DU TOME SECOND
(Voir page 148.)
A ces règles communes à toutes les Filles de la Charité, saint Vincent de Paul a ajouté des règles particulières pour les Sœurs des paroisses , les maîtresses d'école , les Sœurs des villages , et les Sœurs des Hôtels- Dieu et hôpitaux.
Le règlement des Sœurs des paroisses leur recommande particulièrement le désintéressement et l'humilité. « Elles se donneront bien de garde de penser, dit saint Vincent, que les pauvres leur soient obligés pour les services qu'elles leur rendent. Mais, au contraire, elles doivent se persuader qu'elles leur sont fort redevables; puisque pour une petite aumône qu'elles leur font d'un peu de leurs soins, elles se font des amis qui ont droit de leur donner un jour l'entrée dans le ciel; et même dès cette vie, elles reçoivent à leur sujet plus d'honneur et de vrai contentement qu'elles n'eussent jamais osé espérer dans le monde: de quoi elles ne doivent
pas abuser, mais entrer en confusion dans la vue de leur indignité. »>
Le règlement de la maîtresse d'école s'occupe surtout de l'instruction chrétienne des enfants , et des soins que la maîtresse devra prendre pour former leurs mœurs ; l'intruction qu'elle pourra leur donner au point de vue des connaissances humaines n'est cependant pas mise en oubli. On lui recommande, à elle aussi, de n'admettre les enfants des riches qu'en cas de nécessité; par exemple, s'il n'y avait pas d'autres maîtresses d'école. Mais, dans ee cas même , la maîtresse fera en sorte que les pauvres soient toujours préférés aux riches , et ne soient l'objet d'aucun mépris.
Les Sœurs de village, au nombre de deux, ordinairement plus isolées que les autres, se doivent entr'aimer et entr'aider davantage. Leurs fonctions sont multiples. Là où se trouve une confrérie de la charité, elles rentrent sur ce point dans la catégorie des Sœurs des paroisses. Elles aussi font l'école; mais l'école individuelle, nomade en quelque sorte; car elles instruisent les petites mendiantes à leur passage; elles vont chercher les bergères aux champs, et leur font la leçon pendant qu'elles sont occupées à la garde de leurs troupeaux ou qu'elles les ramènent à l'étable.
Les Sœurs des hôpitaux et Hôtels-Dieu dépendent, pour le spirituel, du supérieur général de la Mission; pour le temporel, des administrateurs. Elles s'occupent uniquement de leur service. Elles sont nourries et entretenues aux dépens de l'hôpital. Malades ou caduques, elles demeurent, quand même, comme filles de la maison ; mortes, elles sont ensevelies en leur manière ordinaire. Elles ne doivent compte de leur service qu'aux administrateurs. La Sœur servante * tient note des entrées et des
i Sœur Servante , voir t. II , page 134.
sorties; c'est elle qui distribue les offices aux Sœurs. Si la communauté est chargée d'entretenir l'hôpital, elle rend compte aux administrateurs toutes les fois qu'elle en est requise. En général , les Sœurs hospitalières doivent faire concorder leurs règles communes , et emplois de la journée, avec le service corporel et spirituel des malades, post-posant tout, néanmoins, à celui-ci. Du reste, chacune a son emploi et par conséquent ses règles particulières: la Sœur servante ou supérieure, les Sœurs chargées de recevoir ou de coucher les malades, ou de donner le pain ou le vin , de servir les débiles, ou d'avoir soin de la vaisselle; les Sœurs veilleuses, les buandières, les Sœurs chargées des habits des morts, les ensevelisseuses. A chacune, outre des règles de conduite, en quelque sorte matérielles, saint Vincent de Paul a donné des avis chrétiens pour surnaluraliser son emploi. Ainsi , l'ensevelisseuse doit se souvenir de l'humilité de Notre-Seigneur, qui a voulu être enseveli lui-même ; la panetière, de la Providence, qui nourrit les hommes, et de la multiplication des pains; la veilleuse, des veilles de Notre-Seigneur au jardin des Oliviers l;
1 Voir Saint Vincent de Paul, sa vie, son temps, ses œuvres, par M. l'abbé Maynard. Paris, 1860.
(Voir page 195.]