CHAPITRE XXI
regretter un jour de le trouver insouciant, irrésolu. Cette enfantine disposition n'avait pas été de durée. Les idées du jeune homme s'étaient fixées: ce qu'il voulait, c'était entrer dans la marine. Sa mère s'en effrayait pour lui. Gomme, avant tout , ce qui la préoccupait était de conserver à son fils l'intégrité de sa croyance, elle ne pouvait sans frémir se le représenter habituellement privé d'assistance religieuse, pendant qu'il subirait l'inévitable contact d'une société hostile à tout ce qu'il croyait et vénérait* Mais quelle qu'eût toujours été l'influence qu'elle exerçait, et qu'il se plaisait à lui reconnaître, cette fois, elle avait agi sans effet pour détourner le cours de ses aspirations aventureuses. Y pouvait-elle réussir? Est-ce qu'il était en son pouvoir d'éteindre cette jeune flamme, qu'elle-même avait fait naître de son propre foyer , bien qu'elle ne l'eût point voulu? Et maintenant, tout en pensant à William, étudions l'âme d'Elizabeth, et voyons ce qui appartient à sa nature domptée ou à sa nature native. .Ici, la calme possession d'une âme en tout soumise au vouloir de Dieu; là, les désirs fougueux, l'imagination vagabonde, et les folles aspirations vers de séduisants lointains. Elle était créée pour l'action ; mais l'action en ses allures indépendantes ; nous dirions presque , capricieuses. Le « pas tranquille et
lent » qui trace le sillon, est ce qui ressemble le moins à son élan naturel. Tout cercle étroit l'étouffait. Aussi, pour elle était-ce assez que sa vie dût s'écouler, resserrée sur un petit espace, dans les gênes matérielles et souvent dans la douleur ; Dieu permit qu'elle n'y connût jamais le vide de l'isolement, ni le ravage intérieur de l'activité inassouvie. Quand elle est fixée dans la vallée d'Emmettsburg , comme au temps où elle vit retirée dans un des faubourgs de New-York, si nous la voyons ravie des douceurs de la paix , compagnes de sa solitude, ne nous y méprenons pas: sa paix n'est que le jeu régulier de ses facultés les plus actives : sa solitude n'est à l'écart que du mouvement , de la dissipation , de la vanité. Sa solitude ! mais elle est peuplée de cinq enfants , « son univers. » A vrai dire, un univers pour pour toute mère digne, pour peu que ce soit, du don que Dieu lui a fait ! A côté de ces trésors, les nombreux objets d'affection et d'intérêt qui se pressent autour d'elle ne sauraient être regardés que comme un riche superflu. Et pourtant, c'est en cette vie où l'abondance de sa nature a trouvé tout son emploi , que l'agitation se fait jour, et l'emporte en ses bouillonnements, loin au delà du réel. — Qu'il faut d'efforts, ô mon Dieu ! qu'il faut donc d'années , pour étouffer cette voix qui crie en nous : Là-