CHAPITRE XIX
man, que nous serons bien heureuses, quand nous serons là? »
Le supérieur de la communauté, M. Dubois, pendant la maladie d'Anna, lui avait prodigué les consolations de son dévouement et de son ministère. Il se trouvait près d'elle à ses derniers moments. Quand il l'eut aidée à mourir, et qu'il l'eut accompagnée à la demeure de son repos, il reporta toute sa sollicitude sur la désolée Elizabeth. Elle en avait grandement besoin. Pendant longtemps, il lui sembla, tant la blessure de son cœur était profonde, que les jours se succédant aux jours, bien loin de la guérir, la rendaient plus sensible et plus vive.
M. Dubois s'était dévoué avec grande affection à la communauté de Saint -Joseph; il en était à la fois le directeur, le protecteur et l'ami. Tous les matins, par tous les temps, il se rendait, avant l'aube du jour, à la chapelle des Sœurs pour y célébrer la sainte messe. La dis- Lance est de deux milles entre leur maison et le petit séminaire du Mont-Sainte-Marie. C'était une course de quatre milles que le bon prêtre avait à faire tous les jours, avant d'entrer dans les travaux de l'existence la plus remplie. Mais aucun dévouement n'était de trop pour lui. A le voir dès ce temps-là, on
pouvait prédire ce qu'il serait, dans la suite, comme évêque. Les courses et la vie laborieuse du supérieur du Mont-Sainte-Marie et de Saint- Joseph, du desservant des congrégations qui avoisinent Emmettsburg, n'étaient que le prélude à ces voyages de plusieurs milliers de milles que le pasteur de l'immense diocèse de New-York devait entreprendre un jour, seul, à pied, pauvrement; ne connaissant, comme il l'écrira plus tard1, d'autre délassement à ses fatigues, que les travaux du confessionnal et le soin d'administrer les secours à ses pauvres malades.
Grâce aux efforts de M. Dubois , le séminaire de la montagne, ouvert en 1809, avait pris une extension telle, qu'on y comptait déjà plus de quarante élèves en 1810, et soixante élèves l'année d'après 2. Non seulement le dévoué supérieur avait la haute direction de la maison et des élèves, mais il remplissait encore auprès d'eux les fonctions de professeur dans les principales branches de l'enseignement. Sitôt que la surveillance des études ne réclamait plus sa présence, il s'occupait de ses pauvres, de ses
i Voir la note 12 à la fin de ce volume.
2 Le Mont-Sainte-Marie eut jusqu'à HO élèves en 1824 et dans les années précédentes. Voir Annales de l'Association de la propagation de la foi, n° V, année 1825.