‹ Elizabeth Seton et les commencements de l'église catholique aux Etats-UnisChapitre 212 sur 226 · DES FILLES DE LA CHARINÉ · texte numérisé non relu

DES FILLES DE LA CHARINÉ

« La confrérie de la Charité des servantes des pauvres... est composée de filles et de veuves, lesquelles éliront une supérieure d'entre elles , de trois ans en trois ans , à la pluralité des voix, le lendemain de la Pentecôte, en la présence du supérieur général de la Mission , ou d'un prêtre de ladite Mission , qui sera député de sa part pour leur direction ; laquelle pourra être continuée pour trois autres années seulement. Elles éliront, de plus, trois autres ofûcières, tous les ans à pareil jour, dont l'une sera assistante; l'autre, trésorière; et l'autre, dépensière u

« La supérieure aura la direction de ladite confrérie avec le supérieur général , ou celui qui sera député de sa part ; elle sera comme l'âme qui animera le corps ; fera observer le présent règlement; recevra en ladite confrérie celles qu'elle trouvera à propos , de l'avis dudit directeur et de celui des autres olïîcières; les dressera en tout ce qui regarde leurs emplois , mais particulièrement en la pratique des vertus chrétiennes et propres à leur état; les instruisant plutôt par son exemple que par ses paroles ; les enverra, retiendra, rappellera, et emploiera en tout ce qui regarde la fin de ladite confrérie; non seulement en la paroisse où ladite sera établie, mais encore en tous les lieux où elle les enverra. Le tout de l'avis du directeur.

* Dépensière y c'est le nom qu'au temps de saint Vincent de Paul on donnait à l'Économe.

« La seconde officière sera assistante de ladite supérieure , lui servira de conseil, et la représentera en son absence ; et toutes lui obéiront comme à la supérieure en l'absence d'icelle.

« La troisième servira de trésorière , fera la recette , et gardera l'argent dans un coffre à deux serrures différentes, dont la supérieure aura la clef, et elle l'autre; excepté qu'elle pourra tenir entre ses mains la somme de cent livres," pour fournir au courant de la dépense; et rendra compte , tous les mois, à la supérieure; et tous les ans , au directeur, en la présence de toutes les offîcières. Elle représentera aussi la supérieure et l'assistante, en leur absence , et leur servira de conseil.

« La quatrième fera la dépense, et pourvoira aux nécessités communes de la compagnie ; rendra compte toutes les semaines à la supérieure ; représentera la même supérieure , en l'absence d'icelle et des autres offîcières , et leur servira pareillement de conseil.

« Tant les filles que les veuves de ladite confrérie seront soumises et obéiront à ladite supérieure; et, en son absence, aux autres offîcières et à toutes celles qui seront députées de sa part; se représentant qu'elles obéissent à Dieu en leurs personnes ; et exécuteront volontiers et ponctuellement le présent règlement et les louables coutumes de leur institut, soit dans les paroisses où elles seront établies, soit ailleurs, où elles seront envoyées. Elles rendront aussi obéissance , en ce qui regarde leur conduite, audit directeur et supérieur.

« Celles qui désireront être reçues en ladite compagnie , se présenteront à ladite supérieure; laquelle, après avoir éprouvé leur vocation et conféré avec le directeur, et de l'avis des autres offîcières, les recevra, les dressera en leurs fonctions quelque temps; et puis après, selon qu'elle les jugera capables , elle les emploiera aux exercices que nous avons dits. »

NOTE 13 (Voir page 218.)

» Dans la visite que j'ai faite d'une partie de mon diocèse, j'ai parcouru trois mille milles, ou mille lieues, à pied, parce que je ne pouvais pas faire la dépense nécessaire pour me faire accompagner. » Lettre de M. Dubois , 16 mars 1830 *. Et plus loin, il dit encore: « Obligé de remplir tout à la fois les fonctions d'évêque, de curé, de catéchiste, si je m'absentais pendant quelques jours de mon troupeau de la ville, c'était pour courir après mes brebis dispersées dans mon immense diocèse. Mille lieues à parcourir pour les visiter, étaient le seul délassement que j'avais pour me soulager des fatigues du confessionnal , et de l'administration journalière de mes pauvres malades. Mais, hélas I les fatigues du corps n'étaient rien en comparaison des angoisses d'esprit que j'éprouvais à la vue de cette quantité innombrable d'âmes abandonnées que je trouvais sur mon passage , et à qui je ne pouvais répondre que par mes larmes. »>

En 1826, lorsque M. Dubois avait été appelé par le saint-siège à conduire l'Église de New-York, on évaluait à cent cinquante mille, au moins, le nombre des catholiques répandus dans tout le diocèse. La seule ville de New-York en comptait plus de trente-cinq mille. Chaque année l'émigration irlandaise en augmentait le nombre de plusieurs milliers. A New- York seulement , dix mille catholiques irlandais étaient arrivés de l'année 1814 à l'année 1817. M. Dubois, seul avec six prêtres, avait à pourvoir aux besoins spirituels de cette multitude d'âmes.

i Voir Annales de l'Association de la propagation de la foi , n« XXI, année 1830.

Pendant deux ans et plus, il parcourut son diocèse en tout sens, avec la double fonction de missionnaire et d'évêque. Le territoire sur lequel sa juridiction s'étendait, de l'océan Atlantique au lac Érié; de la baie de la Delaware au fleuve Saint-Laurent, comprenait un espace aussi grand que la France et l'Espagne réunies. Ce fut après être revenu de cette course laborieuse, qu'il prit la résolution d'aller en France et en Italie, quêter des aumônes, et surtout des coopérateurs. 11 partit de New-Yorkenl829. Il était à Rome au mois de mars 1830, et à New- York, à la fin de la même année. « A force de solliciter nos frères d'Europe, écrivait -il alors, j ai réussi à multiplier le nombre de mes coopérateurs jusqu'au nombre de dixhuit; mais qu'est-ce que ce petit nombre pour tant de milliers d'âmes qui sont privées de secours? »> Des lettres de M. Dubois, en date du mois de mai 1833 et du mois de mars 1834 , nous apprennent qu'à cette époque le nombre des catholiques dans la ville de New-York atteignait le chiffre de cinquante mille , tandis que le nombre des catholiques dans tout le diocèse dépassait le chiffre de deux cent mille. L'évêque était alors assisté de dix prêtres pour la ville , et de quinze missionnaires pour le reste du diocèse l.

(Voir page 220.)

