CHAPITRE XIV
bourgeoisie parisienne qu'on tenait jadis en si grande estime. Ils apportèrent tous leurs soins à l'éducation de leur fils , et le firent élever sous leurs yeux, au collège Louis-le-Grand, que fréquentait alors l'élite de la jeunesse française. Bien des années plus tard, M. Dubois rappelait qu'à cette époque de sa vie il avait eu pour condisciples les hommes qui, de son temps, avaient fait le plus d'honneur à la religion, et ceux qui s'en étaient montrés les ennemis les plus cruels: d'un côté, les Legris-Duval, les Liautard, les Mac-Carthy; de l'autre, les Robespierre et les Camille Desmoulin.
Dès son enfance , le jeune écolier avait eu le goût des choses de Dieu ; maintenant , élève brillant, récompensé par des succès flatteurs, il sentit que rien ne l'attirait à l'égal d'une vocation d'humilité et de sacrifice. Sa piété, jointe à ses talents, lui obtint une dispense pour recevoir, à peine âgé de vingt -deux ans, les ordres sacrés. La révolution le trouva simple prêtre, attaché à la paroisse de Saint- Sulpice.
Parmi les prêtres français qui , dans cestemps de calamités, s'éloignèrent de leur pays, les uns ne se décidèrent à le quitter que lorsqu'ils n'eurent plus d'autre choix qu'entre la prison ou l'échafaud ; les autres émigrèrent dès l'instant où l'Assemblée nationale eut voté la
constitution civile du clergé. De ce nombre fut M. Dubois. Le décret qui imposait à tout prêtre ou religieux l'obligation de prêter serment à cette constitution impie, le détermina à s'expatrier. Il passa aux États-Unis, où il débarqua dans l'été de 1791 , à Norfolk , ville de l'État de Virginie.
Le catholicisme commençait seulement à vivre à ciel ouvert chez le peuple américain. La moisson était grande ; les ouvriers évangéliques, en très petit nombre. La France, il est vrai, allait en envoyer plusieurs, et de ses meilleurs; mais qu'était-ce encore pour cette terre des États - Unis , aussi vaste que l'Europe entière? Le nouvel arrivant se présenta d'abord à M. Garroll, qui fut pour lui comme un père. En même temps , grâce à des lettres de recommandation de M. de Lafayette, qu'on lui avait procurées avant son départ de France, il trouva accueil chez plusieurs personnages éminents dans l'Union. On le reçut avec courtoisie à cause des lettres qu'il apportait, puis avec empressement lorsqu'on l'eut connu. Ses plus étroites relations furent avec l'illustre Monroe et avec Patrick Henry. L'intervention de ces deux hommes d'État lui servit plus encore que les lois, contre lesquelles les mœurs publiques réagissaient, pour lui faire obtenir de célébrer les saints mystères dans la capitale