CHAPITRE XXII
Obligée de renoncer à son lit tout à fait. Ce jour- ci est un jour de dure épreuve. — « Je sais bien, dit-elle, que cela m'est presque impossible, mais pourtant je sais que je dois accepter tout ceci patiemment, et offrir cette souffrance. » — Essayant de retourner à son lit ; et presque aussitôt après , d'en sortir ; voyant qu'y rester lui était impossible, elle a dit : « Je ne me coucherai donc plus jusqu'à ce que... Mais n'y faites pas attention, maman; venez vous asseoir près de moi. » A présent, après être demeurée agenouillée sur un de ses genoux, pendant notre prière du soir, elle chante tout doucement ce petit chant :
Jour écoulé , peine écoulée !
0 jour écoulé, ô pas vers les cieux!
Conduis mon âme au séjour radieux ; Près de Jésus, mon Sauveur glorieux,
Jour écoulé ! peine écoulée !
« Comme je lisais, dans un livre que j'ai sur les souffrances , les paroles que voici : « La petite nacelle approche du rivage : ne désire pas d'affronter plus longtemps l'Océan orageux ! » elle a lu dans mon regard, et elle m'a dit : « Très chère maman, ne croyez pas que je ne consente volontiers à mourir ; j'y suis toute disposée. Tout ce que je crains, ce sont mes
péchés. 0 mon Sauveur, pardon et miséricorde ! »
« Appuyée sur moi, nos larmes se mêlaient si bien ! — « Je ne puis croire pourtant , a-t-elle dit , que Notre-Seigneur aurait voulu m'envoyer tant de souffrances , si ce n'avait été pour me donner le moyen de faire pénitence et de me sauver. C'est une consolation pour moi de me rappeler que je me suis toujours préparée avec un grand soin à la confession, et que j'avais toujours un grand désir d'obtenir une bonne absolution. »
« Dans la soirée, pendant un moment d'apaisement, elle a dit: « Non seulement, ma mère, je suis résignée, mais mon cœur saute de joie lorsque je pense à ma couronne. Cependant il suffît d'un regard jeté de l'autre côté pour me faire trembler; mais, en vérité, je fais tout ce que je puis pour être bien repentante de mes péchés. »
« — Après , de longs regards vers le crucifix.
« La petite bien-aimée est maintenant assise sur sa chaise, jour et nuit, s'appuyant sur mes bras. Ses os sont brisés; elle ne peut même plus se reposer sur un genou, comme elle faisait auparavant. Elle dit avec une grâce presque gaie : « Notre-Seigneur me fait payer mes fautes passées ! »