Quelques mots sur M. Brute de Remur, que nous retrouverons souvent près d'Elizabeth Seton dans les dix dernières années de sa vie. 11 n'avait pas encore sept ans

* Voir Annales de l'Association de la propagation de la foi , no XLII, année 1835.

lorsqu'il perdit son père. Sa mère, Jeanne-Renée le Saulnier de Vauhelle , l'éleva sous ses yeux avec un grand soin. C'était une personne d'une haute piété, d'une remarquable intelligence et d'une grande force de caractère. Aux plus mauvais jours de la révolution, le respect qu'elle avait su inspirer à tous , dans toutes les classes de la société, protégea sa vie; mais au sortir de cette crise, elle se trouva avec une fortune presque anéantie, et son fils dut songer à prendre une profession. Ce fut alors qu'il s'en vint à Paris, et qu'il se mit à suivre les cours de l'école de médecine, sous les célèbres professeurs Pinel, Esquirol, Fourcroy et Bichat. Ses études furent très brillantes. En 1803, il obtint le premier rang dans un concours de plus de onze cents élèves choisis parmi les meilleurs. Mais déjà une irrésistible vocation l'entraînait vers le saint ministère. Il refusa le poste éminent auquel ses succès venaient de lui donner droit, et il entra au séminaire de Saint-Sulpice. Sitôt qu'il eut été ordonné prêtre, en 1808, l'évêque de Rennes le demanda pour son diocèse, et lui donna dans son séminaire la charge de professeur de théologie. Dans le temps où M. Flaget, l'évêque nommé de Bardstown, cherchait à obtenir de la France quelques auxiliaires pour son immense diocèse, dépourvu de prêtres, M. Brute sentit se réveiller en lui le désir qu'il avait toujours eu de se dévouer aux missions. Ayant obtenu permission de son évèque, il vint s'offrir à M. Flaget, et s'embarqua avec lui pour l'Amérique.

(Voir page 280.)

Les sentiments que M. Brute de Remur devait aux traditions de sa famille , apparaissent pleinement dans les notes fort curieuses qu'il a laissées sur les scènes de terreur dont il avait été témoin à Rennes, pendant la révolution. Sa jeunesse le mettant à l'abri des soupçons, c'était lui qui allait aux informations en ces jours affreux; maintes fois il assista aux séances du tribunal révolutionnaire. Les documents qu'il a réunis ont pour titre : Some brie f notes of my recollections connected with the persécution in France, in 1793 , and the following years. Le digne neveu d'Elizabeth Seton, M. James Roosevelt Bayley, archevêque de Baltimore, les a publiés en y joignant une excellente notice sur la vie de M. Brute. Le livre de M. Bayley est intitulé : Memoirs of the right révérend Simon W. M. Gabriel Brute D. D. first bishop of Vincennes... New- York, 1861.

(Voir page 286.)

Evêque depuis plusieurs années, et investi de prérogatives immenses, John Garroll donna à la Compagnie de Jésus le témoignage d'un attachement filial, et de l'obéissance la plus humble. Après avoir rappelé plusieurs traits de sa vie, nous ne saurions taire celui-ci.

Les membres dispersés de la Compagnie de Jésus et le général de l'Ordre avaient trouvé asile en Russie. Pie VI,

qui les aimait , avait concouru à maintenir ce faible reste d'un corps signalé par de si grands services rendus à l'Église. Après lui , le pape Pie VII , par un bref rendu le 7 mars 1801 , venait de permettre l'établissement de la Compagnie en Russie. Sitôt qu'il eut connaissance de ce bref, John Carroll adressa au P. Gruber, général de son Ordre, résidant en Russie, la lettre qu'on va lire, et que signa également Léonard Neale , coadjuteur de Baltimore, évêque de Gortyne in partibus, autrefois membre de la Compagnie:

« Très Révérend Père en Jésus-Christ, ceux qui s'adressent à Votre Paternité étaient autrefois membres de la Compagnie de Jésus. Après sa malheureuse suppression en 1773, nous retournâmes dans notre patrie. Nous y travaillions avec nos confrères ; car depuis le jour où le christianisme pénétra dans ces contrées , les Jésuites sont les seuls prêtres catholiques qui aient veillé au salut des âmes 1,

« Lorsque, en 1785, les États-Unis furent entièrement séparés de la Grande-Bretagne, notre saint Père Pie VI, d'heureuse mémoire, jugea nécessaire d'enlever les fidèles de l'Amérique à l'autorité et à la juridiction du vicaire apostolique de l'Angleterre, et de les soumettre à un évêque spécial. 11 établit un nouveau siège à Baltimore, et accorda au prélat nommé par lui la juridiction sur l'immense territoire de cette république. Depuis ce jour, beaucoup de prêtres, tant séculiers que réguliers de différents Ordres, se sont répandus dans les nom-

1 On a vu que les prêtres de la Compagnie de Saint -Sulpice n'avaient paru aux États-Unis— dans le Maryland — qu'en 1791. Ils y avaient été demandés par M. Carroll lui-même, lors du voyage que ce prélat fit en Angleterre, en 1790, pour être sacré évêque de Baltimore. M. Nagot, envoyé à ce moment de Paris à Londres, y traita de cette affaire. Quant aux Sulpiciens établis au Canada, du temps de M. Olier, ils n'avaient point pénétré dans les contrées qui forment aujourd'hui l'Union américaine.

breuses provinces de l'Amérique , et cette dispersion , ainsi que nous avions le droit de l'espérer, a profité à l'accroissement de la véritable foi. Mais de la Compagnie de Jésus il ne reste à présent que treize prêtres. Ce sont des hommes, pour la plupart, affaiblis par l'âge et consumés par les travaux; ils résident principalement au Maryland et dans la Pennsylvanie, provinces dans lesquelles la religion catholique a été d'abord implantée et où elle est plus florissante que partout ailleurs.

« Par plusieurs lettres de nos frères , nous avons appris, avec la joie la plus vive, que la Compagnie a été sauvée , grâce à une sorte de miracle , et qu'elle existe sur le territoire de l'empereur de Russie. Nous savons que le Souverain Pontife la reconnaît, et que, par un bref, il a donné à Votre Paternité la faculté d'admettre de nouveau ceux qui appartiennent à la Compagnie. Presque tous nos anciens Pères sollicitent avec ardeur la grâce de renouveler les vœux qu'ils ont faits à Dieu dans l'Institut. Ils demandent à achever leur vie en son sein, et ils se proposent de consacrer leurs jours à rétablir ia Société, si la Providence le permet.

