FIN
Parmi les papiers épars laissés par Elizabeth, se trouvait, sous le titre de Chers Souvenirs, comme une revue des événements de sa vie jusqu'à Vannée 1812. Son charme habituel est dans ces pages avec la vive peinture des faits. Nous leur devrons d'entendre parler d'elle pendant quelques instants de plus.
GHERS SOUVENIRS
« Ce serait si ingrat à moi, si je mourais avant de les avoir recueillis, pour ne les oublier jamais. »
« A l'âge de quatre ans, comme j'étais assise sur un des degrés du seuil de la maison , à regarder les nuages, tandis que ma petite sœur Catherine, qui n'avait que deux ans, était couchée dans son cercueil, quelqu'un me dit: Eh quoi! la petite Kitty est morte, et vous ne pleurez pas ! — Non, dis-je parce que Kitty s'en est allée au ciel. Je voudrais bien aussi pouvoir aller au ciel avec maman. »
« Souvenirs à l'âge de six ans. — Quand prenant avec moi ma petite sœur Emma , et la conduisant près de la fenêtre, tout en haut, et lui faisant regarder le soleil couchant, je lui dis que Dieu était vivant au ciel, et que les enfants qui étaient bons iraient aussi au ciel. — Et encore, quand j'enseignai à la petite Emma ses prières; — et quand ma pauvre bellemère, très affligée à ce moment, m'apprit le psaume xxne i. »
« A New-Rochelle, chez miss Molly B..., à l'âge de huit ans. — Les petites filles cherchaient dans un nid les œufs des petits oiseaux. Je recueillis les pauvres petits qu'elles y trouvèrent, tout palpitants; j'espérais que la pauvre mère, qui voletait de branche en branche, viendrait près d'eux et les rappellerait à la vie. J'ai pleuré parce que les petites filles voulaient les détruire; et depuis, j'ai toujours mieux aimé jouer et me promener seule. — Mon admiration pour les nuages; mon bonheur à les contempler; et toujours avec une pensée pour ma mère et pour la petite Kitty ; toutes les deux au ciel. — Mon bonheur à rester seule assise au bord de la mer, à errer pendant des heures sur la plage, chantant, ramassant des coquillages. La moindre petite feuille, la moindre fleur, un insecte, un animal, l'ombre des nuages, le mouvement dans le feuillage, tout, sujet de pensées vagues, indéfinies vers Dieu et vers le ciel. — Ma satisfaction à apprendre quelque
1 Dominus régit me. « Le Seigneur est mon Pasteur, rien ne me manquera. »
chose que ce fût qui parlât de Dieu. — Mon bonheur à me trouver avec les personnes âgées. »
« A l'âge de douze ans. — Un cœur d'enfant plein d'ignorance, de folles idées. — A la maison , de nouveau, chez mon père. — Mon attrait pour lire des prières. Mon bonheur d'avoir soin des enfants, et de leur chanter de petits cantiques, près de leur berceau. — Nuit passée dans la terreur; et, tout le temps , je chantais Notre Père ! »
« Quatorze ans. — A New-Rochelle, chez l'oncle B..., tant de goût à lire la Bible, et Thompson et Milton. — Hymnes récitées au milieu des rochers, tout entourés des glaces de l'hiver. Quels transports de joie et d'enthousiasme! — Heures passées à contempler les étoiles. Orion. Promenades sous les cèdres , en chantant des hymnes. — De la joie en toute chose; rude, âpre, douce ou facile, toujours gaie: le printemps était là! — Joie en Dieu de ce que Là était mon Père; le suppliant, pour qu'il ne m'abandonnât jamais. A ce moment , mon père était absent! ; peut-être mort; et moi , me sentant comme ayant un abri contre tout ce qui pourrait survenir. — Mes délices à demeurer assise au milieu des champs avec les poésies de Thompson ; le troupeau , les agneaux tout alentour ; ou à boire la sève des bouleaux , ou à ramasser de petits cailloux de toutes couleurs sur la plage. Retour à la maison. Les fileuses, — des filles de la secte des méthodistes. Le chant incessant de
* Pendant un des voyages de M. Bayley en Angleterre.
