‹ Elizabeth Seton et les commencements de l'église catholique aux Etats-UnisChapitre 65 sur 226 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

grandes miséricordes, afin de se servir d'eux comme d'exemple pour encourager les pauvres pécheurs. »

ELIZABETH SETON A Mra0 DUPLEX

4 juin 1810.

« Ne laissez jamais entrer en

votre pensée que le temps, l'absence, ni toute votre négligence pour écrire, puissent amoindrir, au moindre degré, la tendresse ni l'amitié de mon âme, qui depuis tant d'années a fait de votre âme comme une partie de la sienne.

Nous avons une nouvelle et

belle maison, bâtie justement au centre d'une très grande ferme; moitié culture, moitié bois. D'un côté , de hautes montagnes ; des prairies , dans le bas. Notre chapelle touche à la maison ; le pasteur de la paroisse y vient dire la messe, tous les matins, à six heures. Le travail commence à huit heures pour se terminer à cinq. Mes chers garçons sont dans une dépendance du collège de Baltimore l, à michemin dans la montagne. On prend d'eux le meilleur soin, sous tous les rapports... Kitty n'est rien moins qu'un ange ; et elle en a tous

1 Le collège dirigé par M. Dubois.

les dons. C'est elle qui prépare les cahiers, donne les modèles pour les copies , fait réciter les leçons; et qui se conduit elle-même avec une telle grâce, que les jeunes filles plus âgées qu'elle lui montrent le plus grand respect. Mais, ce qui est vraiment amusant, c'est de voir Becc 1 , avec une petite classe de six à huit enfants, tenant en silence son doigt en l'air, avec sa plume et son encre , donnant des bons points et des croix , et maintenant l'ordre mieux encore que je ne pourrais faire. L'aînée de toutes est juste de son âge; mais Becc est

une femme à côté d'elle

« Ma bien-aimée Harriet et

mon ange Gecilia reposent dans le bois, tout à côté de moi. Les enfants et plusieurs de nos bonnes Sœurs, qu'elles aimaient si tendrement, font croître des fleurs sur leurs tombes. Le petit enclos qui les renferme est l'endroit qui m'est le plus cher au monde. Je suis loin d'être privée d'elles autant que vous le pouvez penser; car, avec ce que vous appelez mes folles idées 2, il me semble que les ai toujours autour de moi. D'ailleurs, le temps de la séparation ne sera pas long. »

1 Diminutif du nom de Rebecca.

2 Mme Duplex était encore protestante.

Succès de la mission confiée à M. Flaget. — Les Filles de la Charité en France pendant la révolution. — Lettre adressée de Bordeaux par la Sœur Marie Bizeray à ses sœurs de la communauté de Saint- Joseph. — M. Émery, supérieur général de la Compagnie de Saint-Sulpice. — La communauté de Saint -Joseph reçoit de M. Flaget la copie des constitutions données aux Filles de la Charité par saint Vincent de Paul. — Articles principaux de ces constitutions. — Leur explication, recueillie, de la bouche de saint Vincent de Paul , par les premières Filles de la Charité. — Lettre d'Elizabeth à Antonio Filicchi.

Les Sœurs de Saint-Joseph attendaient , dans une pieuse impatience, le résultat de la négociation dont M. Flaget avait accepté le soin. Il s'était embarqué pour l'Europe vers la fin de l'année. On ne pouvait compter sur son retour avant le printemps suivant. Le succès de ses espérances dépendait , en premier lieu ,

du supérieur général des Prêtres de la Mission de Saint-Lazare, auquel appartient la direction de la Compagnie des Filles de la Charité , d'après le règîement donné par saint Vincent de Paul. M. Flaget espérait obtenir de ce supérieur général , non seulement la copie authentique des statuts rédigés par le saint fondateur, mais encore l'envoi aux États-Unis de deux ou trois servantes des pauvres , expérimentées, prudentes, pieusement formées à l'esprit de la règle; en mesure, en un mot, d'initier la communauté d'Emmettsburg aux traditions de la maison mère. Prétendre, dès l'abord , qu'on obtiendrait des Sœurs d'Europe pour une fondation si nouvelle et si lointaine, c'était peut-être se montrer ambitieux. On se flattait cependant de ne pas rencontrer de refus; car, à ce moment, la situation prospère et tout exceptionnelle de la Compagnie des Filles de la Charité, en France, lui permettait d'être généreuse.

A l'époque de la révolution , alors que toutes les associations religieuses avaient été supprimées par mesure générale, la sainte congrégation fondée par saint Vincent de Paul et mademoiselle Legras 1 fut la seule qui réussit

1 Louise de Marillac, veuve de M. Legras, seigneur de Ferrières, secrétaire de la reine Marie de Médicis. —

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