‹ Elizabeth Seton et les commencements de l'église catholique aux Etats-UnisChapitre 108 sur 226 · CHAPITRE XIX 21 S · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX 21 S

ces choses qui faisaient le bonheur de sa pauvre mère, sont maintenant la source intarissable de ses regrets et de son admiration : il me semble que jamais je ne verrai rien qui puisse se comparer à elle... Pauvre mère! pauvre mère! laissez-la s'épancher avec vous, Eliza. « Si vous l'aviez vue au moment où j'étais à genoux, cherchant à réchauffer ses pieds glacés... , — ils ont été glacés près d'un jour ou deux jours avant... — elle vit que je pleurais, et ne pouvant me cacher qu'elle pleurait aussi, tout en me souriant en même temps , elle me fit encore la question qu'elle m'avait si souvent adressée: « Se pourrait-il que vous pleuriez sur moi?... Nedevriez-vouspas vous réjouir?... Ce ne sera que pour un moment ; et après , nous serons réunies pour l'éternité. L'éternité, l'heureuse éternité avec ma mère! quelle pensée! »... Ce furent là ses dernières paroles. Et jusqu'à sa dernière agonie, quand ses lèvres tremblantes pouvaient à peine articuler un seul mot, comme elle sentit une de mes larmes qui venait de tomber sur son visage, elle me sourit encore et elle me dit avec un grand effort : « Souriezmoi..., maman..., Jésus. »... Avec un intervalle entre chacun de ces mots, car déjà elle ne pouvait plus prononcer deux mots de suite... Oh ! le dernier regard de ses yeux ! comme si elle avait vu par delà les nuages . . , et ces chères

mains qu'elle avait jointes, et qu'elle a toujours gardées ainsi ! ... La chère Sœur qui l'a habillée dans sa robe blanche a voulu couper ses manches pour la laisser, pour ne pas la déranger, dans cette position. . . Il ne faut pas que la pauvre mère en dise davantage. Priez seulement pour que la force lui soit donnée.

a Vous me croirez, si vous m'entendez disant de toute mon âme : Que votre volonté soit faite/... L'éternité, c'était le mot de prédilection d'Anna. Je le trouve écrit sur tout ce qui lui appartenait, sur ses livres, sur ses cahiers, sa musique , sur les murs de sa petite chambre ; partout ce mot-là.

« Que me voulez -vous donner de plus que vos myrtes et vos jasmins, pour orner l'enclos qui renferme les précieuses tombes de nos trois chéries? Les enfants les ont couvertes de violettes ; elles les ont jonchées de toutes les fleurs du printemps qui croissent autour d'ici; le lis de notre vallée s'y trouve en abondance. Maintenant elles sont tellement familières avec la mort, qu'elles ont marqué ma place à côté de Nina*. Tous les jours elles y apportent quelques rosiers, quelques arbustes ou une nouvelle fleur. Kitty vient quelquefois m'embrasser avec transport, et elle me dit: « N'est-ce pas, ma-

1 Nina , diminutif d'Anna.

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