leur cantique : Ne suis-je donc née que pour mourir? me fit une profonde impression. Pourtant , une fois maîtresse de moi-même, mon intention était de me faire Quakeresse, parce qu'elles ont des chapeaux si simples et si jolis ! Excellente raison l »
« Seize ans. — Contrariétés dans la famille. Impossible de deviner pourquoi, tandis que je parlais à des parents d'une façon aimable , eux ne voulaient pas me parler. Impossible même de deviner comment un être en ce monde pouvait être en inimitié avec un autre être. — Folie, chagrins, roman, misérables amitiés. Mais tout devait tourner à bien, et à me faire comprendre, en y réfléchissant, combien il est absurde d'aimer ainsi quelque chose en ce monde. »
a Dix-huit ans. — Beaux rêves d'une petite maison à la campagne, pour y réunir tous les enfants d'alentour et leur enseigner leurs prières , et les tenir bien propres, et leur apprendre à être bons. — Désir passionné qu'il pût y avoir en Amérique des endroits comme dans les romans que je lisais, où l'on pourrait vivre retiré du monde , et prier, et être toujours bon. Pensé très souvent à courir au loin, même au delà des mers, sous un déguisement, travaillant pour vivre, afin de découvrir de tels endroits, s'il en existait. — Mes étonnements de voir les gens attacher tant d'importance à la toilette, au monde, etc. Mille réflexions après m'être trouvée dehors, à la promenade, ou ailleurs, me demandant pourquoi je ne pouvais y dire mes prières, et y avoir d'aussi
bonnes pensées que si j'avais été à la maison. Désir de raisonner philosophie, et de donner sa place à chaque chose; incapable cependant de faire ni l'un ni l'autre. Préféré rester dans ma chambre à tous les amusements au dehors. Hélas! hélas! hélas! des larmes de sang! Mon Dieu ! Horrible démenti à toutes ces bonnes promesses faites avec la plus téméraire présomption. « Dieu m'avait créée. Je me « trouvais très malheureuse. Dieu était trop bon pour « condamner une si pauvre créature, faite de pous- « sière, et poussée par le chagrin. » — Tel était mon misérable raisonnement. Laudanum. Actions de grâces, louanges à Dieu, inexprimable joie, pour n'avoir pas commis cet acte horrible ! Mille promesses d'une éternelle gratitude \. »
« A l'âge de vingt-six ans , ma maison à moi. — Le monde et la piété en même temps ! tout à fait impossible! — « Mon Dieu! si je jouis de ceci, je vous perds. » — Et cependant, je n'avais pas encore le vr$i sentiment de ce que j'aurais perdu ; c'était plutôt la
i C'est ici la première et la seule fois qu'Eiizabeth Seton ait fait allusion à cette tentation de désespoir. On chercherait en vain dans ses autres écrits une trace de la lutte qu'elle eut à subir jusqu'au moment où triompha la grâce. Les quelques mots qui font revivre ce souvenir, très incomplets pour nous, sont cependant loin d'être indifférents; c'est pourquoi nous trouvant dans l'impuissance d'y ajouter quoi que ce soit, nous les donnons en entier dans le texte original.— « Alas , alas, alas, tears ofblood. M y God ! horrid subversion of every good promise in the boldest presumption. God nad created me. I was very misérable. He was too good to condemn so poor a créature made of dust — driven by misery ( Ihis the wretched reasoning). Laudanum. The praise and thanks of excessive joy not to hâve done the horrid deed. The thousand promises of cternal gratitude. »
