bonté, sa douceur, le charme incomparable de sa conversation et de toutes ses manières , faisaient encore , comme autrefois , les délices et l'admiration de toutes celles qui l'approchaient. On sait combien sa conscience délicate s'était naguère effrayée de cette séduction si visible qu'elle exerçait autour d'elle , et des jouissances peut-être trop vives qu'elle y trouvait. L'irrésistible attrait de sa nature