E.-A. SETON
« Mes plus chers souvenirs à votre bienaimée famille; et, je vous en prie, écrivez, écrivez-moi bientôt. Comme mon pauvre cœur va demander instamment à Dieu de hâter le moment où je recevrai une première lettre de vous ! Vous ne pouvez avoir une idée de ce qu'éprouve mon cœur pour cet enfant, ni de l'ardeur de mes vœux pour sa bonne conduite. Il n'y a que Dieu qui le puisse savoir ! »
Ce qu'elle avait souffert au moment où elle s'était séparée de son fils , Elizabeth vient de le dire elle-même. Gardons- nous d'ajouter une parole, après qu'elle a dépeint ce qu'elle a senti. Remarquons seulement qu'à côté du déchirement que lui causait son sacrifice, elle éprouvait une immense douceur à penser que la jeunesse et l'inexpérience de son William trouveraient abri sous l'aile tutélaire de M. Brute, dont « l'intérêt affectueux et l'inépuisable bonté la remplissaient, disait-elle, d'une sécurité et d'un contentement semblable à celui que ressentit le vieux Tobie lorsqu'il confia son fils à l'ange Raphaël ».
ELIZABETH SETON A SON FILS WILLIAM
21 mai 1815.
(( Mon William tant aimé, vos deux chères lettres de New- York me sont bien arrivées, et aussi votre dernier mot écrit en vue de la batterie. Oh ! mon William , mes larmes me suffoquent , et les gémissements de mon âme aspirent vers notre éternité. Mon chéri , mon chéri , si le monde allait vous éloigner de notre Dieu et de moi ! Si nous ne devions pas nous retrouver là! C'est une pensée qu'il n'est pas possible que je supporte ! Je veux espérer ! J'espère!... Mon Dieu! qui connaissez l'amour d'une mère , vous me voyez , et vous aurez pitié !
« Je ne puis vous écrire à la fois que quelques lignes ; j'ai le cœur si plein ! Mais vous , vous nous écrirez aussi souvent que possible; vous ne penserez jamais que ce vous soit un ennui d'écrire à des êtres aussi chers que vous le sont votre Becc1, Joséphine, et votre mère. Pour nous, chaque fois que nous vous écrirons , ce sera comme si notre vie se renouvelait ; car la tendresse avec laquelle nous vous aimons est presque inimaginable.
1 Becc, diminutif du nom de Rebecca.
« Ceci était écrit avant l'arrivée de vos dernières lettres. Vous pouvez aisément vous figurer ce que sera notre anxiété jusqu'à ce que nous apprenions de vos nouvelles ; mais vous connaissez ma vieille et confiante maxime: « que ceux qui ont le plus besoin de la protection du Ciel, sont les plus assurés de l'obtenir. » Mon âme demeure tout entière attachée à vous , jour et nuit, nuit et jour. La prière de mon cœur à Dieu, pour vous, est incessante, si ce n'est pendant mon sommeil ; et encore Test-elle souvent, même pendant le sommeil. J'ai ma seule consolation dans la pleine confiance qu'en quelque événement qui se présente, vous agirez comme un homme et comme un chrétien , ayant toujours en vue notre vraie demeure et l'éternelle réunion. Une telle confiance est même extraordinaire, vous étant si jeune, et pouvant avoir à traverser de si nombreuses épreuves. — Très cher, cher, cher William , si vous saviez quel soin nous prenons de nousmêmes , afin de pouvoir vivre assez pour vous revoir encore ! Pendant que je suis à calculer quelle heure il peut être en France, où vous êtes arrivé, je l'espère, Rebecca dit : « Encore un jour passé de l'absence de Willy ! » Plusieurs pensent que la Tontine rebroussera chemin, si vous apprenez en mer les dernières nouvelles du continent. Pour moi, je ne puis
que regarder en haut, sans même oser faire un souhait , sachant si peu ce qui serait le meilleur. Tout à Dieu ! et à sa chère providence ! Mais vous, de grâce, prenez tout le soin possible de vous-même, pour l'âme et pour le corps; et écrivez! écrivez! Je sais que votre vénéré Mentor y veillera, autant qu'il dépendra de lui ; et pour ce qui est de votre cœur, je suis
certaine qu'il ne fera pas défaut J'ai là,
dans ma chambre, le globe terrestre que le vénéré M. Brute a fait pour la montagne; et même la nuit, à la clarté de la veilleuse, je regarde souvent la France , comme le point de la terre qui garde mon plus cher trésor. Oh ! combien souvent je m'agenouille en esprit au chevet de votre lit ! Je me tiendrais auprès de vous aussi fidèlement que votre bon ange, si je le pouvais.... Richard est tel que vous l'avez laissé. Il nous fait la visite du mercredi, quelquefois avec une humeur mélancolique, depuis que vous êtes parti. Réellement il ne semble pas qu'il puisse jamais s'accoutumer à cette séparation ! Je n'aurais pas deviné, si vous n'étiez pas parti, combien était grand son attachement pour vous.... Conservez bien, mon tout chéri , ce cœur pur, qui sera le charme de notre réunion. Oh ! si notre Dieu pouvait être oublié dans ce cœur..., s'il devenait... Non! nonl non!... Jamais!... jamais!... Que je