CHAPITRE XXII
14 octobre, veille de sainte Thérèse.
« Que c'est dur d'avoir à familiariser cette chère enfant avec la mort qui approche à grands pas!... Nous sommes là, assises toutes deux, mêlant ensemble nos larmes. « Les siennes, dit-elle , sont inexplicables ; car elle sait si bien , remarque-t-elle, combien il lui est avantageux de partir. »
« Toute cette journée, elle n'a cessé de parler des terreurs de la mort, qui lui semble si prochaine... Ses larmes coulent sur son visage; elle serre ses bras autour de mon cou, et cache sa chère tête contre mon sein ; en même temps, elle contemple le crucifix; elle lui sourit souvent, et lui adresse des paroles d'espérance et de confiance , répétant à plusieurs reprises : « Mon cher, très cher Sauveur ! » — malgré les élancements que lui causent ses douleurs et les secousses d'une toux déchirante. »
15 octobre, fête de sainte Thérèse.
« Elle a encore parlé de l'extrême -onction ; mais après s'être arrêtée à la pensée des consolations qui s'y trouvent, elle a tout à coup fondu en larmes. — « Oh! mère! les dernières
luttes!... Il y a quelque chose dans la mort... Je ne puis dire... Oh! comme je suis lâche!... Le ciel bleu sous les pieds de Nina1, c'est pourtant un tapis si brillant et si doux!... Oh! comme je vais prier Notre-Seigneur pour qu'il me laisse souvent venir auprès de vous quand vous serez là, si seule. Vous le savez, chérie, je ne pouvais jamais jouir du plus petit plaisir en ce monde si vous ne le partagiez avec moi , ou quand je pouvais vous en parler. Comme je vais lui demander de me laisser venir et vous consoler ! Vous le savez aussi , je devinais vos peines , quand même vous ne m'en disiez rien. » — Oh! les mille petites caresses ravissantes , pendant qu'elle disait toutes ces choses si chères au cœur d'une mère ! »
« Chaque fois qu'elle s'est réveillée, cette nuit, elle a parlé de ce qu'on fait au ciel. — Douleur excessive à la jambe et au côté ; mais elle fait aller ensemble le gracieux sourire et la souffrance. — Elle a voulu se faire apporter tous ses petits papiers. — « Il y en a de bien sots , de bien insignifiants , chère maman ; mais ils ont été écrits dans de bons moments. Brûlez ceci, puis cela aussi... Ce n'est pas que je veuille vous rien cacher; mais il y a là mes confes-
1 Sa sœur Anna.