peur de l'enfer et la crainte d'être privée du ciel. — Annina offerte à Dieu mille fois; offerte, tandis qu'elle était encore dans son innocence; j'avais si peur que, vivant, elle ne vînt à se perdre. Mon cœur s'élevant à Dieu pour lui dire de prendre ce qu'il lui plairait; de prendre tout, s'il lui plaisait; seulement, qu'il ne me laissât pas, Lui , le perdre ! — L'association des pauvres veuves. — Gratitude dans le perpétuel contraste de toutes mes bénédictions et de la misère que je voyais ; les remettant, elles toutes cependant, prête à y renoncer, entre les mains de Dieu. — Mes soirées seule à écrire. — La Bible, les psaumes. — Brûlants désirs vers le ciel, offrant à Dieu continuellement ma ravissante Anna, William et Richard, Catherine et la petite Rebecca, dès le moment de leur entrée en ce monde. La crainte de leur perte éternelle, mon souci dominant; laissant loin toutes les peines et aussi toutes les joies d'une mère. — Les Te Deum au milieu de la nuit, quand ils se réveillaient, et que j'étais à les bercer. — L'union de mon âme avec Rebecca , Harriet et Cecilia. — Ma confiance en Dieu, dans la multiplicité de nos peines et de nos épreuves. »
« Vingt- neuf ans. — Foi en notre voyage de Livourne. Persuasion que tout devait tourner à notre bien. Joie lorsque j'emballai tout ce qui avait une valeur, pour être vendu. Jouissance dans l'adieu donné à chacun de ces objets qui allait cesser d'être mien. Mille secrètes espérances en Dieu d'une entière séparation d'avec le monde. — Baisers à la petite croix d'or que mon père m'avait donnée pour la
chaîne de ma montre. Pensées d'union à cette croix , et résolutions tandis que je la baisais ccmme l'étendard de mon maître et de mon capitaine que j'étais appelée à suivre vaillamment. Quatre heures ont sonné. — Pensées dans les nuages. — Mon cœur tout illuminé à l'approche du soleil levant. — Les Te Deum. — Pleurs de Rebecca se mêlant à mes pleurs devant notre tableau du Calvaire. Nos prières au milieu de la nuit. Cantiques au lever du jour, et larmes silencieuses versées dans le désir de la véritable vie. — Départ. — J'étais si remplie d'espérance en Dieu et d'aspiration vers la céleste demeure ! — En mer. — Liberté et joie de l'âme parmi toute peine et chagrin. Te Deum sur le pont du vaisseau. Regards vers le ciel et les astres.
« Rêve dans la baie de Gibraltar : les anges debout sur la colline verte, qui m'encourageaient à gravir les montagnes sombres , escarpées.
« Les cloches de Y Ave Maria comme nous entrions au port de Livourne, à l'heure du soleil couchant. — Entière confiance en Dieu. — La première question d'Annina dans le lazaret, pendant que son cher papa commençait à s'endormir: « Maman, Dieu n'est- il pas avec nous ici? » Et joignant ses bras autour de mon col : — « Maman , si papa meurt , est-ce que Dieu ne prendra pas soin de nous? » — Sa joie à lire avec nous nos psaumes et le Nouveau Testament. Ses terreurs pendant qu'elle rêvait qu'elle voyait quelqu'un qui la poignardait. S'éveillant dans mes bras, elle me dit : « Ce sera comme cela pour moi , lorsque je mourrai ; je me réveillerai de toutes mes terreurs pour me voir entre les bras de Dieu. » — L'effroi de
son cœur, serré contre le mien; ses sanglots pendant que nous étions agenouillées, dans les bras Tune de l'autre, près du lit de mort de son père. — Mes ferventes prières pour lui après son départ. — Notre première nuit de repos seules à Livourne; nos prières et notre espérance en Dieu. La tendresse des Filicchi pour elle avec ses façons si douces et charmantes. Son petit cœur si pieux se laissant voir en chaque chose. Sa passion pour visiter les églises. Ses questions pour savoir s'il y avait des catholiques dans notre New- York , et si nous ne serions pas catholiques.
« Ma première visite à l'église de la sainte Vierge Marie du Mont-Nero, à Livourne. — Si la divine Eucharistie n'avait été qu'un morceau de pain, comment auraient -ils pu, eux pour qui II était mort, boire et manger leur propre condamnation, ainsi qu'il est dit dans le texte protestant ?
