CHAPITRE XIII
entretiens vous paraissait réellement praticable, le lot de terrain est toujours là; et si Ton y construit un bâtiment, vous pourriez le posséder régulièrement, et prendre les garanties nécessaires pour assurer votre propriété. Et vous feriez là une si bonne action! et, comme l'assurent nos Messieurs du collège et du séminaire, — de même que MM. Matignon et Cheverus, de Boston, — ce serait contribuer d'une manière toute spéciale au progrès de notre foi précieuse et procurer la gloire de Dieu !
« Ne soyez pas mécontent si j'en dis trop. Appréciez les motifs qui me font parler; et croyez -en l'assurance que je vous donne en présence de Notre-Seigneur, que je ne cherche pas ici une satisfaction personnelle. Que pourrais-je attendre d'une telle situation?... Vous savez bien que je ne cherche ni à me reposer, ni à m'arrêter, ni à fuir la pauvreté. Les vœux que j'ai prononcés, depuis longtemps déjà, sont tels , que je n'aurais qu'à les renouveler comme religieuse. La soif et la faim de mon âme n'ont qu'un seul et unique objet, la croix! Dans ce qui tient à la religion, je sais que vous n'aimez pas les singularités extérieures; mais personne ne peut attribuer à votre convertie la moindre envie de se vouloir singulariser. Loin de là, s'il est une chose bien éta-
blie , c'est qu'elle est entièrement détachée du monde. Et soyez assuré que personne ne peut avoir une gaieté plus naturelle, ni faire plus que je ne fais, pour éviter toute singularité, n'importe de quelle sorte : excepté pourtant celle qui me donne le dehors d'une religieuse. Du reste, depuis tant d'années, ce dehors est devenu tellement le mien , que vraiment la singularité serait de ne plus l'avoir.
« Nous avons plusieurs des premières familles d'ici qui envoient leurs jeunes filles nous visiter, comme la maison où elles se pénètrent le plus naturellement des sentiments religieux. Aidez-nous, aidez-nous, cher Filicchi ! Soutenez-moi. Faites luire la petite chandelle sur le chandelier. Mais taisons-nous... Notre Dieu dirigera tout. Quoi que vous disiez ou fassiez, je le regarderai comme étant sa voix et sa volonté... J'ai deux pauvres sœurs1 qui prendront leur vol joyeusement vers moi, si jamais j'ai une maison où les recevoir. Oh ! Filicchi, combien elles embelliront et feront briller votre couronne !
« J'ai écrit à Antonio, la semaine dernière, par l'ambassade de France, réservant cette lettre-ci pour l'ambassade d'Angleterre. Notre pays a fait entendre sa voix , à la fin. Vous
1 Cecilia et Harriet Seton.