« Votre Paternité n'ignore pas quels efforts il faudra faire pour ne point ressuscite; un fantôme de l'ancienne Compagnie. Elle doit revivre, mais avec sa véritable forme, son gouvernement en toutes choses, et avec son véritable esprit. Pour atteindre ce résultat , il nous paraît essentiel que Votre Paternité choisisse parmi les membres de l'Ordre un Père doué d'une extrême prudence, versé dans les affaires, plein de l'esprit de saint Ignace et de ses Constitutions, afin qu'envoyé ici par vous, il dispose tout en votre nom et sous votre autorité. . .

. . . . On éviterait les dangers d'une longue navigation, si on trouvait en Angleterre ou ici quelqu'un de la Compagnie à qui on pût confier cette mission. Mais ,

ii. 14

pour dire la vérité , nous avons été si employés dans des ministères en dehors de l'Institut , nous sommes si peu expérimentés dans son gouvernement , le défaut de livres, de Constitutions et d'actes même des Congrégations générales est si flagrant, qu'on ne saurait rencontrer parmi nous, ni en Angleterre, de Jésuite doué d'assez de vigueur, de santé et des autres qualités nécessaires pour remplir ces fonctions. Il paraît donc qu'il serait opportun d'envoyer ici un des Pères qui sont auprès de vous. Il faut qu'il connaisse à fond vos intentions, qu'il soit assez prudent pour n'entreprendre rien précipitamment avant d'avoir étudié le gouvernement, les lois et l'esprit de cette république , aussi bien que les mœurs de son peuple.

« Les biens appartenant à la Compagnie ont presque tous été conservés ; ils suffisent à l'entretien de trente religieux. Après la destruction de l'Ordre, une partie de ces propriétés a été consacrée à l'établissement d'un collège assez vaste, où la jeunesse est instruite dans les belles-lettres. Lorsque Pie VI voulut donner un évêque à ce pays, et plus tard un coadjuteur avec droit de succession, il les choisit tous deux parmi les Pères de la Compagnie. Dans cette république, les prêtres, de quelque culte que ce soit, jouissent d'une égale liberté. Rien n'empêche les Réguliers de vivre selon leurs constitutions pourvu qu'ils obéissent aux lois civiles. Dans les contrats de tout genre néanmoins , il est bon de s'abstenir du nom de communauté. Tous les biens que possèdent les religieux sont censés appartenir aux individus; et si quelqu'un secoue le joug de la religion, il le fait en ce monde impunément , le bras séculier ne se prêtant en aucune façon à le réintégrer dans le devoir.

« Tels sont les vœux que nos confrères désirent qui vous soient exposés en leur nom. En le faisant, nous prions du fond de notre cœur la Majesté divine, afin que

de cette ouverture naisse l'espérance et un commencement d'exécution pour réédifier la Compagnie, et que Dieu vous accorde à vous la vie et les forces nécessaires à l'accomplissement d'une pareille œuvre *. »

sur quelques-uns des missionnaires et des premiers évêques

des états-unis, a partir de l 'année 1788

pour compléter l'histoire des commencements

de l'église catholique aux états-unis 2

Les dates et les faits qu'on a indiqués dans ces courtes Notices sont puisés à diverses sources , dont les principales sont : les lettres publiées dans les Annales de l'Association de la propagation de la foi, de 1822 à 1850; — L'Ami de la religion et du Roi ; — la collection des Précis historiques..., par Ed. Terwecoren , de la Compagnie de Jésus ; — Notices historiques sur quelques membres de la Société des Pères du Sacré-Cœur et de la Compagnie de Jésus, par le P. Achille Guidée; — Les Prêtres français émigrés aux États-Unis, par C. Moreau ; — Collection towards illustrating the biography of the scotch, english and irish members of the Society of Jésus, by the Rev. Dr Oliver, St-Nichoias priory Exeter. — Skelches of the life of the Rev. Félix deAndreis... with a sketch of the progress of the catholic religion in the U. S. — Baltimore, 1861â— A Brief Sketch of the history of the catholic Church on the island of New-York, by the Rev. J. R. Bayley.

Félix de Andreis, né en 1778, à Démonte, province de Cuneo, en Piémont. Prêtre de la Congrégation de la

i Voir Crétineau-Joly , Histoire religieuse, politique et littéraire de la Compagnie de Jésus.

2 Ces noms, si intéressants pour l'histoire de l'Eglise aux États-Unis, doivent avoir ici leurs places, bien qu'ils n'apparaissent pas dans la Vie d'Elizabeth Seton.

Mission , — lazariste. — Professeur de théologie dans la maison de Monte - Citorio, appartenant à son ordre à Rome; remarqué par son éloquence, sa science et sa piété, — on l'avait appelé, tout jeune qu'il était encore, un autre Jean Chrysos.tome. — Il obtint la permission de se dévouer aux missions dans les sauvages contrées du Missouri.

C'était au moment où M. du Bourg cherchait à Rome des auxiliaires pour l'aider dans sa tâche immense. La plus belle des conquêtes que fit alors le pieux évoque fut celle de Félix de Andreis et celle de Joseph Rosati. Tous les deux ont été les apôtres du Missouri. Tous les deux ont été, après M. du Bourg, les fondateurs du séminaire de Sainte-Marie des Barrens l, la première maison que leur congrégation ait eue à la Louisiane. Andreis mourut à Saint-Louis du Missouri, en 1820.

N. Aquaroni , l'un des prêtres de la Congrégation de la Mission qui renoncèrent à l'Italie leur patrie, et qui se joignirent, en 1816, à Félix de Andreis pour venir en aide à M. du Bourg. Deux prêtres séculiers natifs des environs de Gênes, N. Carretti et André Ferrari, quatre jeunes séminaristes et le Frère Blanca, de la Congrégation de la Mission, s'offrirent à l'évêque de la Louisiane, en même temps que N. Aquaroni, Rosati et Andreis. N. Aquaroni apporta les paroles de l'Évangile parmi les tribus indiennes des confins du Missouri , chez les Sioux, etc.

Etienne-Théodore Badin, né à Orléans en 1768, n'étant encore que diacre , faisait partie de la petite colonie envoyée en Amérique sous la conduite de M. Nagot; il

i Dans Perry-County, — Missouri, — à 15 milles de Sainte- Geneviève.

fut ordonné prêtre, à Baltimore, le 25 mai 1793. Il est le premier prêtre catholique qui ait été ordonné aux États- Unis. Ce fut M. Carroll qui lui imposa les mains, et qui, aussitôt après, le chargea de la mission du Kentucky. Véritable fondateur de cette mission , et apôtre de toute la contrée, M. Badin devint, en 1810, vicaire général de M. Flaget, dont le diocèse embrassait six États : le Kentucky, leTenessee, l'Ohio, le Michigan, l'Indiana et les Illinois.

