CHAPITRE XIII
part à vos pensées les plus tendres , et à recevoir de vous , pour l'année près de commencer, quelques règles de conduite, quelque affectueuse lettre de conseils et de consolation. J'en ai plus besoin que jamais ; et je vais soupirer après le jour qui m'apportera de vous , ne fût-ce qu'une seule ligne, pour me dire que j'ai été présente à votre pensée, au pied de la croix. »
Gecilia n'eut pas longtemps Harriet auprès d'elle. Isolée de nouveau dans une famille toute protestante, la pauvre enfant ne tarda pas à rencontrer avec les mêmes préjugés les mêmes rigueurs. Parmi ses parents, ceux qui se croyaient les plus indulgents , s'ils lui épargnaient le reproche direct, lui montraient ce calme cruel, qui s'entend à blesser le cœur au plus profond, sans lui laisser le droit consolant de la plainte. Quant aux autres, moins maîtres de dissimuler leurs mouvements intérieurs, ils n'avaient pour elle, selon ses propres expressions , que « des paroles de colère et des regards de travers ». On attaquait sa religion en sa présence, on affeclait l'indignation contre ce qu'on appelait « les abominations du papisme ». Ces insultes allaient droit au but; lingua eorum gladius acutus : la pointe aiguë du fer, le trait qui atteint à la prunelle de l'œil. Entre ceux qui ne pouvaient
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plus supporter de la voir à New- York et ceux qui l'y retenaient, également tourmentée, sa vie était un supplice continuel. « Je préférerais, disait-elle , être toute autre part ailleurs qu'ici, dussé-je y être placée au rang de la dernière des servantes. »
« Si je n'avais la ferme foi qu'il y a un Dieu tout sage et tout-puissant pour diriger tous les événements de ce monde, et un Jésus pour récompenser tout ce que nous y avons à souffrir, je ne saurais, en vérité, que penser de ma situation.,»
La pensée qu'elle souffrait persécution pour la justice consolait et soutenait la courageuse Cecilia. Elle écrivait à cette Elizabeth dont l'exemple l'avait entraînée sur le « royal chemin de la sainte croix » : « Qu'il est doux de sentir qu'on souffre avec Jésus et pour Jésus ! En vérité , mon âme se sent toute joyeuse ! Au commencement , le calice semble amer ; mais il a d'inconnues délices pour ceux qui aiment véritablement. Chère, chère sœur, si j'étais auprès de vous, je n'aurais plus ces larmes, ces soupirs, ces souffrances de toutes sortes à offrir au Seigneur; mes mérites dans la balance seraient, je le crains, trouvés trop légers. »