« Tandis que le saint Sacrement passait, porté dans la rue, l'angoisse de mon cœur à cette pensée : « Je suis donc la seule qu'il ne bénisse pas!» Et le jour, entre autres, où il a passé sous ma fenêtre, tandis que, prosternée à terre, je tournais mes regards en haut, vers la sainte Vierge, faisant appel à elle, parce qu'étant la mère de Dieu , elle devait avoir pitié de moi, et m'obtenir la foi bénie de ces précieuses âmes que je voyais autour de moi. Et quand je me relevai , après tant de soupirs et de larmes, le petit livre de prières que Mme Amabilia avait donné à Annina se trouva ouvert sous mes yeux , à l'endroit de la prière de saint Bernard à la sainte Vierge , Mémorare, avec quelle ferveur je la récitai ! — Tant de
réflexions sur le bonheur de ceux qui possédaient cette foi bénie en Jésus , encore présent avec eux sur la terre. Je me disais : Avec quelle joie n'accepteraisje pas toutes les misères de cette vie , si je possédais cette céleste consolation de parler cœur à cœur avec Lui dans son tabernacle, et si j'avais cette certitude de le trouver dans ses églises! — Mon profond respect et amour pour MmeFilicchi, lorsque, revenant de la communion, elle rentrait à la maison. — Sentiments de crainte et de vénération pendant la messe dite par Nicola Barigazzi dans la chapelle privée. Sentiments encore aussi vifs, lorsqu'il vint nous visiter dans notre chambre (Annina étant malade), revêtu de ses ornements de cérémonie , après le mariage de son frère et de sa sœur.
« Les célestes paroles et enseignements d'Antonio Filicchi , quand il m'apprit à faire le signe de la croix , et me fit comprendre dans quel esprit je devais le faire. Son Amabilia m'apprenant pourquoi elle y avait recours en faisant cette prière : Ne nous laissez pas succomber à la tentation; et pourquoi Giannina i le faisait lorsqu'elle se sentait mal disposée à obéir à ce que sa mère lui ordonnait. — Mystères nouveaux, délicieux pour moi. — Vif désir de prendre l'eau bénite, et crainte de la profaner. Première visite à l'église de l'Annunziata de Florence. Oh! mon Dieu! il n'y a que vous qui puissiez savoir!...
« La douce tendresse d'Annina; ses prières; son enchantement de se trouver seule avec moi. Mille et
i Giannina , la fille aînée d; Amabilia Filicchi ; mariée, plus tard, à M. Bc-rghini t de Livourne.
mille pensées pour notre Dieu , notre Père , le Père de mes chéris restés là-bas, si loin, si loin. — Premières impressions en lisant la Vie dévote de saint François de Sales. — Son chapitre sur les veuves. Mes délices en le lisant (je m'agenouillais à chaque page) , ce livre, et un autre livre intitulé : L'Infaillibilité de l'autorité dans l'Eglise catholique.
« Les dernières paroles de Filippo Filicchi : « Nous nous retrouverons au jour du jugement. » Mon cœur si résolu en son dessein de s'efforcer de faire la volonté de Dieu. — Dernière messe à Livourne, à quatre heures du matin. Tout mon être absorbé dans un sentiment inexprimable de respect et d'émotion ; tandis qu'agenouillée dans le petit confessionnal, je ne m'apercevais pas que le bon religieux était là, qui m'attendait et prêtait l'oreille; et il sortit, et il s'en fut près de Mme Filicchi , pour lui demander pourquoi je ne commençais pas. — Le lever du soleil sur le balcon de Mme Filicchi , pendant que je lui disais adieu. Les baisers à son petit ange Giorgino et à ses autres enfants bien -aimés. Oh! notre Seigneur et notre Dieu !
« Coucher du soleil sur l'île d'Iviça. Pensées de l'enfer comme d'un immense océan de feu, l'angoisse succédant à l'angoisse, comme sur la mer, les vagues aux vagues sans fin. »
« New-York, 4 juin 1804. — Ici, que de souvenirs ! Rebecca, ma chère Rebecca , mourante; attendant, comme elle le disait, « d'avoir sa sœur pour mourir. » Plus de demeure pour moi maintenant; mais je retrouve tous mes enfants chéris. Le ciel pur
là-haut, et Dieu ici; et dans mon cœur, plus forte que jamais, la confiance que tout tournera pour notre bien. Je me suis vue, à ce moment de ma vie, ayant plein droit, moi et mes chers petits, à toutes les promesses données à la veuve et à Yorphetin; et chaque heure et chaque jour qui s'est écoulé depuis, a confirmé cette confiance, cette joyeuse confiance en notre Dieu , notre tout !