Le même navire qui, parti de Saint- Malo en 1791, transporta en Amérique M. Nagot avec les auxiliaires qui l'accompagnaient, avait à son bord M. de Chateaubriand, alors âgé de vingt-deux ans. Théodore Badin était un de ces jeunes « séminaristes » sulpiciens dont l'auteur du Génie du Christianisme a écrit : « Ces compagnons de voyage m'auraient mieux convenu quatre ans plus tôt : de chrétien zélé que j'avais été , j'étais devenu un esprit fort , c'est-à-dire un esprit faible. » — Voir les Mémoires d'outre-tombe.

Antoine Blanc, missionnaire du diocèse de Lyon, un de ceux qui accompagnèrent M. du Bourg à son arrivée à la Louisiane en 1817. Il porta la parole de Dieu dans l'Indiana , puis chez les Natchez au bord du Mississipi. Dans Tannée 1822 , il eut la joie de se voir rejoindre par son frère , Jean-Baptiste Blanc , qui venait prendre part à ses travaux apostoliques. La mission de Nakitoches, dans la haute Louisiane, sur les confins du Mexique, a eu J.-B. Blanc pour fondateur.

En 1833, après la mort de N. de Nekere, Antoine Blanc fut élevé au siège épiscopal de la Nouvelle -Orléans. Il mourut en 1860.

N. Chabrat, du diocèse de Saint-Flour, et François-

Vincent Badin *, du diocèse d'Orléans; tous les deux, n'étant encore que diacres, quittèrent la France en 1810 , pour prendre part aux travaux de M. Flaget; ils l'accompagnèrent dans son diocèse du Kentucky, où ils furent ordonnés prêtres. M. Ghabrat devint, en 1835, coadjur leur de son évêque. M. Badin fut envoyé dans la mission du Michigan, auprès de M. Gabriel Richard, à qui il ferma les yeux, en 1832. Les sauvages tribus qui virent le plus souvent parmi elles ce zélé missionnaire , furent celles des Algonquins, des Ottawas, des Sioux, des Hurons, etc.

En 1847, M. Ghabrat, menacé d'une cécité complète, fut obligé de renoncer à ses fonctions de coadjuteur de Bardstown ; il revint en France, où il acheva ses jours. Son successeur comme coadjuteur, et ensuite comme évêque du diocèse, fut M. Spalding, né dans le Kentucky; qui, à l'époque où M. Flaget prit possession du siège épiscopal de Bardstown, était âgé de un an.

N. Giquard, de la Compagnie de Saint-Sulpice, fut envoyé en Amérique, par M. Émery, en 1792. Son apostolat s'exerça sur les confins de la Nouvelle-Angleterre, dans l'État du Maine et dans le Nouveau -Brunswick, parmi les pieux enfants de la tribu des Abénakis, si célèbres par leur foi et par l'es maux qu'ils endurèrent pour leur foi, sous la domination anglaise. M. Ciquard mourut à Montréal, en 1824. Après lui, ce fut M. de Cheverus qui eut soin de sa mission.

Jean -Antoine Elet, de la Compagnie de Jésus, né dans la province d'Anvers en 1802. A l'âge de dix-neuf

1 François -Vincent Badin était frère de Théodore Badin, l'apôtre du Kentuchy.

ans, il prit la courageuse résolution de quitter sa patrie pour se consacrer aux missions, dans l'Amérique du Nord. Il a été l'un des fondateurs du collège Saint -Louis du Missouri, et de l'école libre de Cincinnati dans l'Ohio, djoù il fut envoyé à Louisville dans le Kentucky. C'est là qu'il mourut, en 1850, ayant vécu dans les missions de l'Ouest près de quarante années. Un de ses frères, Charles-Louis Elet, de la Compagnie de Jésus comme lui, était venu prendre part à ses travaux, dans l'année 1848. Il eut la douleur de le perdre, — âgé senlement de trente-sept ans , — un an à peine après son arrivée dans le Kentucky.

André Jacques Émery, neuvième supérieur du Séminaire et de la Compagnie de Saint-Sulpice , digne en tout de succéder aux Tronson et aux Olier. Bien qu'il n'ait jamais vu la terre d'Amérique, nul n'y a été plus présent par la pensée , et par l'impulsion donnée à la grande œuvre d'y propager la vraie foi. C'est à lui que M. Carroll a dû ses premiers coopérateurs, les prêtres Sulpiciens envoyés aux États-Unis à partir de l'année 1791. Ce grand serviteur de Dieu naquit à Gex, en 1732; son père était lieutenant criminel au bailliage de cette ville. Ordonné prêtre en 1756, il gouverna la Compagnie de Saint-Sulpice de l'année 1782 à l'année 1811 , qui fut celle de sa mort. Sa vie a été écrite par les soins des prêtres de la compagnie : il faut la lire en entier.

Johtc England, missionnaire irlandais, premier évêque de Charlestown , fondateur de la mission des deux Carolines et de la Géorgie. En 1820, à son arrivée dans la Caroline du Sud, il ne trouva qu'une seule église et deux prêtres. La Géorgie ne possédait alors que trois églises et un seul prêtre. La Caroline du Nord n'avait 11 i prêtre ni église.

Benoît Fenwick, de la Compagnie de Jésus, né en 1782, dans le Maryland, d'une ancienne famille catholique. 11 fut élevé au collège des Jésuites, à Georgetown, avec deux de ses frères , qui entrèrent dans la Compagnie de Jésus, ainsi que lui. En 1824, un ordre du pape Léon Xll l'enleva à la présidence du collège de Georgetown , pour le placer sur le siège épiscopal de Boston , où il succéda à M. de Cheverus. Les Sauvages de Penobscot et de Passamoquoddy ont vu souvent l'infatigable évêque traversant à pied des plaines immenses, gravissant les montagnes, ramant sur les lacs et les rivières, couchant la nuit dans les bois , pour porter des secours aux brebis dispersées de son troupeau , et pour jeter les fondements de nouvelles églises. M. Fenwick mourut à Boston, en 1847.

