CHAPITRE XIII
Pour le placer parmi les princes, parmi les princes de son peuple.
Qui donne à celle qui demeurait stérile en sa moÂson, la joie de se voir la mère de nombreux enfants *.
Ce fut vers ce même temps que M. du Bourg eut entre ses mains le don offert par M. Gooper. Il fut aussitôt décidé qu'on bâtirait une maison qui servirait à la fois d'école pour les enfants pauvres et d'asile pour les personnes infirmes ou âgées , avec une annexe où l'on recevrait les enfants des familles aisées, dont la pension deviendrait le revenu principal de tout l'établissement. La pensée qu'on avait eue d'abord de bâtir sur les terrains vacants du séminaire de Sainte-Marie ayant été abandonnée, M. du Bourg eût désiré qu'on ne s'éloignât pas beaucoup de Baltimore ; néanmoins il se rendit à plusieurs raisons que fit valoir M. Gooper, pour qu'on plaçât le siège de la future communauté à une distance de près de cinquante milles de la ville , dans le comté de Frederick, non loin d'un village nommé Emmettsburg. Ce lieu , remarquable par la beauté des montagnes qui l'environnent, offrait les avantages d'un climat sain, d'un air pur, d'un sol fertile, arrosé par des eaux abondantes.
1 Psaume cxn , Laudate pueri.
Éloigné du mouvement et de la dissipation des grandes villes, situé au milieu d'une petite colonie catholique très fervente, il semblait préparé tout exprès pour devenir l'asile du recueillement et de la charité \
L'acte de vente du terrain qu'on acheta fut passé sous les noms réunis de MM. William du Bourg et Samuel Cooper, que tous deux nous connaissons déjà, et sous le nom de M. Jean Dubois, qui ne nous est pas encore connu. M. Dubois était un prêtre émigré français. Nous le verrons dans la suite évêque de New- York; maintenant, chargé par M. Carroll de desservir les petites agglomérations catholiques disséminées dans la contrée dont Frederick est le centre, il avait, lui seul, le soin des âmes dans ce vaste pays. Sa résidence , autant qu'il en pouvait avoir en sa vie de missionnaire, était à Emmettsburg.
1 Emmettsburg se trouve à onze milles — cinq lieues — au sud de la ville de Gettysburg, qui, de nos jours, au plus fort de la lutte entre les États du Nord et les États du Sud, fut le théâtre d'une bataille sanglante. La victoire y resta à l'armée du Nord (juillet 1863).
M. Dubois, pasteur de la Congrégation catholique d'Emmettsburg. — Acquisitions faites à Emmettsburg pour y établir une communauté religieuse. — De nouvelles compagnes viennent se joindre à Elizabeth. — L'archevêque de Baltimore la bénit , et la salue du titre de Mère de sa naissante famille spirituelle. — Profonde humilité de la Mère Seton. — Elle prononce ses vœux entre les mains de M. Garroll. — M. du Bourg est désigné comme supérieur ecclésiastique de la communauté. — Les Sœurs de Saint-Joseph. — Cecilia et Harriet Seton à Emmettsburg. — L'église de la Montagne. — La prière du soir. — Harriet Seton embrasse la foi catholique.
Nous avons déjà rencontré plusieurs de ces exilés, confesseurs de la foi, qui, chassés de leur pays, vinrent édifier l'Église d'Amérique. Chaque fois qu'ils nous sont apparus, nous arrêtant avec respect, nous avons rappelé le souvenir de leurs épreuves, et raconté leurs
œuvres, qui toutes ont témoigné pour eux. Ne nous lassons pas de les admirer, ces œuvres apostoliques qu'a enfantées leur zèle ; elles ont été leur seule réponse à la persécution qui les avait chassés de leur pays. Réponse éloquente, bien que muette et lointaine, qui pendant longtemps ne trouva d'écho que dans les solitudes américaines , les chrétientés naissantes , les tribus sauvages , au bord des grands fleuves, à l'entrée de la prairie indienne et de la forêt. Réponse éloquente vraiment, pour quiconque a. pu l'entendre! mais qui resta longtemps perdue en ces déserts; perdue, non moins, en ces cités assujetties à l'hérésie, et remplies de tous les bruits qui viennent d'en bas. Maintenant qu'un de ces apôtres, un de ces proscrits , se rencontre sur notre chemin , nous le saluerons à son tour; nous suspendrons notre récit, et nous dirons avec bonheur ce que nous avons appris de lui. Aussi bien, il n'est pas possible de parler d'Emmettsburg sans parler de M. Dubois. C'est son zèle, c'est sa piété qui les premiers ont fait fleurir le sol inculte de cette vallée. Emmettsburg, célèbre maintenant dans tous les États-Unis, lui doit, non moins qu'à Elizabeth Seton, sa prospérité religieuse.
M. Dubois était né à Paris; ses parents, excellents chrétiens, appartenaient à cette bonne