‹ Elizabeth Seton et les commencements de l'église catholique aux Etats-UnisChapitre 34 sur 226 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

sœurs, l'espérance qu'un peu de bonheur et de tendres soins pourraient rétablir sa bienaimée malade, ouvraient le cœur d'Elizabeth aux impressions les plus heureuses. Dans ce petit voyage de Baltimore à Emmettsburg, par les plus belles journées de la saison , à travers un ravissant pays , elle retrouva quelques éclairs de cet aimable enjouement qui faisait le fond de son caractère, avant qu'elle eût été ployée sous les coups de l'adversité. Entendons-la parler elle-même. « Nous avons été obligées de faire presque toute la route au pas de nos chevaux. Nous-mêmes , nous en avons fait à pied la bonne moitié ; nous toutes, excepté Cecilia. La chère malade s'amusait fort devoir cette procession qui l'accompagnait. Les naturels du pays ouvraient de grands yeux sur notre passage, en nous voyant cheminer ainsi en avant de la voiture. Leurs chiens et leurs cochons venaient au-devant de nous. Jusqu'aux oies, qui allongeaient leurs cols d'un air questionneur, comme pour nous demander si nous n'étions pas un peu de leur espèce? A quoi nous ne leur avons pas répondu non. »

Après deux jours d'une marche rendue agréable par la bonne humeur et l'entrain, en dépit de mille incommodités , on atteignit Emmettsburg. Ni la maison qu'on avait achetée de Robert Fleming, ni la ferme tout au-

près n'étaient en état d'être habitées. Les ouvriers qui s'en étaient emparés pour leurs travaux en avaient fait un lieu de désordre et de confusion. On n'y eût pas trouvé un seul meuble. Les nouvelles arrivées furent fort heureuses d'accepter l'asile qui leur fut offert par M. Dubois, dont l'hospitalité était passée en proverbe dans le pays. Il mit à leur disposition sa petite résidence dans la montagne. C'était, si l'on s'en souvient, une maison en bois, une log-house, avec un rez-de-chaussée à un seul étage, composé de deux pièces. Au bout de quelques jours, cette humble demeure vit encore arriver Catherine et la petite Rebecca, sa sœur. On fut alors plus qu'au complet: bien entassées, bien gênées; mais, si le gîte était étroit , les cœurs étaient à Taise et les esprits joyeux.

Les forces de Cecilia lui revenaient à vue d'œil. Bientôt elle put s'aventurer au dehors, en de longues promenades , sous le gai soleil de juin. On la voyait tous les jours, accompagnée de ses deux sœurs, qui remontait les pentes de la montagne. Elle parcourait à pas lents les verts sentiers des bois , s'arrêtait pour respirer les saines senteurs des herbes sauvages, et s'asseyait au milieu de quelque clairière sur la mousse et l'herbe en fleur. Quand ses forces le permettaient , elle gravissait les hauteurs qui

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