Edouard Fenwick, religieux dominicain, né en 1766, au Maryland, d'une famille d'origine anglaise. Envoyé en Europe pour son éducation, et placé au collège de Bornheim , — près d'Anvers , — que dirigeaient des Dominicains anglais , il s'attacha à ces religieux et prit l'habit de leur ordre. Lors de l'invasion des Pays-Bas par les troupes de la république française, Borheim eut tout à souffrir. Le P. Fenwick, échappé à mille dangers, se réfugia en Angleterre. Ce fut de là que, en 1804, il se rendit en Amérique, pressé du désir d'étendre le royaume de Dieu en son pays natal. M. Carroll l'envoya dans le Kentucky, en 1806. Il y fonda de son patrimoine le couvent de Sainte-Rose, près de Springfield, à douze milles de Bardstown, où la plupart des Dominicains anglais de Bornheim : les PP. Wilson, Tuite, etc., le rejoignirent. Quelques années plus tard , une bulle arrivée de Rome institua le P. Fenwick provincial de l'Ordre pour toute l'Amérique du Nord; mais il ne put se résoudre à accepter cette dignité; il obtint qu'elle fût remise au

P. Wilson. En 1810, il commença à parcourir les forêts de l'Ohio, menant la vie de missionnaire; ce qui lui a mérité le nom d'apôtre de l'Ohio. Cincinnati ayant été érigé en évêché en 1824 , il en fut nommé ëvêque. En 1835, comme il visitait la partie de son diocèse qui avoisine le lac Supérieur, il assista des malades atteints du choléra, prit le germe de la maladie, et succomba en quelques heures.

André Ferrari, prêtre, né en 1791 , à Port-Maurice, État de Gênes, mourut en 1821, « à Louisville, près des chutes de l'Ohio , d'une maladie épidémique qu'il avait contractée en servant les malades, le jour et la nuit. Sa vie avait été édifiante, et sa mort fut celle d'un saint. Vivre pour procurer la gloire de Dieu , ou mourir pour faire sa sainte volonté, était son unique désir. » Lettre de M. du Bourg, 15 novembre 1821.

Dimitri Galitzin, — prince Galitzin, — né en Russie, de parents catholiques. Venu en Amérique vers l'année 1793, sans autre intention que celle de voyager, il entra au séminaire de Baltimore, nouvellement ouvert par les Sulpiciens, et s'agrégea à leur compagnie du consentement de M. Carroll , qui lui fit faire néanmoins, avant son ordination à la prêtrise, une promesse particulière d'obéissance, en vertu de laquelle il le tint constamment appliqué au saint ministère. Il mourut, en 1840, en odeur de sainteté, après avoir formé à la religion et à la civilisation des populations entières de sauvages, et s'être acquis, par ses écrits , la renommée de l'apologiste le plus populaire du catholicisme aux États-Unis. Peu de livres ont été aussi répandus en Amérique et y ont produit autant d'effet que sa Défense du catholicisme. Loretto , dans le comté de Cambria , sur le sommet des monts Alleghanys , dans l'État de Pennsylvanie , a été

pendant qnarante années le centre de la mission de ce dévoué serviteur de Dieu.

Les premiers renseignements envoyés en France sur la mission de Pennsylvanie furent donnés, en 1834, à l'Association de la propagation de la foi, par M. François-Patrick Kenrick, missionnaire irlandais, coa«djuteur de M. Comwell, évêque de Philadelphie. Dans le diocèse de la Pennsylvanie, qui comprenait, outre l'Etat de ce nom, le Delaware et la partie occidentale du New- Jersey, on comptait qu'il y avait à cette époque cinquante-quatre missions ou paroisses, visitées par trentesept prêtres missionnaires : vingt et un Irlandais , quatre Français , trois Américains , trois Allemands , deux Belges, un Anglais, un Russe, un Livonien, un Por tugais. Us étaient bien, en vérité! les prêtres de l'Église une et universelle , ces missionnaires envoyés sur un seul point, par des nations si diverses, pour y propager la foi.

Antoine Garnier, né en 1761, à Villiers, au diocèse de la Rochelle, prêtre de la Compagnie de Saint-Sulpice, professeur de théologie au séminaire de Saint-ïrénée de Lyon, fut un de ceux de la Compagnie que M. Émery envoya à M. Carroll pour la fondation du séminaire de Baltimore. Pendant douze ans, à partir de l'année 1791 , il exerça les fonctions de directeur et de professeur dans le séminaire; et depuis Tannée 1795, son dévouement sacerdotal lui fit accepter encore la charge de curé de la paroisse de Saint-Patrick. En 1803, M. Émery exprima le désir qu'il revînt en France. Il obéit. Mais il était tellement attaché à l'Amérique par le bien qu'il y faisait, que quitter ce pays et répondre au désir de son supérieur était, comme il le disait souvent depuis, le plus , grand sacrifice qu'on pût lui demander. M. Carroll , lorsqu'il apprit de lui qu'il allait partir, en eut un

extrême regret. «Ce bon évêque, dit M. Garnier *, versa des larmes, et le jour de mon départ il ne voulut voir personne, et ne sortit pas de sa chambre, même pour prendre son repas. Nommé supérieur général en 1826, M. Garnier gouverna la Compagnie de Saint- Sulpice pendant vingt ans. Il mourut à Paris le 16 mars 1845.

Robert Hill, Dominicain missionnaire dans l'Ohio, était un protestant converti , capitaine de la garde royale dans l'armée britannique, avant d'être prêtre. Retiré du service, et fixé en Flandre près du couvent des Dominicains de Bornhein , quelques visites qu'il fit à ces religieux détruisirent les préjugés qu'il avait eus jusqu'alors contre l'Église catholique. Il fit son abjuration à Rome, et entra dans l'ordre de Saint- Dominique, en même temps que sa femme, également convertie, se retirait dans une maison religieuse. En 1806, ayant obtenu de rejoindre le P. Edouard Fenwick dans l'Ohio, il prit part à tous les travaux de cet apôtre. En 1828, le P. Hill succomba à la suite des fatigues qu'il avait endurées dans une mission chez les sauvages, du côté du lac Érié. « C'était, écrivait son évêque, le meilleur de mes missionnaires, le plus instruit, le plus éloquent, le plus zélé ; il était un des plus remarquables prédicateurs des États-Unis. »

Antoine Kohlmann, de la Compagnie de Jésus, né à Kaiserberg près Colmar, en 1771 ; ordonné prêtre à Fribourg, en Suisse, en 1796. Envoyé aux États-Unis, en 1805, il fut, tant que vécut M. Carroll, son coopérateur en ses grandes entreprises. C'est lui qui fonda sur les bords du Potomac , presque aux portes de Washington, le

1 Notice sur M. Émery.

collège de Gorgetown, dans le district de Golombia *, l'un des établissements les plus importants dus à l'initiative de M. Carroll. Successivement missionnaire , maître des novices, supérieur de la mission de New- York, pasteur, en cette ville, de la paroisse de Saint- Pierre, il fut rappelé des États-Unis après y avoir résidé pendant dix-huit ans. Il mourut à Rome, en 1836.

