‹ Elizabeth Seton et les commencements de l'église catholique aux Etats-UnisChapitre 133 sur 226 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

long regard, qui se fixe en haut, et que ne saurait détourner le soleil même en son plein éclat. »

Que William tînt de sa mère un profond éloignement pour les assujettissements et l'uniformité d'une carrière sédentaire, c'est ce que chacun comprendra. C'est bien ce que comprenait Elizabeth. Trop sage pour s'obstiner à une lutte où le triomphe était si douteux, elle borna son effort à gagner du temps. N'importe en quelle difficulté, c'est beaucoup d'avoir pour soi le temps, et la patience, son alliée. La pauvre mère en obtint plus qu'elle n'avait attendu.

A la nouvelle des changements heureux survenus en Europe, les Sulpiciens de Baltimore avaient pensé que le moment était favorable pour demander à la France quelques nouveaux auxiliaires , indispensables à leurs travaux. M. Brute fut chargé du soin de cette recherche. Son départ, une fois arrêté, devait avoir lieu dans un bref délai. Il s'empressa d'en avertir Elizabeth. Tandis qu'elle lécoutait, simplement, attentive au projet dont il lui faisait part , une pensée rapide traversa son esprit, et lui montra sous un jour inattendu l'avenir de son William. Se recueillant en elle-même, elle éleva vers Dieu son cœur. Ce qu'elle avait tant

redouté, une puissante main l'écartait loin d'elle.

Faire partir son fils pour l'Europe, sous la prudente conduite de M. Brute, le diriger vers Livourne et le confier à MM. Filicchi, pour que, placé sous leur sauvegarde, formé par leur exemple, instruit par leurs soins, il apprît d'eux la connaissance des affaires et le moyen de se créer une position plus tard , tel était le plan nouveau qui s'offrait à sa pensée. L'imprévu déconcerte les caractères timides et irrésolus; le sien n'était pas de cette nature. S'agissait- il de prendre un parti, elle jugeait vite, et décidait. Les difficultés naissaient, pour elle, des moyens d'action, non du choix à faire.

Dans la circonstance qui se présentait , elle envisageait résolument le but qu'elle souhaitait d'atteindre; mais une grande difficulté se plaçait à la traverse. Deux ans venaient de s'écouler ; et pendant un intervalle d'une telle durée , elle n'avait point reçu la moindre nouvelle venant d'Italie. Quand tout se précipitait et se transformait dans le monde ancien ; quand chacun des bruits qui venaient d'au delà l'Océan annonçait l'écroulement de quelque trône ou de quelque empire , qui pouvait assurer qu'un accident, une catastrophe, un revirement de fortune, n'avait point atteint les honorables Filicchi, aussi rapidement que tant

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