CHAPITRE XXIII
milieu des déserts , périls sur la mer. J'ai enduré toutes sortes de travaux et de fatigues; de fréquentes veilles , la faim, la soif , beaucoup de jeûnes, le froid et la nudité. — Et, en outre de ces choses du dehors , fai les soins de chaque jour, la sollicitude des Eglises.
Qui dira au prix de quelles fatigues, de quels voyages , et de quelles démarches , l'évêque de la Louisiane , M. du Bourg, avait pu réunir ces ouvriers évangéliques qu'il amenait en Amérique vers le milieu de Tannée 1817? Le pauvre évêque les avait rassemblés un à un, en Italie, en France, dans les Flandres. Il était parti de la Nouvelle- Orléans, en 1815, aussitôt après que la paix avait été conclue entre les Etats- Unis et l'Angleterre. Jusque-là, il n'avait gouverné son troupeau que comme vicaire apostolique. Ce fut à Rome qu'il se vit élever à la plénitude du sacerdoce. A Rome, à Milan, plusieurs Pères Lazaristes et quelques jeunes clercs lui avaient promis de se joindre à lui. Mais ce n'était point assez, les ressources lui manquaient pour suffire aux frais de leur traversée. Il se mit en route pour la France, afin d'y solliciter la charité des fidèles. L'une de ses étapes était marquée dans la catholique ville de Lyon. Un grand souvenir se rattache au séjour qu'il fit en cette ville. C'est à ce moment que prit naissance l'œuvre catholique par ex-
cellence, l'œuvre de la Propagation de la Foi, qui soutient de ses prières et de ses aumônes les missionnaires catholiques, dévoués à la prédication de l'Évangile par toute la terre. Ce fut l'appel fait par M. du Bourg à la charité des fidèles lyonnais ; ce fut son cri de détresse, entendu par deux pieuses femmes et répété par elles, surtout dans les ateliers de la ville, qui éveilla l'idée qu'on eut de former une association pour venir en aide aux besoins des missionnaires. On invita à y prendre part le pauvre avec son obole , l'artisan avec son aumône la plus humble. La contribution de chaque associé était d'un sou par semaine1.
Notre France se montra généreuse en ses dons à M. du Bourg. Les aumônes qu'il récolta lui fournirent un petit trésor avec lequel il acheta non seulement des objets sacrés, nécessaires au culte, mais des outils, des instruments de culture et de labour. Approvisionné autant comme un colon que comme un évêque, il s'embarqua à Bordeaux, le 27 juin 1817. Par un ordre du roi Louis XVIII, un petit bâtiment de la marine royale, la flûte la Caravane, avait été mise à sa disposition pour son transport gratuit.
1 Voir le Nouveau Coup d'œil sur l'œuvre de la Propagation de la Foi. A Lyon et à Paris, au bureau de l'œuvre. — 1856.