L'intrépidité d'Antoine Kohlmann, sa fidélité à l'inviolable secret de la confession, donna lieu, dans l'année 1813, à un fait qui eut un grand retentissement aux Etats-Unis, et qui amena la cour suprême de justice à étendre jusqu'au secret de la confession la liberté de conscience.

Un frère d'Antoine Kohlmann, de la Compagnie de Jésus, de même que lui, l'assista pendant plusieurs années, comme vicaire de la paroisse de Saint -Pierre à Yew-York, et fut ensuite appelé à Georgetown, où il mourut en 1838, à l'âge de soixante-huit ans.

Michel Levadoux, de la Compagnie de Saint-Sulpice, directeur au séminaire de Limoges, s'offrit à M. Émery, en 1791, pour coopérer avec M. Nagot à la fondation d'un séminaire aux Etats-Unis. Dans la première année où le séminaire de Baltimore fut ouvert, les difficultés d'un nouvel établissement engagèrent M. Carroll à changer la destination de quelques-uns des auxiliaires de M. Nagot, et à leur assiguer des postes dans les missions. M. Flaget, appelé dans l'Indiana ; M. Richard, dans le

l Le district de Columbia est un petit territoire de dix milles carrés, situé sur les deux rives du Potomac. Ce territoire a été détaché du Maryland et de la Virginie, et rendu indépendant de ces deux États , et de tous les autres États de la république, pour la tenue libre du congrès, et la résidence du président, et de tous les autres officiers du gouvernement des États-Unis. Washington en est la ville principale,

Missouri ; et M. Levadoux, désigné pour l'Illinois, partirent en même temps , et firent route ensemble jusqu'à Louisville, qui n'était alors qu'un pauvre village du Kentucky. Là ils se séparèrent. M. Flaget et M. Levadoux se confessèrent l'un l'autre, au pied d'un arbre, puis se dirent adieu en pleurant ; M. Levadoux et M. Richard continuant à descendre l'Ohio pour se quitter au bout de quelques jours. M. Levadoux se consacrait depuis trois ans à la vie de missionnaire, quand M. Carroll le rappela à Baltimore , où il remplit les fonctions de procureur dans le séminaire. En 1803, M. Émery le redemanda pour la France. Il mourut en 1815, supérieur du séminaire de Saint-Flour.

Mathias Loras, N. Chalon, Michel Portier, prêtres français du diocèse de Lyon, tous trois missionnaires dans FAlabama, furent de ceux qui vinrent, en 1817, d'Europe en Amérique avec M. du Bourg.

En 1826, l'Alabama et les Florides furent détachées du diocèse de Saint-Louis, pour former un vicariat apostolique, qui, trois ans plus tard, en 1829, fut érigé en évêché. M. Michel Portier, d'abord vicaire apostolique, devint évêque du nouveau diocèse. Il mourut en 1859 , à Mobile.

En 1837, le diocèse de Dubuque fut nouvellement érigé sur les territoires de Tlowa, qui cessèrent d'appartenir au diocèse de Saint -Louis du Missouri. M. Mathias Loras fut nommé évêque de Dubuque. Il mourut la même année.

Robert Molyneux , — Viscount Sefton , — de la Compagnie de Jésus, né à Fornby, — Lancashire, — en 1733. Lorsque la Compagnie de Jésus eut été reconstituée en Amérique, en 1806, il fut désigné comme supérieur de toute la mission. Depuis de longues années déjà, il tra-

vaillait au salut des âmes dans leMaryland. Ses premiers collaborateurs furent Jean Grassi , qui devint plus tard son successeur; Pierre Epinette, Adam Britt, Maximilien de Rantzaw, Pierre Malou et Jean Henry. Robert Molyneux, par humilité, avait décliné l'offre que lui avait faite l'évêque de Baltimore de l'associer aux travaux de son épiscopat. Il mourut en 1808, président du collège de Georgetown.

Jean- François Moranvillé , né à Cagny, près d'Amiens, en 1760, missionnaire du Saint-Esprit. Son apostolat commença, dès l'année 1784, chez les pauvres nègres de Cayenne, à la Guyane, où il avait été envoyé en même temps que M. Duhamel, le pasteur d'Emmettsburg. — Quand la révolution éclata en France, ses fureurs poursuivirent les prêtres du Seigneur jusqu'au fond des colonies. M. Moranvillé chercha un refuge aux Etats-Unis, dans le Maryland, où il vécut d'abord en donnant des leçons de géographie et de français. Lorsque la langue anglaise lui fut devenue familière, il vint offrir à M. Carroll les services de son ministère. M. Carroll l'attacha à la paroisse de Saint-Pierre. Plus tard, après que M. Garnier eut quitté Saint-Patrick et que son successeur immédiat, M. Floyd, eut succombé à la fièvre jaune, M. Moranvillé fut nommé curé de cette paroisse, qu'il administra pendant vingt ans avec un zèle et un dévouement sans égal. Plusieurs fois il fut atteint de la fièvre jaune en prodiguant des secours aux malades, et ce fut contre toute attente qu'il échappa à la mort. Sa santé cependant s'altéra au point qu'il fut obligé de renoncer à conduire son troupeau. Le 1er octobre 1823 il quittait Baltimore; le 17 mai 1824, il mourait à Amiens.

François-Charles Nagot, né à Tours en 1734. Prêtre de la Compagnie de Saint- Sulpice, supérieur à Paris de

la communauté des Robertins, — une des annexes du séminaire de Saint-Sulpice. — Ce fut lui que M. Émery chargea, en 1791, d'aller en Angleterre négocier l'établissement de la Compagnie aux États-Unis. Désigné dès lors comme supérieur du futur séminaire de Baltimore, M. Nagot s'embarqua avec MM. Tessier, Antoine Garnier et Levadoux, à Saint- Malo, le 8 avril 1791. Arrivé à Baltimore le 10 juillet , il y acheta au prix de 2,266 dollars, — environ 11,000 francs, — quatre ares de terrains y attenant, hors la ville. C'est là que, dès le mois de septembre suivant, fut installé le séminaire de Sainte-Marie, le premier et le plus renommé séminaire des Etats-Unis *. M. Nagot en fut le supérieur jusqu'en 1810. Il mourut en 1816, dans cette maison qu'il avait fondée, et qu'il laissait prospère , après l'avoir conduite à travers les difficultés inséparables de tout commencement. Père du clergé des États-Unis , sa mémoire est en vénération.