« Mille pages maintenant ne sauraient dire les douces heures passées avec ma Rebecca, prête pour son départ. — Mon étonnement du peu de mots que je pouvais offrir à son attention sur la vraie foi et le service de Dieu, tant elle était faible, épuisée. Elle me disait et répétait seulement : Votre peuple est mon peuple; et votre Dieu , mon Dieui. Mon bonheur, chaque jour, de voir son empressement pour lire ensemble notre messe spirituelle , jusqu'au dimanche matin, où nous dîmes notre dernier Te Deum, les yeux fixés vers les brillants nuages tout empourprés des rayons du matin. Et ses tendres actions de grâces de ce que nous nous étions connues et aimées Tune l'autre d'une si intime amitié ici-bas, pour être unies , un moment après , dans notre chère éternité! — La joie la plus pure, alors que je la vis délivrée des mille peines et épreuves à travers lesquelles j'avais à passer. Pas une de ces peines, pas une de ces épreuves, qu'elle n'eût faite toute sienne!
«Maintenant, mon entrée dans notre chère, humble, petite demeure avec mes chéris. Leur tendre tendresse pour leur chère mère. Mon Annina , mon
1 Ruth , ch. i, v. 16.
William, mon Richard, ma Kitt, ma douce petite Becc. A cette heure encore , avec quel ravissement je me reporte en arrière, vers ces heures de tendresse passées autour de notre feu, ou de notre petite table, ou au piano. — Nos histoires de chaque soirée ; les airs chantés avec entrain après les leçons et le travail de la journée. Leurs mille gentillesses pendant que chacun d'eux voulait aider cette chère maman. Notre premier : Je vous salue, Marie, dans la petite chambre , à la prière du soir, quand Anna disait : « Oh! maman, laissez-nous dire: Je vous salue, Marie 1 — Je vous en prie , maman ! dit aussi le petit William ; » et tous , nous dîmes : Je vous salue, Marie. Et la petite Becc regardait mon visage, comme pour saisir les mots; et elle ne pouvait les prononcer que d'une façon qui les aurait tous fait rire , si les larmes de la mère n'avaient fixé leur attention. — Souvenir des mille prières , des larmes, des gémissements de l'âme hésitante, qui se succédèrent jusqu'au mercredi 14 mars 1805, jour où j'entrai dans l'arche du Seigneur, moi avec mes bien-aimés.
« Maintenant, les souvenirs se pressent en foule, à partir du jour de ma première communion , dans l'église de Dieu, 25 mars. — Les heures comptées une à une. Ma veille pendant cette nuit, et ce cœur palpitant, dans l'attente du suprême bonheur, désiré si longtemps. Mystère, bénédiction , délices célestes. Point de paroles pour l'exprimer! — Foi brûlante. Attente de la première aube, dans l'intervalle d' assoupissements interrompus. Et cet instant, quand enfin j'ai vu le premier rayon du soleil sur la croix du clo-
cher de Saint-Pierre, éclairé d'un tel éclat, qu'il semblait être l'éclat du matin éternel. Chaque pas compté dans cette distance de deux milles ; me sentant indigne de passer cette rue... et la porte de l'église..., enfin, d'approcher de l'autel... L'espérance vivante en moi, que puisqu'il avait déjà tout fait pour une si pauvre créature, encore voudrait- il l'admettre à être à lui pour jamais. Mon retour, tandis que je marchais avec mon trésor dans le cœur. Premiers baisers et bénédictions donnés à mes chéris, moi qui apportais un tel Maître dans notre petite demeure.— Maintenant, ce cœur tranquille, satisfait, dans les mille rencontres où la croix , cordialement embrassée, est venue s'offrir. En même temps, si attentive à conserver la paix avec tous. Ici , les plus douloureux souvenirs. Toutefois, je les conserve avec gratitude ; l'ordre de la grâce est si manifeste à travers tout. »
« 1808, — Les derniers sons des cloches à New- York pendant que notre vaisseau s'éloignait du quai , faisant voile pour Baltimore. — De chers amis laissés derrière nous. Mais je suis, pour les plus chers d'entre eux, un sujet de peine, d'humiliation. — Arrivée à Baltimore , à la porte de la chapelle de Sainte-Marie. Les sons de l'orgue, le Kyrie eleison. Imposantes cérémonies vues pour la première fois. Catherine et Rebecca , si accoutumées à se voir dans mes bras à l'église (celle de New-York), se suspendant toutes les deux après leur mère, muettes d'admiration et de surprise. Et pendant ce jour de fête (du Corpus Chris ti) , jour de merveilles pour nous, les regards
d'Annina remplis de surprise et de bonheur ; et notre consécration à Marie.
