HARRIET SETON A ELIZABETH
New- York, 29 novembre 1808.
(( E]nfin je suis ici, assise tout à côté de ma Gecilia ! Un roi pourrait envier mon bonheur. C'est ici seulement que mon pauvre cœur trouve un peu de soulagement à ses chagrins. Quelle peine ne serait adoucie par sa chère présence ! Sa vue seule agit comme un charme sur mon esprit. J'oublie presque que le chagrin ait jamais trouvé place en mon cœur. Oh ! sœur chérie, si seulement je pouvais espérer qu'on me permettra de rester ici, comme nous passerions doucement l'hiver, toutes deux ensemble, à penser à vous, à parler de vous, à vous écrire! nous oublierions le monde entier avec
ses vanités de toute sorte, nous oubliant nousmêmes dans le souvenir du ciel et de vous !... Y penser, c'est déjà trop ! Quel bonheur pourtant y serait comparable ! Vraiment , il n'en est aucun qui pût me donner une si complète satisfaction.
« Vous savez quels sont mes chagrins depuis plusieurs années. J'ai besoin de consolations pour ne pas me laisser abattre. Puisqu'il en est ainsi, je suis sûre que ma toute chérie ne refusera pas d'écouter la prière que lui fait celle qui l'aime avec une tendresse que nulle parole ne saurait exprimer. Ce que je vous demande, Elizabeth, c'est d'être présente à vos pensées le 27 décembre prochain. Oh ! oui, ce jour ne cessera jamais d'être pour vous, et pour nous tous, un jour d'amère douleur1... Mais telle a été la volonté de notre adorable Maître ; c'est à nous d'incliner la tête et de baiser la main qui nous frappe.
« Rappelez vos souvenirs, chère sœur; rappelez-vous que ce fut précisément en ce jour que votre Harriet fut initiée à une vie nouvelle; non pour reposer sur un lit de roses, mais d'épines. Souvenez -vous que depuis plusieurs années elle s'est accoutumée à avoir
1 Le 27 décembre était le jour anniversaire de la mort de William-Magee Seton, arrivée près de cinq ans auparavant.