N. de Nekere , de la Congrégation de la Mission , — Lazariste, — né en 1803, à Velwegen, au diocèse de Gand ; l'un des prêtres qui vinrent d'Europe en Amérique, en 1817, avec M. du Bourg. Occupé pendant douze années dans les missions du Missouri , il devint évêque de la Nouvelle -Orléans en 1829. Il mourut de la fièvre jaune, le 4 septembre 1833 , « à la fleur de son âge, mais consommé dans toutes les vertus, possédant surtout la plénitude de la charité. Sa mort fut une perte immense pour l'Église de la Louisiane, qui espérait encore jouir longtemps du bonheur de posséder un pasteur orné de

l En 1822, le Pape Pie VII, sur la demande de M. Maréchal, archevêque de Baltimore, qui se trouvait alors à Rome, érigea le collège de Sainte - Marie en université catholique , avec pouvoir de conférer des grades ayant la même valeur que ceux qui se donnent à Rome et dans les autres universités du monde chrétien.

toutes les vertus qui font les saints , et des fortes connaissances qui font l'homme savant*. »

Le don des langues avait été accordé à l'évêque de la Nouvelle-Orléans, qui parlait avec une égale facilité l'anglais, le français, l'italien, l'allemand, l'espagnol, le flamand, et qui mettait à profit ce rare avantage pour exhorter et instruire ses brebis, d'origines très diverses pour la plupart.

Charles Nerinckx, prêtre du diocèse de Malines, attaché à la maison du Kentucky pendant vingt- deux ans, à partir de l'année 1804. Il fonda, en 1812, au village de Lorette, — dans le comté de Washington, à douze milles de Bardstown, — une communauté de religieuses qui prirent le nom d'Amantes de Marie au pied de la croix 2. Ces religieuses se consacrent à l'éducation des filles et aux soins des orphelins. Leur règle et leur vie extérieure sont d'une extrême austérité. Elles comptaient cent trente-cinq religieuses professes dès l'année

M. Nerinckx mourut en 1824. « C'était, a dit son biographe,— M. Spalding, mort, en 1872, archevêque de Baltimore, — un prêtre savant et humble, content d'être enterré, lui et tout son savoir, dans le désert, parmi les hommes qui ignoraient même ce que c'est que le savoir. »

J.-M. Odin, prêtre de la Congrégation de la Mission, — Lazariste. — Son évêque, M. Rosati , parlant de lui, l'appelle « un des présents les plus précieux que le diocèse de Lyon, pépinière féconde de missionnaires, ait faits au diocèse de Saint-Louis du Missouri ». Il arriva

1 Lettre de M. Odin , missionnaire apostolique, mars 1834. Voir Annales de la propagation delà foi, no XXXVII, année 1834.

2 The Friends of Mary al the foot of the cross.

dans la Louisiane en 1822, n'étant encore que simple diacre, et fut ordonné prêtre au séminaire de Sainte- Marie des Barrens, dont il devint supérieur dans la suite. Ses premières missions le conduisirent au lieu dit la Prairie-du- Chien , près de l'embouchure du Wisconsin, parmi les sauvages Sioux, les Ghippeways , etc. En 1841, M. Odin était à la Nouvelle-Orléans, chez M. Antoine Blanc , l'évêque du diocèse. Nous lisons ces mots, dictés par son humilité, dans une lettre qu'il adressa de là au supérieur de sa Congrégation : « Quelle fut ma surprise , en arrivant auprès de Sa Grandeur, d'apprendre que j'étais nommé coadjuteur de Détroit ! Le désir de Sa Sainteté était que j'acceptasse sans hésiter un fardeau si redoutable. Je ne pus m'y déterminer. La conviction intime de mon indignité me fit renvoyer les bulles. » M. Odin, quelques années plus tard , dut accepter le vicariat apostolique du Texas, avec le titre d'évêque de Claudiopolis in partibus.

Charles Van Quickenborn, prêtre belge de la Compagnie de Jésus, l'un des plus infatigables et des plus dévoués missionnaires de son temps et de son ordre. Une de ses œuvres les plus importantes a été la fondation qu'il fit, en 1822, à Florissant, d'une mission spéciale pour les sauvages du nord et de l'ouest du Missouri. Il vint alors du Maryland , faisant la route à pied par des chemins presque impraticables et des pays à demi inondés. Le P. Temmermann l'accompagnait, suivi de cinq jeunes novices, qui appartenaient également à la Compagnie de Jésus. Parmi ceux-ci se trouvaient Pierre de Smet, le futur apôtre de l'Orégon, du Kansas, et des contrées sauvages situées au pied des montagnes Rocheuses; contrées habitées par les redoutables tribus indiennes, les Têtes -Plates, les Pieds -Noirs, etc. etc.

Charles Van Quickenborn mourut au Portage des Sioux, en 1837, après vingt années de travaux , ayant commencé en 1817 ses missions chez les sauvages.

Gabriel Richard, né à Saintes, en 1767, petit- neveu par sa mère , Marie-Geneviève Bossuet , du grand évêque de Meaux. Ordonné prêtre en 1791 , au séminaire de Saint -Sulpice, il fut envoyé en Amérique peu de mois après. M. Carroll le chargea d'abord de la mission de l'Illinois, et le nomma, en 1798, supérieur de la mission du Michigan , dont le centre est la ville de Détroit. Cette étendue de pays , plus vaste que la France et l'Espagne réunies, forma dans la suite le diocèse de Bardslown. Les catholiques n'y avaient alors que trois prêtres. Dans la guerre des Etats-Unis avec l'Angleterre, en 1813, les Anglais firent M. Richard prisonnier, et l'envoyèrent à Sandwich dans Le haut Canada , où son zèle ne fut point oisif. Il était missionnaire depuis près de quarante ans, lorsqu'en 1823 , il fut élu représentant au Congrès des États-Unis. Il est le premier, et jusqu'à ce jour le seul prêtre catholique qui ait été appelé à cet honneur. En maintes occasions, il lui arriva de prendre la parole devant le congrès. Il s'exprimait en anglais avec peu de facilité; mais un de ses collègues venait à son secours; l'illustre Henry Clay se chargeait de traduire et. de commenter pour l'assemblée les arguments du missionnaire. M. Richard mourut en 1832, à Détroit, victime de son dévouement en soignant les malades atteints du choléra.

Un des apôtres des contrées qui avoisinent les lacs Supérieur, Érié , Michigan, etc., M. Frédéric Rézé, prêtre allemand, ancien élève de la Propagande, qui devint en 1834 évêque de Détroit, fut, pendant plusieurs années, grand vicaire de M. Gabriel Richard.