« Premières charités de M. du Bourg et de son excellente sœur, envers l'étrangère et les orphelins. — Mes bons, charmants, excellents garçons à Georgetown , revenus dans les bras de leur mère , après deux années de séparation. Ahî laissez-les se réjouir, les enfants de la prospérité; ils ne sauraient seulement avoir une idée de la moindre de nos joies, à nous qui ne possédons rien ; rien que ce que nous trouvons en nous réciproquement, les uns dans les autres ! — La première réunion de mes cinq enfants dans notre belle petite maison , si proche de la chapelle , pour notre messe de tous les jours. -— Depuis ce moment, la roue tourne , tourne toujours, et elle ramène de nouvelles bénédictions. Mais combien peu je m'améliore ; et souvent , combien je m'égare ! — Plus tard , le dessein du bon M. Gooper d'avoir une école pour de pauvres enfants. L'activité, l'effort incessant de M. du Bourg pour que ce désir pût avoir son accomplissement. Notre bénie Ceciliai nous est envoyée, puis Maria2; puis après elles, notre chère Suzanne3, et la petite Mary-Ann 4 ; et après, notre Gecilia de New- York 5 avec la bien-aimée Harriet pour la soigner. Leurs premières impressions et plaisirs. Quel ravissement pour leur pauvre sœur ! Notre départ pour la montagne. — Notre bon, excellent ami M. Weise. —
i Gecilia O'Conway.
2 Maria Murphy.
3 Suzan Clossy.
* Mary Ann Butler.
5 Gecilia Seton.
La bonne hospitalité de M. Dubois. Cette pure et innocente Ellen ; la chère Sally , l'excellente Mme Thompson... Les bois, les rochers, les promenades. Le désir d'Harriet, désir plein d'anxiété, d'assister à la messe, et à l'adoration du soir. — Notre visite à l'église, à onze heures du soir ; la brillante clarté de la pleine lune dans la nuit de sainte Marie-Madeleine.— La soirée où je courus à la rencontre d'Annina , de Catherine et Rebecca. Ah ! quels doux souvenirs! Et puis, quand William et Richard arrivèrent avec la sœur Rose , Kitty, Cecilia , Maria , Suzanne Mary !
« Un millier de peines ; un millier, millier de joies. L'ordre de la grâce.
« Mon William, après avoir reçu l'extrême- onction, si bien préparé pour la mort. Son calme, son silence au milieu du délire de la fièvre , lorsque sa tante Harriet et sa mère disaient les litanies pour lui. — Première communion d'Harriet, 24 septembre.— Sa dernière communion , 18 décembre 1809. « Tout amour, toute paix! disait- elle... Écoutez les battements de son cœur, au jardin de Gethsémani ; voyez comme ils le flagellent! Oh! mon Jésus, je souffre avec vous! N'allez-vous pas l'amener vers moi? — Mon Jésus , vous savez que je crois en vous , que j'espère en vous , que je vous aime ! »
« La douce mort de Cecilia, le 29 avril 1810. Ses funérailles. — Fleurs sauvages cueillies par les enfants. »
« Anniversaire de saint Vincent, 1811.— A-Kempis. — Psaume 118, au chœur. »
« Le soir, avant la mort d'Annina, lorsqu'elle chantait: Quand les puissances de l'enfer m'environnaient, etc..
« Et ces mots qu'elle répéta toute la nuit : Jésus , Jésus, Jésus!
« Le dernier serrement de sa main ; et ses regards vers le ciel, lorsqu'on lui demanda si elle n'était pas reconnaissante de toute la bonté de Notre-Seigneur envers elle.
« Rose à peine éclose, et déjà cueillie, Calice entr'ouvert, parfum, douce fleur!
Tu ne connais plus larmes ni douleur.
Dans l'immortalité tu vis épanouie. »>
Ici s'arrêtent les notes inachevées du manuscrit cTElizabeth.