C'est à l'occasion d'un voyage que fit à Vienne en

Autriche, en 1829, M. Rézé, alors vicaire général du diocèse de Cincinnati , que la célèbre association Léopoldine fut fondée. Établie pour soutenir d'une manière spéciale les missions catholiques d'Amérique, cette œuvre eut pour premier protecteur l'archiduc Rodolphe , cardinal , archevêque d'Olmutz, frère de l'empereur François II.

Joseph Rosati , né en 1789, à Sora, — royaume de Naples , — prêtre de la Congrégation de la Mission, — fut, à partir de 1816, l'auxiliaire de Félix de Andreis en tous ses travaux. M. Rosati arriva aux Etats-Unis en 1815, amenant sous sa conduite les cinq missionnaires que la maison de Saint-Lazare envoyait aux États-Unis, à la demande de M. du Bourg, pour fonder une colonie sur les bords du Mississipi. Arrivés sur cette terre lointaine, l'évêque assigna à ses nouveaux auxiliaires une place déserte au milieu des forêts encore vierges , avec la charge d'y élever le premier séminaire de la Louisiane , et d'assurer , par la formation d'un clergé indigène , le maintien et la propagation de la foi. Des troncs d'arbres superposés , couverts d'un toit de chaume , abritèrent d'abord les ouvriers évangéliques ; des fèves sauvages cueillies dans les bois furent leur seule nourriture. Ils mangèrent leur pain à la sueur de leur front, comme les apôtres des premiers siècles. Telle fut, dans les commencements, la vie des fondateurs du séminaire de Sainte- Marie des Barrens et de la ville qui se groupa bientôt alentour. Dieu bénit leurs travaux : en moins de vingt ans ils avaient donné cinquante -trois prêtres à l'Église d'Amérique.

En 1823, M. Rosati devint coadjuteur de M. du Bourg, évêque de la Louisiane; et en 1825, la partie sud -ouest du diocèse de la Louisiane ayant été détachée du reste du diocèse pour former un vicariat apostolique, il fut

choisi pour le gouverner. L'année d'après, il fut élevé au siège épiscopal de Saint-Louis, nouvellement érigé. Les limites de ce diocèse comprenaient les Etats du Missouri et de Plllinois, l'Arkansas, l'Orégon, et les territoires du Kansas habités par les tribus Osages. M. Rosati mourut en 1843.

Jean Tessier , né en 1761, à la Chapelle -Blanche dans le diocèse d'Angers , prêtre de la Compagnie de Saint- Sulpice , professeur au séminaire de Viviers, fut un des compagnons de MM. Nagot, Garnier et Levadoux, lorsqu'ils s'embarquèrent pour l'Amérique en 1791. Fixé avec eux à Baltimore, il fut d'abord professeur de théologie au séminaire de Sainte-Marie, puis il eut la charge du temporel. En 1810, il succéda comme supérieur au vénérable M. Nagot. Il continua de gouverner le séminaire jusqu'en 1829. Pendant son administration, le ministère extérieur l'avait occupé très activement; il s'était particulièrement dévoué aux hommes de couleur. Après avoir pris sa retraite, il ne cessa de leur montrer le même intérêt jusqu'à sa mort, qui arriva en 1840, à Baltimore.

John Thayer, né à Boston, dans le Massachusetts. Élevé par les calvinistes , puis affilié à la secte des puritains , il exerça pendant deux ans les fonctions de ministre dans sa ville natale. En 1790, visitant l'Italie et se trouvant à Rome, l'impression qu'il reçut de plusieurs guérisons miraculeuses, obtenues par l'intercession du B. Joseph Labre, détermina le commencement de sa conversion. Il devint catholique à Rome , prêtre à Paris , et missionnaire en Amérique, au lieu même où il avait naguère enseigné l'erreur. Ses discours et ses écrits opérèrent un grand nombre de conversions. Il prêcha la parole de Dieu au Canada, séjourna comme missionnaire

dans le Kentucky, et parcourut tous les Etats-Unis. Il quitta l'Amérique en 1803, et mourut « chéri et vénéré » à Limerick, en Irlande.

Jacques Olivier Van de Velde, de la Compagnie de Jésus, né dans la province d'Anvers, en 1795. Missionnaire au Missouri à partir de Tannée 1817, avec ses confrères et ses compatriotes, les PR. Van Quickenborn ,

N, DE THEUX, VeRH^EGEN, JEAN - ANTOINE ELET , VaN

Assche, etc. Ëvêque de Chicago en 1848, puis évêque des Natchez en 1852. Il mourut en cette ville, atteint par la fièvre jaune, en 1855.

On remarquera peut-être que nous n'avons fait mention d'aucun missionnaire pour l'État de Virginie. Il nous suffira , pour expliquer ce silence, de citer ce qu'écrivait, en 1830, M. Whitheld , l'archevêque de Baltimore: « Si le Maryland est l'État le plus favorisé en ce qui regarde la religion, la Virginie, qui est aussi sous ma juridiction, est l'État qui l'est le moins. Sa population, d'après le recensement de 1820, s'élève à un million soixantecinq mille habitants, sur un territoire de soixante-quatre milles carrés. Néanmoins nous n'avons que quatre prêtres en cet Etat , et il ne fournit pas les moyens suffisants pour y en envoyer un plus grand nombre. A Richmond, — capitale de l'État de Virginie , — nous n'avons qu'une petite église construite en planches, où se rend le peu de catholiques qui se trouvent en cette ville. Norfolk a une église et deux prêtres. Le nombre des catholiques dans ces deux villes est d'environ six cents. »

Aux noms des missionnatres que nous avons cités , nous ajouterons ceux des pères trappistes : Urbain Guillet , J. Dunand et Thomas Flyn , émigrés aux États-Unis en 1803, avec vingt-trois autres religieux de leur ordre, Pères ou Frères lais. Ils se fixèrent successivement dans la Pennsylvanie; à Florissant, dans le

Missouri; et à Sainte-Marie, dans le comté de Charles, desservant les congrégations catholiques, et répandant autour d'eux la consolation et l'édification. Malheureusement, en peu d'années la maladie décima leurs rangs. Les survivants d'entre eux retournèrent en France à l'époque de la Restauration. Les Trappistes ont actuellement deux établissements aux Etats-Unis: l'un proche Dubuque dans l'Iowa; l'autre proche New- Haven, à environ dix milles de Bardstown, dans le Kentucky.

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